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Comment Syriza les a rendu fous (404ème semaine politique)

Publié le 31 janvier 2015 par Juan
Comment Syriza les a rendu fous (404ème semaine politique)

Il a suffit d'une victoire électorale, une belle victoire aux élections législatives, remportée malgré les manoeuvres et les pressions, pour que la planète néo-libérale politico-médiatique s'enflamme et se mette la tête à l'envers.

Des dérapages lepenistes aux "Macronneries" libérales, la semaine fut riche.

L'Alternative
Dimanche 26 janvier 2015, le parti grec Syriza, emmené par son jeune leader Alexis Tsipras, emportait 36% des suffrages et une majorité quasi-absolue. En décembre dernier, le gouvernement conservateur avait provoqué ce scrutin précipité, après l'échec des députés à élire le président de la république hellénique. Le premier ministre Samaras espérait vaincre, grâce au léger rebond de croissance (+2,9% prévu pour 2015) et la surprise qu'il faisait à sa concurrence de gauche. Pendant toute la campagne, les différents gouvernements de l'Union européenne, le FMI, la Banque Centrale européenne et la Commission de Bruxelles n'ont cessé de menacer les Grecs de rétorsions diverses et variées si Syriza l'emportait sur son programme de renégociation de la dette publique.
Depuis 2009 et la révélation du trucage des comptes publics grecs, l'endettement public du pays avait subit deux évolutions majeures: pour secourir les banques européennes qui avaient imprudemment prêté ou franchement forcé la main aux autorités grecques d'antan, des fonds européens avaient été mis en place. Ensuite, la dette globale s'est envolée de plus de 50 milliards d'euros, pour dépasser les 315 milliards d'euros l'an passé. Le pays, lui, a subi l'une des cures austéritaires les plus violentes qu'un Etat européen ait subie depuis 40 ans, avec une explosion de la pauvreté, du chômage ... et des suicides.
La finance contre la démocratie, tel était le duel résumant la situation qui s'est provisoirement clos dimanche dernier. 
Les Grecs avaient fait disparaître le PS local (en divisant par dix en dix ans son score législatif), et maintenu les néo-nazis à la troisième place avec 7% du score.
En France, cette victoire de Syriza a provoqué joie, gêne ou stupeur suivant les camps et les clans. Il suffit que Tsipras s'allie rapidement avec la quinzaine de députés d'un parti souverainiste de droite pour qu'on ajoute au choc. L'affolement des esprits était palpable. Les mêmes qui assénaient que ce serait la fin d'un monde si Syriza gagnait, assuraient désormais que ce n'était pas si grave; ou que Tsipras avait échoué; ou encore que la dette pourrait se renégocier finalement. Tsipras fut accusé d'être néo-marxiste, libéral caché ou souverainiste assumé. Qu'il décide de réaligner le SMIC à son niveau d'avant-guerre 2009 fut un crime de lèse-majesté libérale. Face à la Russie, plus engagée que jamais à soutenir les séparatistes pro-russes en Ukraine dans une guerre civile qui cache mal son nom, Tsipras réclame l'apaisement et la levée des sanctions. A l'Allemagne, il demande des "réparations de guerre".
Vendredi, le gouvernement Tsipras clôturait la semaine par une rencontre majeure à propos de la dette grecque avec des responsables européens. Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, avait encore menacé les Grecs avec cette sentence hallucinante qui posait des limites à la démocratie: "Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens". François Hollande fut plus prudent, ou simplement respectueux d'un processus démocratique qui a (provisoirement) sortie la Grèce de la destruction de sa démocratie provoquée par la Troïka depuis 2009.
Angela Merkel s'inquiète que Hollande soit tenté de "jouer la carte Tsipras".
Grèce: le Premier ministre Alexis Tsipras sera reçu mercredi par François Hollande à Paris (#Elysée)
— Sylvie Corbet (@SylvieCorbet) January 30, 2015

