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[Critique] FRANK

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] FRANK

Titre original : Frank

Note:

★
★
★
★
☆

Origine : Angleterre/Irlande
Réalisateur : Lenny Abrahamson
Distribution : Domhnall Gleeson, Michael Fassbender, Maggie Gyllenhaal, Scoot McNairy, François Civil, Carla Azar, Tess Harper…
Genre : Drame/Musical/Comédie/Adaptation
Date de sortie : 4 février 2015

Le Pitch :
Jon, un jeune musicien, rêve de devenir une rock star. Le jour où il croise le chemin d’un groupe avant-gardiste, et que ce dernier décide de donner sa chance au jeune homme, les choses prennent enfin une tournure enthousiasmante. Dominé par la personnalité charismatique de Frank, un étrange personnage affublé en permanence d’une grosse tête faite de papier mâché, le groupe en question décide de s’isoler dans une maison, à la campagne, afin de mettre en boite son premier album. Les premiers pas de Jon ne vont pas se faire sans heurts, entre conflits, rapports fusionnels, doutes et éclairs de créativité, tandis que Frank va peu à peu s’ouvrir à lui…

La Critique :
Frank nous tend les bras ! Chanteur, musicien, compositeur, leader charismatique, confident, catalyseur, mentor, cet étrange personnage est tout cela à la fois. C’est le journaliste musicien Jon Ronson qui fit en quelque sorte connaître au monde ce mystérieux Frank. Car oui, il a vraiment existé. Il se baladait tout le temps affublé d’une grosse tête en papier mâché, dissimulant son visage à ses amis et à son public, et s’appelait Frank Sidebottom. Comme les mecs de Slipknot ou de Kiss. Sidebottom qui se nommait en réalité Chris Sievey. Disparu en 2010, à l’âge de 54 ans, Frank, ou Chris, c’est comme vous voulez, reprend vie aujourd’hui à l’écran, à travers l’histoire de Jon, ce musicien frustré, claviériste de son état, narrateur et incarnation de l’auteur du scénario.
Le réalisateur Lenny Abrahamson a ainsi adapté le script de Jon Ronson. Il ne convient peut-être pas de parler de biopic tant le scénario s’éloigne de la vraie histoire à plusieurs reprises, mais la base est bel et bien authentique. Ronson a connu le vrai Frank et on aime à penser que le long-métrage retranscrit le talent, la verve et la complexité ambiguë et attachante de cette personnalité hors-norme et méconnue de l’histoire de la musique.

En matière de cinéma, il est bon, car très rare, de ne pas savoir où on met les pieds. À voir ce gars et sa grosse tête en papier mâché sur une affiche, accompagné de Maggie Gyllenhaal, attise la curiosité. La bande-annonce aussi. Les premiers retours du film ont vite parlé d’une œuvre à la Michel Gondry. Michael Fassbender est aussi de la partie, mais il est dit d’emblée que son visage sera caché par la grosse tête en question, car Fassbender est Frank, ce musicien peut-être un poil schizophrène, en tout cas suffisamment « dérangé » pour supporter le port d’un appendice énorme lui interdisant par exemple de manger solide ou de respirer convenablement. Sa voix, quant à elle, résonne avec l’écho provoqué par ce drôle de casque et au final, cette tête seule confère au projet de Lenny Abrahamson, une aura fascinante et son identité propre.

