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Le lac des cygnes au Bolchoï

Par Rémy Boeringer @eltcherillo

Au Théâtre Bolchoï, le prince du lac des cygnes rêve d’un ailleurs inaccessible

Le lac des cygnes, ballet de Piotr Ilitch Tchaïkovski initialement sur un livret de Vladimir Begichev, créé pour la première fois, le 4 mars 1877 au Théâtre du Bolchoï, y revient régulièrement. La dernière production, sur un livret de Yuri Grigorovich, est jouée régulièrement depuis le 2 Mars 2001. Popularisé par ces nombreuses reprises, Le lac des cygnes, dont Tchaïkovski ignora le destin illustre, est devenu une pièce maîtresse en passant dans les mains de Marius Petipa, Lev Ivanov et Alexander Gorsky. En partenariat avec les Cinémas Pathé-Gaumont, le Théâtre Bolchoï diffuse en direct ses plus grands ballets. Le dimanche 25 janvier à 16h, nous avons pu assister à la représentation, réalisé par Vincent Bataillon. 

D’après le livret de Yuri Grigorovitch, Odette, le prince Siegfried (Dmitry Gudanov) s’ennuyant à la cour, mélancolique, seulement diverti par le bouffon (Vyacheslav Lopatin) est emmené par le mauvais génie (Nikolai Tsiskaridze) au bord d’un lac où il rencontre Odette, le cygne blanc (Svetlana Lunkina) pour qui il éprouve lorsque la nuit tombe et qu’elle se transforme en humaine, une véritable passion. De retour au palais, ses parents lui présente des courtisanes. Il ne pense cependant qu’à Odette. Surgis alors, au milieu du bal, le mauvais génie accompagné d’Odile, le cygne noir (Svetlana Lunkina, également). Lorsqu’il s’aperçoit qu’il a été dupé, il est déjà trop tard, le cygne blanc se meurt de chagrin et les rêves d’ailleurs du Prince s’estompe.

Au Théâtre Bolchoï, le prince du lac des cygnes rêve d’un ailleurs inaccessible

Le bouffon (Vyacheslav Lopatin)

Spécificité de la retransmission au cinéma, l’œuvre est présentée par une commentatrice pendant que le public moscovite s’installe. C’est ainsi que l’on apprend sa genèse et ses différentes évolutions. Aspect intéressant de l’art du ballet, il permet à ses différents chorégraphes d’interpréter différemment la musique, d’y adjoindre des événements scénaristiques nouveaux voire des personnages inédits. Ainsi, si la version de Grigorovitch reprend quelques chorégraphies de Petipa et d’Ivanov, l’intégralité de l’acte premier est une création originale de l’artiste. À l’entracte, la présentatrice revient pour interroger d’une part, l’ancienne détentrice du rôle d’Odette qui, part tradition, est devenu la professeure de Svetlana Lunkina. Et d’autre part, elle interroge à propos de son rôle et de son point de vue sur le travail de Grigorovitch, Nikolai Tsiskaridze, qui explique que la vision du chorégraphe est celle d’un rêve du Prince qui souhaiterais échapper à sa condition et à l’ennui mortel de la cour.

Au Théâtre Bolchoï, le prince du lac des cygnes rêve d’un ailleurs inaccessible

Le prince Siegfried (Dmitry Gudanov) et Odette, le cygne blanc (Svetlana Lunkina)

On aurait pu s’attendre à un manque de naturel face à l’œuvre en la contemplant avec autant de distance. Il n’y a pas bien sur l’ambiance feutrée d’une salle de concert renommée. Cependant ; est-ce dû au décor grandiose de Simon Virsaladze et aux jeux de lumière saisissants de Mikhail Sokolov ou bien à la maestria de l’orchestre dirigé par Pavel Sorokin ; l’immersion est totale tellement l’œuvre aussi bien dans sa mise en scène que dans sa sonorité est prenante. Les applaudissements des spectateurs russes emplissent la salle à chaque scène. La déception point que nous ne puissions pas nous joindre aux acclamations. Un soin tout particulier a été apporté aux costumes. Celui du mauvais génie et du bouffon sont sublimes ; rendant le premier véritablement sinistre et faisant détonner le second au milieu des aristocrates ; et contraste avec la simplicité de l’ornement du Prince et du cygne. Tchaïkovsky, enfin, enchante nos oreilles, la restitution audio est de haute qualité. On se laisse emporter, absorbé par cette scène lointaine du Bolchoï, au rythme des pas effrénés des danseurs virevoltant au son des bois et des cuivres. On vibre, au son des percussions et des cordes, les violons lancinant et la grosse caisse, apparaissant dans le phrasé aux moments critiques où le mauvais esprit intervient, annonciateur de terribles malheurs.

Au Théâtre Bolchoï, le prince du lac des cygnes rêve d’un ailleurs inaccessible

Le mauvais génie (Nikolai Tsiskaridze)

Le spectacle magnifique du Lac des cygnes ne perd rien de sa superbe en étant retransmis, surtout avec autant de soins. La saison des ballets du Bolchoï se poursuivra, au cinéma, avec Roméo et Juliette, le dimanche 18 mars 2015, et Ivan le terrible, le 19 avril 2015.

Boeringer Rémy

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