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La nouvelle du lundi : Black Train de Karim Madani

Par Stephanie Tranchant @plaisir_de_lire

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Black Train de Karim Madani     5/5 (27-01-2015)

Black Train (31 pages) est une nouvelle inédite de Karim Madani publiée le 11 juil. 2014 aux Editions Epoints.

Temps de lecture : 40 minutes

Thèmes : années 1950-drogue-jazz

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L’histoire (éditeur) :

Ce gars-là, Shorty Legs, le manageur-dealer de Philadelphie, en est sûr : il a un talent monstrueux. Ce n’est pas un musicien. C’est un inventeur, un visionnaire de génie, un créateur ! Et ce qu’il crée s’appelle free jazz. Comment mieux dire ? Oui, une fois son saxo au bec, son protégé John renvoie tous les jazzmen américains à leur solfège : il va exploser, remplir les salles et vendre des milliers de disques. Même aux Blancs. Parole de junkie.

Mon avis :

Black Train est une excellente nouvelle qui d’une plonge le lecteur dans l’ambiance noir de l’Amérique des années 50, celle de Philadelphie, ville gangrénée par la drogue, la prostitution, la violence et où heureusement la musique dominent. On y trouve Shorty Legs, un jeune noir, qui a réussi à se sortir de la dope et qui compte bien faire pareil avec Trane, son ami musicien de jazz trop drogué pour réussir quoi que ce soit. Ce dernier a quitté New York l’année précédente. Jeté par Miles Devis (qui l’a remplacé par Sonny Rollins), il est retourné vivre chez sa mère avec sa copine et sa belle-fille, et le moral en a pris un coup.  Shorty n’est pas vraiment impresario, mais il s’est mis dans l’idée de devenir l’agent de John Trane, parce qu’il sait que ce saxophoniste  est un génie. D’ailleurs la rumeur  d’un contrat avec Earl Bostic en Californie commence à courir, et Shorty sent bien que sans doute c’est là le seul  moyen de se sortir des quartiers nord de la ville. Ce qui est loin de lui déplaire.

« Oh  de temps à autre, il pourrait se rouler un stick de marijuana assis face à l’immensité de l’océan pacifique, en écoutant le dernier disque de Trane. » page 7

Mais en attendant, il faut le désintoxiqué.

 « Faire sortir le diable du corps. La dinde froide, ça ressemble à un exorcisme, à la différence que le prêtre exorciseur, dans ce cas particulier n’est rien d’autre qu’un manager autodidacte, ex-toxicomane et qui fraie parfois avec  le milieu criminel des quartiers interlopes de Philly. » Page 7

Shorty est un homme plein de rêves et d’espoirs alors quand il prend son vol pour Los Angeles, les espoirs envahissent le lecteur aussi. Tout comme la musique, celle des mots et du jazz, qui envahit ces pages.

« Shorty aime la manière dont Trane ressuscite des notes qui sont censés être balayées par la section rythmique, ces notes assassinées entre deux fréquences, okay, alors Trane est le résurrecteur, il fait revenir les croches et les doubles croches à la vie, mieux : il crochète la serrure de votre âme avec les son produit par son instrument. » Page 16

Franchement, je ne m’attendais pas du tout à ça en entrant dans ce texte. Je n’avais pas lu la présentation de l’éditeur (que j’ai délibérément tronquée pour ne pas vous gâcher le plaisir), alors lorsque les derniers mots sont tombés ça m’a fait tout drôle et j’ai aimé voir la réalité prendre la place de la fiction. Quant à Shorty, c’est un personnage intéressant parce que décidé à s’en sortir. Il a la tête sur les épaules et fait preuve d’un courage étonnant quand il doit s’acquitter d’une dette envers Biggie (dealer obèse et tueur « aussi froid qu’un putain d’iceberg » quand il en a la nécessité), pour sa sœur, son neveu et ce saxophoniste camé de Trane !

« Shorty Legs connaît la chanson. Il sait que la guenon combattra jusqu’à l’épuisement. Trane le sait aussi. Tous les camés de Philly le savent. La guenon est une vraie salope. Une fois qu’elle vous a aidé à trouver la veine froide, elle ne cesse de vous vriller l’âme et les boyaux. Vous n’êtes plus qu’un junkie au cul osseux, coincé au milieu de la route, entre une dose à vingt dollars et la tourmente infinie d’une garde à vue de trente-deux heures au poste de police local. (…)

La bonne vieille méthode pour se désintoxiquer à moindres frais dans cette partie de la ville. « Cold turkey. » La « dinde froide ». De l’argot de musicien de jazz pour désigner les quatre-vingt-seize heures les plus dures de votre misérable vie de camé, celles où vous allez mariner dans votre sueur et votre névrose à maudire l’horloge. Les minutes paraissent des heures. Les heures des siècles. Le temps lève son majeur bien tendu. » Page 3

En deux mot : une excellente nouvelle à découvrir !

Un morceau à écouter pendant la lecture.

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