Frank-Fassbender

Alors oui, il y a peut-être du Gondy chez Frank mais très peu. Pas de bricolage ici. Frank raconte l’histoire d’un groupe qui cherche à percer. À enregistrer son premier album. Il narre la trajectoire d’un musicien dont l’entrée dans un groupe potentiellement capable de lui offrir tout ce dont il a toujours rêvé, ne se passe pas comme prévu, mais parfois dans le bon sens du terme. Avec sa fille un peu folle et agressive, son bassiste/guitariste français, qui se fout que personne ne le comprenne quand il cause, cet ingénieur du son barbu à l’humeur changeante, cette « batteuse » taciturne et son environnement champêtre, le film arrive à raconter une histoire à la base classique, mais aussi à ne ressembler qu’à lui même. Assemblage de petits éléments étranges, d’une émotion tangible et d’une drôlerie décalée, Frank devient un conte sur l’ambition. Sur la réalisation de ses rêves. Le personnage de Frank cristallise tout cela même si au début, ce n’est qu’un barjot silencieux, à part quand il chante au micro.
Nous, spectateurs, découvrons tout cela à travers les yeux de Domhnall Gleeson, ce génial acteur vu notamment dans Il était temps, ici absolument remarquable. Peu à peu il perce la carapace de Frank. Il pénètre son aura. Au lieu de prendre le fait que le type se balade avec une tête en papier mâché sur la tronche, le narrateur cherche à comprendre. Dans un Gondry, une telle chose aurait par exemple pu être prise pour un fait établi. Ok, c’est comme ça et pas autrement. Pas ici. Abrahamson veut comprendre pourquoi un jour, ce gentil mec timide, a voulu cacher au monde son visage, offrant par ce fait à son métrage une dimension tangible responsable de la formidable émotion qui s’en dégage.
Frank recèle de suffisamment d’éléments barrés et jamais il ne joue la surenchère. Casse-gueule, l’histoire est traitée avec un désir d’à la fois rendre justice à l’étrangeté du groupe et de son leader, mais aussi de retranscrire leurs objectifs, leurs rêves et leurs problèmes. En gros, Abrahamson et Ronson, ne restent pas à la surface des choses. Il creusent. Jamais opportunistes, ils respectent leurs sujets mais vont au bout du voyage, quitte à heurter cette figure iconique de Frank. La grosse tête en papier mâché est amenée à se fissurer, la folie à s’échapper, et la vérité à éclater…

Pas évident pour un acteur de la trempe de Michael Fassbender d’endosser un rôle comme celui de Frank. On ne voit jamais son visage mais pourtant, le bougre parvient à attirer toute l’attention sur lui. Avec sa voix (il est impératif de voir le film en version originale), grave, fascinante, proche de celle de Jim Morrison, y compris quand il chante, et ses attitudes, trahissant une fragilité de plus en plus évidente. Entouré d’une troupe d’acteurs qui jouent tous sur la même fréquence, dans un grand élan salvateur et touchant, Fassbender est l’axe autour duquel tout et tout le monde tourne. Même le véritable héros du film, à savoir Jon, alias Gleeson, incapable lui aussi de détacher ses pensées de ce mystère qu’est Frank.

Et puis bien sûr il y a la musique. Cela faisait bien longtemps qu’un film musical, racontant la trajectoire d’un groupe semi-fictif, n’avait pas livré une bande-originale aussi inspirée. Pas évidentes au premier abord, les compositions qui jalonnent l’histoire de Frank et de ses amis, s’imposent néanmoins doucement mais sûrement comme parfaites quand il s’agit de supplanter les mots quand ceux-ci semblent impuissants à saisir la force évocatrice des intentions du récit. Folle, dans la veine de celle de The Doors, rock, pop, parfois digne des plus folles envolées lyriques de Frank Zappa (un autre Frank), la musique du long-métrage raconte avec tendresse, agressivité et puissance la même histoire que les dialogues, mais évolue dans une sorte de dimension parallèle, entre vintage et modernité. Elle touche au vif, nourrit le récit, explique tout et explose à la fin, lors d’une séquence aussi évidente que déchirante, avec un morceau d’emblée culte intitulé I Love You All.
Un morceau à l’image de Frank, ce drôle de bonhomme au masque inexpressif. Ce mentor cachant ses failles sous une fine couche de papier. Derrière des notes et une voix forte, pleine d’assurance. Rassurez-vous, la folie de Frank n’est jamais excluante. Quand on aime la musique, quand on aime le cinéma, difficile d’envisager Frank autrement que comme une pure perle. Brute, sublime, et parcourue de petites imperfections qui au final contribuent à en faire une œuvre unique.

@ Gilles Rolland

Frank-cast
Crédits photos : KMBO

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