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Angelika Klussendorf : La Fille sans nom

Par Stephanie Tranchant @plaisir_de_lire

La Fille sans nom  d’Angelika Klussendorf     2,5/5 (08-02-2015)

La Fille sans nom  (208 pages) est sorti le 22 janvier 2015 aux Editions Presses de la cité.

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L’histoire (éditeur) :

C'est l'histoire d'une fille livrée à la fureur destructrice d'une mère infantile et sadique. La fille se défend comme elle peut contre cette femme instable, mais aussi contre le monde extérieur : les adultes qui la jugent, ses camarades de classe qui l'évitent. Elle tourmente son petit frère, vole dans les magasins, partout elle se distingue par son comportement asocial. Jamais elle ne demande d'aide. A qui, d'ailleurs, pourrait-elle s'adresser ? Elle est seule et doit se construire seule. C'est la trajectoire bouleversante d'une fille mal aimée qui, malgré tout, possède une force et un appétit de vivre qui lui permettent d'avancer.

Mon avis :

La fille sans nom est l’histoire d’une gamine de 12 ans malmenée par la vie. Depuis sa naissance (enfant non désirée), elle subit les brimades et les coups de sa mère, les exclusions forcées dans la cave, des punitions démesurées, des hommes qui se succèdent à la maison, l’arrivée à 12 ans d’un père qu’elle n’a jamais vu, les fugues, les vols, quelques amitiés mais bien peu d’amour (le seul est celui qu’elle éprouve pour ses frère Alex, six ans, et surtout le petit Elvis dont elle doit s’occuper comme si c’était son fils, sous prétexte que sa mère est fatiguée ou trop occupée à faire la tournée des bars). Bref, l’enfance de la gamine n’est pas rose, et on est en droit de se demander quel sera son avenir après si peu d’affection, un placement en foyer et un apprentissage d’éleveuse de bovins dans une coopérative agricole. On découvre là une  RDA, où la place de l’enfant et du bonheur semblent peut importer, où l’enfance en souffrance est niée et (tout autant que le prénom de cette gamine d’ailleurs), et où même le système éducatif ne joue pas son rôle (et je ne parle pas de l’aide à la jeunesse (présente mais clairement inefficace).

La fille sans nom puisqu’il est question d’elle durant tout ce roman,  est une dure à cuire. Elle possède une force de caractère impressionnante.  Elle rêve de voyage (beaucoup pratiqué en passée et en lecture), d’amour (pour elle avant tout) et de considération mais ne récolte pas grand-chose. Et jusqu’à ses 17 ans (où le récit prend fin brutalement), on l’a voit grandir, réfléchir, et espérer.

« Elle ne comprend pas pourquoi la colère envahit le corps de la mère avec une violence telle qu’elle ne sait plus que rager et crier d’une voix mauvaise comme soi elle allai anéantir le monde entier. A la différence d’Alex, elle ne croit pas à un démon qui prendrait possession de leur mère – pourquoi sinon n’engueule-t-elle pas la boulangère, objecte-t-elle à son frère, ou ne tabasse telle pas le facteur ? » Page 115

L’écriture d’Angelika Klussendorf  est directe, sans fioriture mais aussi laconique. Du coup, même si son récit est réaliste et révoltant, une certaine forme de détachement  a accompagné ma lecture. Je n’ai donc pas réussi à être émue par ce texte, et malgré le fait que la souffrance qu’elle subisse au quotidien (sous différentes formes) soit claire et crédible elle n’a pas réussi à m’ébranler. Même s’il est  ici intéressant de découvrir cette enfance  dans ce contexte géo politique, il m’a clairement manqué l’empathie nécessaire pour l’apprécier à sa juste valeur.  La forme du récit, l’utilisation constant du Elle sans jamais nommer cette gamine, et l’espèce de distance qui m’a constamment habitée durant cette lecture ne m’ont pas permise d’éprouver autant d’affliction que je ne l’aurais pensé en lisant la quatrième de couverture, et j’en ressors déçue.

« L’escalier qui mène aux étages supérieurs présente un petit palier des dix commandements de la morale socialiste. Le deuxième commandement dit : « Tu dois aimer ta patrie et être toujours prête à engager toutes tes forces et capacités pour défendre le pouvoir des ouvriers et des paysans. »

Comment peut-elle aimer tout un pays, se demande-t-elle, quand elle ne peut même pas aimer sa famille, et pourquoi la patrie s’appelle-t-elle patrie, si son père dirigeait un pays se serait la pagaille. Les neuf autres commandements lui paraissent tout aussi drôles, le troisième dit : « Tu dois contribuer à l’élimination de l’exploitation de l’homme par l’homme. » Comment dit-elle s’y prendre pour cela ? Confisquer la Wartburg du directeur et en faire cadeau à quelqu’un de plus pauvre ? » Page 129


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