Magazine Culture

Gisèle Bienne : Retrouver le petit frère

Par Stephanie Tranchant @plaisir_de_lire

Retrouver le petit frère de Gisèle Bienne   3,75/5 (09-02-2015)

Retrouver le petit frère  (187 pages) parait le 11 février 2015 aux Editions L’École des Loisirs dans la collection Médium.

couv50178575 (116x173).jpg

L’histoire (éditeur) :

Comme elles en ont l’habitude, Emma et sa sœur Sophie vont promener leur petit frère le long de la route, vers l’étang et la forêt. « On va voir
les canards, lui disent-elles, on revient dans cinq minutes. » Mais à leur retour, elles ne trouvent qu’une poussette vide. Et une seule chaussure de leur frère.
Où est-il passé ? Que s’est-il passé ?
Les questions se bousculent dans la tête d’Emma. Mais les recherches, les appels à témoins, les invocations ne donnent rien. Les certitudes d’Emma se fissurent et le doute s’insinue en chacun : ses amies, ses parents, sa sœur. Comment se construire alors et traverser les jours, les mois, les années, au-delà de cette disparition ?
Contre l’oubli, contre le silence et contre les soupçons, Emma fait tout pour préserver le dialogue avec celui qui n’est plus là, animée par l’espoir, fou peut-être, de le retrouver.

Mon avis :

Odilon, installé dans sa poussette, est prêt pour sa sortie avec Sophie et Emma. Trois à quatre fois par semaine, les deux sœurs ont pris l’habitude de promener leur petit frère bientôt âgé de trois ans le long de la route de la forêt (peu fréquentée par les autos) entre l’heure du goûter et le dîner (permettant ainsi à maman de souffler un peu après le travail). Parfois les filles laissent le petit dans sa poussette sur l’accotement le temps de descendre à l’étang à peine 5 petites minutes, voir les canards et les nénuphars. Mais cette fois, quand elles reviennent la poussette est vide.

« La forêt  nous semble peuplée d’une foule de fantômes. La lune a monté dans le ciel, presque éblouissante, témoin imperturbable de ce qui se joue en bas. C’est une battue extraordinaire, une nuit comme dans un livre, comme dans un film. Ça hèle, ça marche, ça court, ça espère. C’est le grand combat contre les ténèbres. » Page 23

La gravité et la peur gagnent rapidement les filles qui n’arrivent pas à le retrouver. Les recherches sérieuses commencent avec les pompiers, les gendarmes et les voisins. Mais le temps s’écoule et Odilon reste introuvable. Et, lorsque le souvenir d’une voiture rouge roulant au ralenti près des enfants refait surface, l’enlèvement commence à être envisagé. L’enquête ne donne cependant rien. Trois mois passent, les vacances, l’entrée en cinquième pour Sophie, en troisième pour Emma, toujours rien. La poussette est remisée au grenier et la petite chaussure d’Odilon retrouvée le jour de sa disparition est rangée dans un tiroir de la commode.

« C’est à cause de nous, à cause des canards et des nénuphars. Uniquement à cause de ça. J’ai deux ans de plus que Sophie, je n’aurais pas dû lui céder. J’aurais surtout dû remettre la promenade au lendemain comme j’en avais envie. Hélas, nous ne pouvons plus revenir en arrière, nous ne pouvons pas réparer notre erreur. Il a suffi de ces quelques minutes pour que tout bascule, c’est impensable. » Page 36

Retrouver le petit frère est un joli texte sur la culpabilité et l’absence. Décrit du point de vue d’Emma qui nous livre son histoire et son ressenti, ce roman jeunesse nous donne à découvrir une  famille en souffrance. Le chagrin et l’inquiétude  sont décrits avec force, intensité et abordés de manières différentes face à la perte.  On voit au fil des pages et des années passées comment chacun se reconstruit, comment chacun vit les événements et survit.

« Il me manque quelque chose. Il y a un grand vide autour de moi. On dirait que je ne vois plus les couleurs, que je me déplace dans un désert gris. Et je suis devenue frileuse. (…) Je suis en train de l’oublier, j’en éprouve une peur sourde. Je dors et j’ai l’impression qu’u fond de moi un enfant abandonné pleure tout doucement. » Page 83

Emma est une jeune fille pleine se sensibilité. Elle récit des chansons pour son frère disparu, qu’elle espère lui chanter à son retour. Mal entourée, on assiste à des réactions étranges de la part de certains, (dont Laure surtout, son amie, qui la jalouse et va jusqu’à l’accuser) accentuant le malaise, mais aussi heureusement sa persévérance à espérer. Car même si Emma se terre dans la tristesse, qu’elle se sent parfois pistée et surtout coupable, l’espoir ne la quitte jamais.

« Mon honneur est en jeu, mon affliction pour Odilon aussi. Je le retrouverai, je le sauverai. Je gagnerai. » Page 55

Très abordable pour les jeunes, Retrouver le petit frère est un roman plein d’émotions, qui fait réfléchir à notre façon d’appréhender de tels événements. Nous restons pendant très longtemps étrangers aux sentiments des parents et en particuliers ceux de la mère, ce qui en tant que parents est un point qui m’a manqué. Mais en gardant à l’esprit que ce texte s’adresse à des jeunes, c’est un très joli roman, plein d’amour et d’espérance. Le besoin de rédemption qui habite Emma est compréhensif et  particulièrement touchant.

Lu d’une traite, j’ai trouvé ce roman émouvant du début à la fin. Et même si cette fin manque de crédibilité et de réalisme, j’ai su l’apprécier parce que finalement, on ne voudrait la voir différemment.


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

A propos de l’auteur


Stephanie Tranchant 5195 partages Voir son profil
Voir son blog

Dossiers Paperblog

Magazines