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Chronique des idées et des livres par Frédéric Gagnon…

Publié le 17 février 2015 par Chatquilouche @chatquilouche

   Cette semaine encore, je publie un texte de mon ami Érik.  Il s’agit d’une œuvrechat qui louche maykan alain gagnon francophonie de jeunesse pleine de révolte.  Un tel poème en prose peut surprendre de la part d’un homme qui, du moins le croit-on, trouva la paix en Dieu avant de disparaître.  Il me semble tout de même nécessaire, ne serait-ce que par amour du vrai, de vous le présenter.

 

***

J’ai fait ce que j’ai pu.  On devrait se révolter contre la répression.  Je me suis évadé dans le psychédélisme, des opéras furieux, les bars de danseuses.  Mais l’aliénation me rattrapa : elle est nécessaire, dans l’ordre du pouvoir.  Le pouvoir laisse son empreinte dans l’inconscient, c’est comme ça qu’il nous terrorise.  On a peur jusque dans nos claques.  Mais le sang se rebiffe, alors on joue, leur jeu, celui des révoltes parodiques, des évasions : on regarde des films débiles ; on écoute des musiques insignifiantes ; on se passionne pour des clubs de hockey.  La peur nous tient, celle de ne pas appartenir, d’être pauvre, délaissé, socialement un zéro : ainsi nous possède-t-on.

Moi aussi j’ai bu.  J’ai cherché des frissons.  Plus profondément, je désirais une spiritualité nouvelle, une béatification des corps comme blasphèmes absolus.  J’ai profané la tombe à laquelle on voudrait nous condamner.  J’ai surpris dans des silences les clefs dont sont dépositaires des êtres fugaces, à jamais mystérieux, et j’ai découvert dans l’ivresse une science nouvelle qui permet à l’imagination d’investir le corps, d’élever ce dernier à la plénitude magique des esprits stellaires.  N’avez-vous jamais connu de ces orgasmes qui vous sanctifient comme autant de transsubstantiations de tout votre être ?  Ne suis-je pas passé, en certains instants, bien près de me dissoudre dans un bonheur absolu ?  Il faut transgresser la peur de se perdre pour apercevoir le dieu en soi.  J’ai eu la volonté d’une telle transgression.  Je l’avoue, j’ai été et je demeure cet homme du blasphème qui conteste les droits de tous les pouvoirs sur sa conscience.  Ma conscience est sacrée ; la vôtre ne l’est pas moins.

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Très jeune j’ai rencontré un mage.  C’était dans mon esprit, je crois.  Il m’a conseillé de renier mon baptême.  J’ai donc erré dans des contrées sauvages où je me suis abreuvé de l’urine des forêts.  Un jour j’ai rencontré une femme qui avait été élevée par des panthères.  Rousse, lumineuse, elle allait nue au milieu des savanes comme l’enfant incomprise du Soleil.  Nous partageâmes des minuits d’une lumière intense.  Elle m’a révélé les secrets d’une volonté qui ose jouer son rôle primitif dans les dimensions sans nombres de l’esprit.  Une telle volonté est théurgique, me dit-elle.  J’ai compris qu’il y avait dans le corps des carrefours où le cosmos et le Moi s’épousent parfaitement.  J’ai adoré dans le corps du blasphème l’Évangile d’un homme libéré des craintes ataviques qui ne servent que le dieu mauvais, ce dieu sombre qui nous maintient enchaînés dans une prison de fer noire.

 Notice biographique

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Frédéric Gagnon a vécu dans plusieurs villes canadiennes, dont Montréal, Kingston et Chicoutimi.  Il habite aujourd’hui Québec.  Il a étudié, entre autres, la philosophie et la littérature.  À ce jour, il a publié trois ouvrages, dont Nirvana Blues, paru, à l’automne 2009, aux Éditions de la Grenouille Bleue.  Lire et écrire sont ses activités préférées, mais il apprécie également la bonne compagnie et la bonne musique.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https ://maykan2.wordpress.com/)


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