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La guerre contre la finance qu'il faudra bien mener (405ème semaine politique)

Publié le 07 février 2015 par Juan
La guerre contre la finance qu'il faudra bien mener (405ème semaine politique)

Un mois après les attentats de Paris, la France politique a changé. Cela se voit, s'entend, se perçoit. Hollande paraît plus présidentiel, Sarkozy plus ridicule, même si la classe politique est toujours déchirée. Les attentats n'ont pas gommé les désaccords politiques. 

Mercredi cette semaine, l'Europe a connu un autre attentat, moins sanglant: la Banque centrale européenne a lâché sa première bombe contre le gouvernement grec dirigé par Syriza.


François Hollande a su faire preuve de diplomatie. Il est allé tenter de résoudre une guerre civile, et pas la moindre. Une guerre en Europe, en Ukraine. Jeudi, lors d'une conférence que d'aucuns ont jugé réussie, il a annoncé un déplacement surprise à Kiev puis à Moscou, avec Angela Merkel. Hollande n'avait pas rompu avec Poutine. Il a certes refusé de livrer des navires Mistral commandés par la Russie, mais il n'a pas commis l'irréparable de proposer l'intégration de l'Ukraine dans l'OTAN ni de livrer des armes aux forces régulières contre les séparatistes pro-russes.
Bref, Hollande a ménagé une voie diplomatique. Nous pourrions détester cette real-politik qui sacrifie le droit à la paix et aux intérêts. Une gauche en France, celle qui avait hurlé qu'il ne fallait pas détester le funeste Poutine et/ou qui clamait que le pouvoir ukrainien était aux mains des nazis, devrait être satisfaite: Hollande fait le job qu'elle attendait. Vendredi à Moscou, après 24 heures à Kiev, un plan de paix se dessine. On se souvient de Sarkozy, bravache, qui était allé tout seul en Géorgie puis à Moscou en 2008 quand la Russie venait d'envahir son petit voisin. Il revint clamer qu'il sauvé la première, alors qu'il n'avait que négocier son découpage. En Ukraine, la guerre fait rage comme à Donetsk ou Uglegorsk, une ville de 8000 habitants livrée aux combats de rue. Sur place, les "anti-guerre" se dressent contre ces combats fratricides. L'Europe n'a plus d'autre espoir que de faire stopper le bain de sang. Mais à quel prix ? Le "réveil militaire russe" finit par inquiéter.
Hollande a été cérémonial, présidentiel et tout en hauteur ce jeudi. Les attentats de Paris ont marqué le pays, les Français et forcément Hollande également. Le président a évoqué "l'esprit du 11 janvier". On clôt la semaine sur ce triste anniversaire, cela fait un mois depuis les attentats. En Syrie, Daesh brûle vif un prisonnier jordanien. Les salauds du Califat poursuivent leurs bouffonneries sanglantes. A Nice, un jeune illuminé a attaqué au couteau trois militaires en faction devant un centre communautaire juif. L'armée réactive une cellule de contre-propagande contre le djihadisme digital.
Les attentats de Paris n'ont pas effacé les désaccords politiques. Ils ont simplement calmé certaines ardeurs.
L'autre guerre civile
On attendait de lui qu'il parte sur un autre front, une autre guerre civile, européenne et mondiale celle-là. Elle se déroule dans les couloirs, ses armes sont les cordons de la bourse. Cette guerre civile qui menace l'Union et la démocratie oppose la BCE, une banque centrale composée de technocrates désignés par des Etats et proclamée indépendante après l'adoption du traité de Maastricht en1992, et le gouvernement démocratiquement élu d'un Etat de l'Union, la Grèce. Dimanche, le ministre des finances grec annonçait refuser discuter avec la Troïka (BCE, FMI, Commission européenne), au profit des gouvernements et des institutions directement. Mardi, François Hollande recevait Alexis Tsipras, le nouveau premier ministre grec et leader de Syriza.
Mercredi, la BCE interrompt toutes ses garanties de refinancement aux banques grecques. La bourse d'Athènes s'effondre. Quelques milliers de Grecs manifestent leur soutien à leur gouvernement. L'agence Standard and Poor's abaisse la bote de crédit de l'Etat grec à B-. La même agence vient de régler une amende négociée de 1,5 milliard de dollar à la justice américaine pour stopper les procédures engagées contre elle à propos des subprimes.
On se rappelle que Mario Draghi, l'actuel président de la BCE, émargeait chez Goldman Sachs dans les années 2000 quand cette banque conseilla les autorités grecques vers des niveaux inégalés.
La finance contre la démocratie ? 
Oui, bien sûr. Evidemment.
La "nudité du rapport de force" est exemplaire. Syriza est cernée, mais pas isolée. "L'hérétique" Tsipras, mercredi à Bruxelles, explique pourtant simplement: "Nous voulons corriger le cadre, pas le détruire". Il se refuse à négocier un nouveau plan, et réclame un financement relais en attendant mieux. Au chantage de la BCE, il peut répondre par un autre chantage, le défaut de paiement. Ce bras de fer a forcément valeur de symbole. L'échec de Tsipras serait plus que douloureux. Il signifierait que l'Europe n'a décidément plus grand chose à voir avec la démocratie réelle.
La guerre contre la finance est aussi fiscale. En Europe, le président Juncker tente de récupérer un peu de crédit en la matière. Pendant deux décennies, il a dirigé la finance du plus important paradis fiscal de l'Union européenne, le Luxembourg. Cette semaine, la Commission qu'il préside a lancé une enquête sur la clémence fiscale... de l'Etat belge. Ne comptez pas sur Juncker pour s'inquiéter de l'évasion fiscale intra-européenne. Ses services se soucient... d'une distorsion éventuelle de concurrence.
Dans son projet de budget à 4.000 milliards de dollars, Barack Obama promet une nouvelle taxation exceptionnelle de 14% des bénéfices des multinationales amassés à l'étranger. Les plus grandes entreprises, y compris dans la Net-économie, cachent légalement leurs fortunes dans des pays fiscalement accueillants.
La finance s'est rappelée au bon souvenir de l'UMP. Mardi, Jean-François Copé hérite d'une mise en examen dans le cadre de l'enquête sur le financement de la campagne de Sarkozy en 2012... Quand ça veut pas...
Mediapart révèle aussi comment un ministre de Sarkozy s'était fait discrètement rémunéré par la cagnotte des sénateurs UMP. Faudrait-il rappeler que la séparation des pouvoirs est théoriquement un des fondements de la République ? 
Mercredi, c'est le pompon. L'hebdomadaire Marianne révèle l'incroyable mais si prévisible: Sarkozy
est parti lundi assurer une conférence rémunérée à Abu Dhabi, à "l'invitation" du Cheikh Mansour et du fonds souverain IPIC. A l'UMP, certains n'y voient aucun problème. Rachida Dati, toujours à l'aise avec ses escarpins Louboutin, vient au secours de son ancien mentor.
"Lorsque vous êtes ainsi à recevoir sans plus d'efforts qu'une heure de discussion des sommes aussi exorbitantes que celle-là, votre vision du monde est faussée". François Bayrou, à propos de Nicolas Sarkozy.

