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Exposition «  »Fantôme sans château » » de Christophe Berdaguer & Marie Péjus Le Parvis | Tarbes

Publié le 06 février 2015 par Philippe Cadu @ContempodeLArt

Christophe Berdaguer & Marie Péjus, Timezone, 2010. Vidéo en boucle, 60’. (c) Berdaguer&PéjusChristophe Berdaguer & Marie Péjus, Ciel martien, 2014. Peinture au spray.http://www.parvis.net

du 13 février au 18 avril 2015

vernissage le jeudi 12 février à 19h au Parvis à Ibos en présence des artistes

Pour leur nouvelle exposition au Parvis, intitulée « Fantôme sans château », Berdaguer et Péjus explorent les dimensions de la fantasmagorie et de la médiumnité.
Le parcours dans l’exposition est conçu dans un dialogue avec des pièces existantes et d’autres spécifiquement réalisées pour le propos qui y est développé. Les artistes assument la « ré édition » des formes qu’ils exploitent de manière différente à chaque exposition,
comme si l’oeuvre était douée d’une vie autonome, jamais figée dans sa représentation.

Christophe Berdaguer & Marie Péjus, Arbre, 2012. Résine, fibre de verre, peinture, dimensions variables. Photographie Blaise Adilon.
Christophe Berdaguer & Marie Péjus, C28 (arbre), 2012. Résine, fibre de verre, peinture, dimensions variables. Photographie Blaise Adilon.
Le spectateur est ainsi invité à déambuler parmi les oeuvres entre déformations perceptives, formes ectoplasmiques, architectures rêvées et temps sédimenté où s’activent les paroles et les visions hallucinatoires d’une célèbre médium du XIXe siècle.
Le centre d’art est ainsi littéralement transfiguré, tout y est blanc du sol au plafond et d’un éclat hypnotisant. « Fantôme sans château » propose au visiteur d’entrer dans un espace où les reliefs et les limites s’effacent pour créer un trouble optique amplifié par la présence
de différentes sculptures de couleur blanche.
Une forêt se devine dans cette lumière aveuglante. Il s’agit de cinq sculptures d’arbres créées à partir de dessins réalisés dans le cadre de
tests psychologiques par des patients souffrants de troubles de la personnalité. Le fait qu’en art comme en psychanalyse, on utilise des symboles identiques n’est pas anodin, nos mondes intérieurs se trouvent en effet à la croisée de ces différents chemins.
Christophe Berdaguer & Marie Péjus, Psychoarchitecture, 2006-2010. Résine (stéréolithographie) dimensions variables Photographie Blaise Adilon.
Christophe Berdaguer & Marie Péjus, Langage is not transparent, 2014. Peinture murale, 90 x 120 cm.
L’arbre représente la vie, il est symbole de l’individualité (du personnel) et de l’universalité (du collectif). Il symbolise l’être l’humain par analogie à la station debout, c’est une image de puissance et de mystère. Une représentation parfaite de l’équilibre entre la terre et le ciel et surtout un espace fantasmagorique qui provoque le récit et l’onirisme.
À leurs côtés se trouvent les « Psychoarchitectures », d’étranges maquettes de maisons déformées, avec leurs plis et angles dégoulinants, leur blancheur immaculée se confondant avec l’espace. Ce sont six véritables dessins d’enfants réalisés à l’occasion de tests psychologiques qui sont ici traduits en volume par les artistes. Dans ce test la figure de la maison fonctionne comme la représentation symbolique du soi (social et intime), de sa psyché et de son corps. Autant de déterminations que Berdaguer et Péjus exacerbent et amplifient dans leur travail. L’ensemble, forêtet maisons, crée, dans nos esprits, une véritable déroute onirique proche du conte de fées.

Le Parvis centre d’art http://www.parvis.net
Parvis CAC – centre Méridien route de Pau, 65420 Ibos
Ouverts du mardi au samedi de 11h à 13h et de 14 à 18H30.

Les jeux d’échelles entre les arbres démesurément grands, plus que les maisons, font que l’on ne sait jamais où l’on se situe, ni quelle zone du cerveau est sollicitée, la psyché, les rêves ou les hallucinations ? Partant de là, il n’y a pas loin à convoquer la figure d’Alice et ses merveilles, dans sa dimension littéraire et psychanalytique, quand son nom renvoie à un syndrome connu combinant hallucinations visuelles, anomalies de l’image du corps et distorsion de l’espace et du temps.
À côté de ce paysage, sur un grand linéaire mural, un langage imagin

aire se déploie. Celui des retranscriptions somnambuliques de la célèbre médium Hélène Smith par le psychologue Théodore Flournoy. Cette dernière, lors de transes somnambuliques, entrait en communication avec la planète Mars, décrivant ses paysages et livrant sa langue et son écriture. Intéressés par la mécanique des mouvements de la parole, les artistes ont alors collaboré avec les scientifiques du laboratoire « Parole et langage» (CNRS-AMU)d’Aix-en-Provence afin de matérialiser les déplacements de ces glossolalies dans la bouche d’une comédienne. Ils en extraient dix peintures réalisées au spray et exposées ici, qui évoquent autant le cosmos que le réseau neuronal de notre cerveau.
Plus loin, au fond du centre d’art, est projetée une énigmatique vidéo. Un long plan séquence montre un homme marchant dans un cercle de sable gris. Au fil des pas, les grains de sable se désolidarisent et finissent par former deux demi-cercles, un blanc et un noir, on
comprend alors que la vidéo est montée à l’envers. Cet homme luttant cont

re l’entropie et le temps qui passe, n’est autre que l’incarnation de l’enfant dans le bac à sable évoqué par l’artiste Robert Smithson lors d’une conférence en  1967.
Enfin, de l’aveu des artistes, une dernière oeuvre «Sleep architecture» fait, elle, « office de clef pour entrer et/ou sortir de l’exposition, il s’agit de somnifères enfermés dans un tableau vitrine, ici toujours pas de château, ou plutôt un château de sable, de substitution. L’architecture est dans la pilule, et c’est le sommeil et le rêve qui sont architecturés par des molécules. « Sleep architecture » ouvre et ferme cette exposition, elle dessine les contours ambivalents d’une parenthèse finalement très « KDickienne ».
Alors, peut-on se demander, les fantômes rêvent-ils de nous quand ils dorment ?
Magali Gentet,
Responsable du Parvis centre d’art et commissaire de l’exposition.


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