Le Pen Con-nexion et Islamofolie
En France, Marine Le Pen n'était plus à une récupération près, elle applaudit donc à la victoire de Syriza. Elle sourit. Un énième sondage la place en tête d'une présidentielle inexistante, avec 30% d'un scrutin théorique imaginaire posé sur des candidats qui ne sont pas déclarés.
Les journalistes politiques ont même désigné le maire frontiste d'Hénin-Beaumont, Steeve Briois, "personnalité politique de l'année 2014". On se pince pour le croire.
Sa nièce, la trop jeune Marion Maréchal-Le Pen, toute concentrée à incarner l'héritage pétainiste de son grand-père Jean-Marie, fut surprise en fin de semaine à menacer un journaliste: "Franchement, c'est minable. Je suis regonflée à bloc! Mais on va vous avoir... Mais quand ça va arriver, ça va vraiment vous faire mal! Vraiment, merci." 
Qui en doutait ?
Et Jean-Marie complète la semaine en qualifiant le président de l'Assemblée nationale de "vraie vulve" et "faux-cul". Comme un oignon qu'on épluche, la vieillesse chez Le Pen enlève le peu de surface courtoise qu'il possédait.
En France, l'unité nationale post-Charlie Hebdo n'est plus qu'un souvenir. 
La vie politique reprend difficilement ses droits. Quelques-uns critiquent les gesticulations sincères et autres déclarations en faveur d'une revalorisation de l'éducation de la jeunesse et de l'enseignement de la laïcité. Le gouvernement a ouvert un site dénommé "Stop Djihadisme", pour donner quelques clés et repères sur la propagande djihadiste sur le Net, et conseiller les familles dont la progéniture a été kidnappée par les sbires de Daesh. Mardi, on arrête cinq présumés djihadistes âgés de 26 à 44 ans pour "association de malfaiteurs en vue de la préparation d'actes de terrorisme".
La polémique enfle sur l'arrestation d'un gamin... de 8 ans pour apologie contre le terrorisme.
L'interpellation scandalise, la ministre de l'Education nationale prévient sur Twitter que l'établissement portait plainte contre le père, ce que dément l'avocat du garçon, qui attaque à son tour l'école pour violences contre l'enfant.
On ne sait plus si le plus scandaleux est l'audition d'un bout de choux ou la surexcitation médiatico-politique qui s'en est suivie. L'atmosphère est devenue pesante en République. de l'autre côté de la Méditerranée, un journal marocain publie en couverture un photo-montage de Hollande grimé en Hitler. Une bêtise consternante.
En Arabie Saoudite, le blogueur Raif échappe pour la troisième fois, et toujours provisoirement, à la flagellation en public.
A chacun ses indignations.
Macronneries
L'année 2014 s'est terminée avec 3,5 millions sans emploi, la catégorie la plus précaire des demandeurs d'emplois. Soit plus de 10% de plus qu'il y a un an. L'échec est manifeste. Le véritable "Apartheid" est là, dans cette crise de l'emploi.
L'UMP débute ses primaires. Juppé entre en campagne. Sarkozy est à Tourcoing. Il bafouille encore quelques mensonges contre l'Aide Médicale d'Etat accordée aux immigrés.
Le parti durcit les critères - il faudra 2.750 parrainages pour prétendre aux primaires. Le procès Bettencourt suit son cours, sans Nicolas Sarkozy, évacué de l'affaire pour vice de procédure. Lundi démarre un autre procès plus graveleux, Dominique Strauss-kahn dans l'affaire du Carlton de Lille. D'après Canal+ , Nicolas Sarkozy et François Fillon suivi les aventures sexuelles de l'ancien directeur général du FMI au Carlton de Lille bien avant toute révélation médiatique.
Cette droite qu'on imagine républicaine ne votera pas en faveur de la loi Macron. Elle fustige la timidité, "l'ambiguïté politique" du jeune ministre de l'Economie. Emmanuel Macron s'active pourtant à faire voter sa loi fourre-tout à l'Assemblée. Il a du reculer sur un point au moins, la plus grande protection du secret des affaires des entreprises contre laquelle le corps journalistique (presque) tout entier et bien d'autres encore s'était ligué.
Cette loi est si fourre-tout qu'elle est devenue un chemin de croix.
Ecologistes, syndicalistes, notaires, avocats, on ne compte plus les inquiets et les inquiétudes. Après le secret des affaires, voici la protectetion de l'environnement qui est en cause: la loi prévoit de confier au gouvernement un pouvoir de décision par ordonnance pour "accélérer la réalisation des projets publics et privés" qui peuvent avoir un impact environnemental. Mal écrite, la disposition est ressentie comme une pure provocation après le drame du barrage de Sivens (finalement abandonné après la mort du militant Rémi Fraysse), et que l'on compte déjà une centaine de "Zones-à-défendre" (ZAD) dans le pays.
Le gouvernement envisage aussi de durcir les critères d'accès aux aides personnalisées au logement - 17 milliards d'euros par an.
On avait oublié qu'il y avait un plan d'économies à 50 milliards à mettre en oeuvre...
Avec ou sans Syriza au pouvoir en Grèce.
Crédit illustration: DoZone Parody
 

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