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Les vœux de Louis Collomb ! A ne pas manquer !

Publié le 02 février 2015 par Halleyjc

Bonjour à tous.

Mon traditionnel envoi des vœux à été particulièrement laborieux cette année.

J’ai été victime d’une accélération de l’histoire qui m’a particulièrement perturbé.

C’est donc avec un délai largement dépassé que je vous fait part de mes meilleurs vœux pour l’année 2015.

J’avais, avec l’esprit provocateur qui me caractérise, envisagé de placer ces vœux sous le signe de l’implantation française en Guadeloupe. En effet, c’est le vingt-huit juin 1635 que débarquèrent les cinq cent cinquante premiers immigrants, il y aura donc bientôt trois cent quatre vingt ans.

Je voulais au départ exalter l’esprit de "pionnier" qui emmena ici ces premiers colons fuyant, pour la plus part d’entre eux, la misère des campagnes où des villes françaises. Ils partaient vers le rêve d’un avenir meilleur et ils trouvèrent le plus souvent la souffrance et la mort.

Mais, la pose d’une stèle commémorant cette événement, à créé une tempête dans un verre d’eau. Et certains de nos compatriotes n’ont pu se retenir d’exhaler leur haine …… d’eux même en fait ! Et cela m’a conduit à modifier mon angle d’attaque, tout en restant dans le sujet.

Je m’excuse par avance auprès de tous ceux qui, vivant hors de Guadeloupe, sont un peu éloignés de ces préoccupations.

Je vous propose d’écouter cette chanson de Philippe LAVIL pour accompagner la lecture de ce qui suit, en suivant ce lien :

https://www.youtube.com/watch?v=rm_ln6kJz_E

L’expédition de peuplement de la guadeloupe, sous la direction de Charles LIÉNARD de L’OLIVE et de Jean du PLESSIS d’OSONVILLE, quitte la rade de Dieppe le 25 mai 1635 à bord de deux bâtiments.

Le premier navire sous le commandement du capitaine FEL avec quatre-cent hommes et deux religieux.

Le deuxième plus petit vaisseau, sous les ordres du Capitaine David MICHEL avec cent cinquante personnes et deux religieux.

Les quatre religieux, de l’ordre des Dominicains furent :  Les révérends pères Pierre PELICAN, Raymond BRETON, Nicolas BRUCHY et Pierre GRYPHON.

Cinq-cents de ces hommes étaient des engagés obligés de servir trois ans. On les appelai des "trente six mois".

Les cinquante autres étaient quelques familles particulières voyageant à leurs frais.

Ils arrivèrent en Guadeloupe où ils débarquaient le vingt huit juin 1635 à la Pointe Allègre, commune de Sainte-Rose.

Voici, décrit par le Révérend Père Jean-Baptiste du TERTRE, ce qu’ils vécurent après leur arrivée :

…/ vous verrez des hommes affamés, brouter l'herbe comme des bêtes, manger leurs propres excréments, et étant empêchés de se procurer quelque nourriture pour rassasier leur faim, s'exposer volontairement à la sévérité des supplices, aimant mieux finir leurs misères de la main d'un bourreau que de traîner plus longtemps une vie que la famine leur rendait plus cruelle que la mort.

On peut dire que les misères de cette colonie commencèrent dans le navire: les viandes étaient avariées; on avait embarqué si peu de cidre, qu'au milieu du voyage on fut contraint de le couper à moitié, d'eau de mer. Ce qui causa une altération incroyable à tous les passagers et une intoxication si violente, que plusieurs en moururent dès qu'ils furent à terre. /…

…/ Si bien que deux mois après leur descente à la Guadeloupe, ils se trouvèrent au milieu des bois, sans patates ni manioc à planter, sans pois et sans fèves à semer. Comme ils n'avaient apporté des vivres que pour deux mois (qui est le défaut que tous les étrangers reprochent à notre nation) nos deux capitaines généraux se virent obligés de retirer des vivres, et de réduire tous les gens de leur colonie à une livre de nourriture par jour. De plus la farine ayant manqué, la nécessité les obligea à manger de la tortue fraîche, sans pain, et cette nourriture causa des flux de sang et des vomissements qui en firent mourir plusieurs. /…

…/ Voyant donc que leurs gens s'affaiblissaient de jour en jour jusqu'à ne plus pouvoir se soutenir, ils leur permirent d'aller sur les anses pour y tourner les tortues, qu'ils leur avaient défendu de manger à cause du flux de sang qu'elles avaient causé, mais ces pauvres affamés ne purent s'empêcher d'en manger sans retenue: plusieurs en moururent, les autres devinrent si maigres et si décharnés qu'ils semblaient plutôt des squelettes que des corps vivants. …/

…/ Si bien qu'il fallut réduire la livre de pâte, qu'on distribuait tous les jours à chaque personne, à cinq onces, or on ne leur en distribuait qu'après avoir travaillé jusqu'à midi. …/

…/ La famine fut si grande qu'on mangea les chiens, les chats et les rats, comme de friands morceaux. Depuis la déclaration de guerre aux sauvages, nos gens n'osant plus sortir du fort, mangèrent jusqu'à l'onguent des chirurgiens, au cuir des baudriers qu'ils faisaient bouillir pour le réduire en colle. On en a vu brouter l'herbe, manger les excréments de leurs camarades après les leurs. On a même cru qu'un certain jeune homme de Dieppe avait mangé la chair d'un de ses compagnons, et dans ce but il lui avait coupé le bras avant de l'enterrer. …/

…/ On a souvent vu la terre des fosses où nos pères avaient enterré les morts, totalement remuée le matin; il était évident qu'on les avait fouillés pour déterrer les corps et en couper quelque membre pour vivre. …/

…/ Tout ce pauvre peuple était réduit au désespoir, la plus grande occupation de nos religieux n'était pas seulement de consoler ceux qui en étaient capables mais d'empêcher les uns de se précipiter dans la mer, aux autres d'arracher les cordes qu'ils avaient dérobées pour se pendre. Ceux qui étaient assez hardis pour prendre quelque morceau de pain étaient châtiés comme des criminels; quelques-uns furent attachés au carcan, d'autres furent fouettés. Bien qu'il eût souffert deux fleurs de lys sur les épaules et que le R.P. Raymond l'eût arraché de la potence ayant obtenu sa grâce de MM. de l'Olive et du Plessis, un homme était si désespéré par la faim à force de prières et de larmes qu'il aima mieux dérober une cinquième fois pour être promptement pendu plutôt que de vivre encore exposé aux rigueurs insupportables de la faim. …/

…/ Cette famine qui dura près de cinq ans, …/… fut suivie d'une mortalité presque générale, à laquelle outre la famine, deux choses contribuèrent particulièrement. La première fut une certaine maladie qu'on nomme communément dans les îles, le coup de barre: …/… La cruauté des commandants qui présidaient au travail est l'autre cause de la mort de la plupart de la colonie. En effet, bien que ces pauvres engagés, tant par les seigneurs de la compagnie que par les marchands de Dieppe, fussent extraordinairement affaiblis par la misère et par la faim, on les traitait plus mal que des esclaves et on ne les poussait au travail qu'à coups de bâton et de hallebarde, …/

Cette douleur vécue par ceux qui créèrent cet établissement en 1635, mérite bien un hommage.

Cordialement.

Louis COLLOMB


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