Il n'y avait plus besoin de bloguer sur Sarko, il se caricature tout seul.
Car Sarkozy a en plus raté une étape politique symbolique. Dimanche, l'UMP est éliminée du second tour d'une élection locale que l'on donnait presque facile. FN contre PS, tu votes quoi ? L'UMP se déchire. Mais Sarkozy est loin, de l'autre côté de l'hémisphère, pour un aller-retour chèrement rémunéré par un émirat local.
Mardi soir, après 48 heures d'un déballage d'ambitions et de réclamations, le parti tranchait pour le "ni-ni". L'UMP dirigée par Sarkozy en 2015 a oublié qu'elle était bien contente des voix de gauche pour propulser Jacques Chirac à l'Elysée en 2002.
Marine Le Pen se régale. Elle s'est déplacée dans le Doubs soutenir la candidate frontiste. Elle en appelle à donner "une raclée au gouvernement". Marine Le Pen a été prise aux mots dans un récent ouvrage. Ses deux auteurs y décryptent le discours de la présidente frontiste depuis une décennie. Et démasquent les artifices du discours, la fausse normalisation, et les vraies outrances. Le FN n'est qu'un parti d'extrême droite.
Une proche de Marine Le Pen menace de mort un journaliste de Mediapart.
Sarkozy a perdu la main, et encore davantage de crédibilité et de leadership cette semaine. Il avait une excuse inexcusable, aux limites de l'éthique politique.
Sarko est un boulet.
Il n'y avait plus besoin de bloguer sur Sarko, les journalistes semblent enfin lucides sur le bonhomme. On évoque sa "dé-présidentialisation" accélérée, ou comment il peine à s'imposer au-delà du cercle rétréci des ultra-fans. Vendredi, un jury de journalistes, composés d'affreux gauchistes du Figaro, de RMC, du Monde et de Libération, lui décerne même le "prix du menteur". Sarkozy doit cette victoire haut la main à 17 mensonges assénés de meeting en meeting pendant sa campagne pour la présidence de l'UMP en 2014.

Sarko est un boulet mais Hollande a des boulets. 
A l'Assemblée, Emmanuel Macron patauge toujours avec sa loi. Vendredi, les patrons d'auto-école roulent au ralenti en bordure de Paris. Il a abandonné la création d'avocats d'entreprise, la nouvelle grille tarifaire pour les actes notariés, et, fort heureusement, le durcissement du secret des affaires. Macron cède facilement aux lobbies professionnels.
A l'inverse, la modification par ordonnance du droit de l'environnement est finalement approuvée. Et on doute que l'assouplissement des conditions de travail le dimanche soit récusée.
A l'Elysée, le jeune trentenaire en charge de sa communication, Gaspard Gantzer, qu'on nous décrit comme "brillant" et "efficace", a laissé sortir un publi-reportage photographique dans les colonnes de l'Obs sur l'équipe élyséenne. On imagine qu'il s'agissait de montrer leur jeunesse, leur maîtrise, leur professionnalisme.
On repère surtout leur déconnexion bourgeoise et sur-diplômée. Le trouble est réel, et bien au-delà des habituels vrauchistes unidirectionnels.
Où sont les fantassins de la guerre contre la finance ?
Crédit illustration: DoZone Parody


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