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Matthew McConaughey : La figure du cow-boy en quatre déclinaisons

Publié le 10 février 2015 par Marcel & Simone @MarceletSimone

Avec un Oscar, un premier rôle dans une série HBO auréolée par la critique ainsi qu'un autre dans un blockbuster magnétique, 2014 fut l'année de la consécration pour l'acteur texan qui, depuis Killer Joe, s'est vu victime de sa propre métamorphose. Avant son interprétation dérangeante dans le bijou trash de Friedkin, Matthew est un beau gosse blond bodybuildé aux allures de surfeur, qui se voit offrir des rôles dans toutes sortes de comédies, majoritairement romantiques (Comment se faire larguer en dix leçons, Playboy à saisir, Hanté par ses ex …). Même si la voix du comédien, à la lascivité chantante et texane, fait déjà partie du jeu, son attitude reste celle d'un séducteur.

Puis, chapeau en main, McConaughey se fraye un tout autre chemin, un chemin que je propose de mettre en lumière ici à travers un panorama chronologique composé de quatre prestations.

Le cow-boy démoniaque

Killer Joe Cooper, dans Killer Joe de William Friedkin (2011)

Killer Joe Cooper, dans Killer Joe de William Friedkin (2011)

En agent tueur psychopathe, McConaughey propose une version sombre et impitoyable du cow-boy en diabolisant toute sa panoplie : les santiags sont cloutées, les gants et la veste sont en cuir noir, les lunettes très sombres. Avec une cigarette ou un cure-dent à la bouche, accessoires mythiques des cow-boys, l'acteur s'exprime et agit avec un calme dérangeant, une lenteur lascive et se fait ombre menaçante, jusqu'à l'explosion finale, clou du spectacle. Ici, le comédien joue au démon, au croque-mort imperturbable. Le réalisateur s'amuse aussi avec les codes cinématographiques des westerns en filmant son comédien de profil ou en plans américains (mi-cuisses), qui laissent apparaître l'arme à la ceinture, prête à être dégainée.

Le lonesome cow-boy

Mud, dans Mud de Jeff Nichols (2012)

Mud, dans Mud de Jeff Nichols (2012)

Une autre figure : celle du lonesome cow-boy, qui prend aussi des allures de Robinson Crusoé et de justicier. Matthew McConaughey se fait personnification d'une nature sèche et chaude, dans laquelle il se fond. Peau minéralisée par le sable brun, santiags aux pieds, arme à la ceinture et (toujours) une cigarette pincée dans sa bouche fine, le comédien plisse ses yeux face au soleil et a tout du cow-boy exilé lorsqu'il marmonne dans une gouaille texane et lascive : « You can call me Mud ».

Le fantasme du cow-boy

Dallas, dans Magic Mike de Steven Soderbergh (2012)

Dallas, dans Magic Mike de Steven Soderbergh (2012)

Dans le film de Soderbergh, l'acteur se met dans la peau d'un danseur stripteaseur et fait du fantasme du cow-boy texan la matière de sa prestation. Pour jouer Dallas, McConaughey frôle la caricature, en excluant (paradoxalement et tout en finesse) tout aspect grotesque, et s'empare encore une fois des accessoires mythiques du cow-boy, ici érotisés comme motifs d'une masculinité suprême : le blouson en cuir est sans manche et laisse apparaître le corps par exemple. L'acteur réalise quelques nouvelles prouesses corporelles en dansant : le corps de McConaughey n'a jamais été aussi souple et ondulatoire. La sensualité brute qui plane sur son jeu depuis le début explose pendant les shows de Dallas, véritable shérif en exhibition.

Le cow-boy déchu

Ron Woodroof, dans Dallas Buyers Club de Jean-Marc Vallée (2012)

Ron Woodroof, dans Dallas Buyers Club de Jean-Marc Vallée (2012)

Après trois variations de la figure cow-boy à l'écran, le comédien s'allie encore à celle-ci le temps de Dallas Buyers Club et en dégaine une nouvelle forme : celle du cow-boy déchu. McConaughey est Ron Woodroof, un texan passionné de sexe et de rodéo, diagnostiqué séropositif. L'acteur joue les durs au début du film pour mieux se laisser peu à peu submerger par une fragilité inhabituelle dans son jeu. Métamorphosé, il perd plus de vingt kilos pour dessiner l'enfer corporel de la maladie. Après le psychopathe, l'exilé et le showman, McConaughey incarne un idéal américain brisé en devenant une carcasse sèche, qui s'oppose à la lascivité dérangeante ou brûlante de ses prestations précédentes, le tout sans délaisser son costume de prédilection, celui de l'éternel cow-boy.

Matthew McConaughey est bel et bien un caméléon qui conserve une même symbolique dans ses prestations. La figure du cow-boy, devenue celle de prédilection, est fortement liée à l'origine texane du comédien qui puise intensément dans ce qu'il est pour mieux varier sa gestuelle et ses incarnations. L'acteur marche sur le fil conducteur de l'allégorie du cow-boy tout en la redéfinissant à chaque prestation. Joe, Mud, Dallas et Ron n'ont en commun qu'un héritage culturel mythique, identique à celui du comédien texan …


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