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La nouvelle du lundi : Hambourg, premier amour de Thierry Jonquet

Par Stephanie Tranchant @plaisir_de_lire

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Hambourg, premier amourde Thierry Jonquet   5/5 (12-01-2015)

Hambourg, premier amour (29 pages) est disponible aux Editions ePoints depuis le 10 Septembre 2014. Elle est tirée du recueil 400 coups de ciseaux et autres histoires, sorti le 21 mars 2013 chez Seuil (puis en poche en mars 2014 chez Points).

Temps de lecture : 30 minutes

Thèmes : Chine – clandestin – immigration - prostitution

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L’histoire (éditeur) :

Liu a entendu parler de l’Europe. Et même s’il ne saurait pas situer Hambourg sur une carte, il est prêt à quitter tout ce qu’il connaît pour aller travailler à Paris afin de rembourser une dette de famille. Question d’honneur. Seulement Hambourg n’est pas en France, et qu’elle soit en Allemagne importe peu. Hambourg, c’est la péniche de Dietrich, un Allemand ventripotent peu commode, mais au fond sympathique. Lors d’un long périple de plusieurs semaines où il devra rester bien caché, il fera la connaissance de Ginka, échappée de Hongrie. Mais il ignore encore qu’on ne tombe pas amoureux dans la cale d’un bateau de clandestins.

Mon avis :

Xiao est parti de Chine pour s’installer à l’étranger. Son passage et son installation à Paris étaient garantis en échange 120 000 francs qu’il était tenu de rembourser avant de pouvoir ensuite économiser pour son compte, comme le grand père avant lui, passé par là aussi, revenu presque aveugle, mais néanmoins avec de quoi s’offrir une petite épicerie à la sortie de son village. Sauf que Xiao, a choisi de rompre les liens sans régler sa dette et qu’il fait aujourd’hui la honte de la communauté.  La dette restant toujours à honorer c’est le cadet Li qui est choisi pour être envoyé à Paris.

Liu n’a que 15 ans mais ne peut échapper à son sort.

«  Un pas après l’autre, lentement, murmura grand-père, les yeux mi-clos. Une génération après l’autre… lentement, mais sûrement. Il ne faut pas se décourager. Liu sentit ses épaules s’affaisser, comme si le poids des souffrances subies par ses aînés l’écrasait soudain. Il devait partir. Pour faire fortune. Après avoir remboursé les passeurs. Quand il reviendrait, il serait un homme. Et peut-être, à son tour, enverrait-il son fils là-bas, quelque part, à Paris ou à New York ou à Vancouver. Une génération après l’autre, lentement mais sûrement. C’était la sagesse. » Page 5

Wenzhou, Pékin, Moscou, Prague…Liu (confié à un passeur) ne fait pas seul le voyage, accompagné par un wagon entier de  jeunes comme lui de toute la province. Puis, séparé du reste du groupe, il continue sa route en mer pendant une semaine avec Dietrich, propriétaire d’une péniche « Hambourg » et Ginka, prostituée hongroise qui après avoir fui porte de Pantin (obligée à tapiner pour rembourses ses passeurs), est contrainte d’y retourner.

Hambourg, premier amour est un titre plein de sensibilité. Regard sur la réalité de l’immigration, tranché mais réaliste, Jonquet évoque sans tabou les passeurs chinois, le dur labeur de ces immigrés pour rembourser leur dette (des dettes transmissibles évidement, même aux plus jeunes), la prostitution venue des pays de l’est en guerre avec celle de l’Afrique dont la seule victime est la femme (à double titre). Et dans tout ça il y a un peu d’amour quand même avec ce jeune et innocent Liu., qui va grandir bien trop vite Sans tabou, avec des dialogues directs, crus, drôles et durs, Hambourg, premier amour est une nouvelle belle, cruelle et aussi parfaitement aboutie.

« Et c’est ainsi que, dans les sous-sols de son restaurant, Liu apprit à vieillir. » Page 20

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