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Fête des Mères : pas la joie...

Par Cicerolle

Je n’avais pas encore eu le temps de raconter le repas de fête des mères, ce dimanche.

J’en suis sortie avec le sentiment d’aller totalement à contre-courant du reste du monde, en l’occurrence, les gens comme ma mère, qui mangent de tout «sans faire d’histoire» (comme ils disent) et ne se sont jamais posés de question sur ce qu’ils mettent dans leur assiette.

J’avais pourtant bien dit depuis plus d’un mois que je ne mangeais plus du tout de viande, ni de poisson et que c’était définitif, pas pour du beurre ni pour emmerder le monde.

Une semaine plus tôt, quand elle avait annoncé qu’elle ferait une paëlla au poulet, j’avais aussitôt précisé, calmement mais sûrement, que le poulet, je n’en mangerais pas.

Le poulet, ok, mais restaient les autres produits carnés : le chorizo et les crevettes. Le chorizo, en bonne fille du sud-ouest, j’adorais ça, avant, mais à présent j’ai fait un choix, je m’y tiens, point. D’ailleurs, pas un instant je n’ai eu envie de manger ni chorizo, ni crevette, ni poulet. Cela, ma mère a eu bien du mal à l’accepter :

«bon, pas de poulet, ok…mais les crevettes ?» a-t-elle dit au moment de passer à table.
«ah non, les crevettes non plus, tu sais bien que c’est du poisson, et que j’ai supprimé toute chair animale»
«toi, alors ! (dépitée et énervée) Et les œufs ? tu vas en manger des œufs ?» (elle avait fait des œufs durs mayo en entrée)

«oui, ça ce n’est pas de la chair animale ! réfléchis un peu ! ça, j’en ai toujours mangé et j’en mangerai toujours ! tu sais bien que j’ai toujours aimé ça ! souviens-toi qu’enfant, je préférais les œufs à la viande : eh bien je n’ai pas changé, prends donc ce repère-là…»

Dialogue de sourds. Pour elle, chair animale ou autre, peu importe, tout ce qu’elle a compris c’est que je refusais de manger les ingrédients principaux de sa paëlla. Que je me sois expliquée depuis déjà plus d’un mois, que j’aie pris les devants et préparé le terrain depuis une semaine, ne comptait pas. Que faire face à tant de mauvaise volonté affichée ? Dans ma famille, nous n’avons pas pour habitude de nous écouter les uns les autres. Une fois à table, elle ne s'est pas privée non plus de lancer ses petites piques assassines :

«en tout cas, moi, l’autre jour, avec mon groupe de randonneurs, j’ai mangé une escalope d’agneau qui était excellente !»

Et de poursuivre en disant qu’elle n’aime pas «se faire remarquer», elle, et qu’elle mange «comme tout le monde». Sous-entendu : «tu ferais mieux d’en faire autant».
J’en passe et des meilleures….

Autrement dit, si j’ai bien compris, elle a eu des enfants non pour qu’ils soient heureux, épanouis, trouvent la route qui leur convient, mais pour qu’ils se diluent dans la masse, transparents et inconsistants, sans une once de libre-arbitre et de réflexion personnelle. Des pois dans une gousse, sans papilles, sans estomac, sans sensibilité et sans cervelle.

Pourtant, qu’il s’agisse de nourriture ou d’autre chose, il est impossible d’être tout à fait lisse et convenu ! Moi-même, j’y ai renoncé voilà bien longtemps. Rien que chez moi, je suis la seule résidente de mon groupe d’immeubles qui promène son chat aux alentours, quand tous les autres promènent leur chien, ce qui fait de moi, bien malgré moi, un personnage à part parmi mes voisins ! Qu’y puis-je si ma minette ne supporte pas de pas rester enfermée en permanence et aime m’accompagner quand je vais le soir aux poubelles ?

Chacun de nous a ses propres particularités qui le rendent unique. Bien souvent c’est cela qui fait notre charme, qui nous rend attachant. C’est ça, l’être humain. Et c’est très bien ainsi. Sinon les mots «tolérance» et «respect» n’auraient jamais été inventés. Et qu’est-ce qu’on s’ennuierait ensemble ! On n’aurait rien à se dire, rien à découvrir les uns des autres puisqu’on serait tous semblables.

Mais après tout, devais-je m’attendre à mieux ce dimanche ? J’ai en quelque sorte vécu mon baptême du feu en famille. Du reste, de toute ma vie, je ne me souviens pas que mes parents m’aient une seule fois soutenue ou encouragée dans mes choix. C’est pour cela que j’affiche toujours sans détours mes convictions : je n’ai rien à perdre, pas de cocon familial douillet à entretenir. J’imagine à quel point ça doit être dur pour les ados qui vivent encore chez leurs parents ou les jeunes mères qui élèvent des enfants végétariens ou végétaliens. La pression sociale est si forte que cela forge le caractère et met à l’épreuve les convictions. Pour moi, par diplomatie, j’ai décidé de ne passer l’éponge, c’est déjà du passé, et si j’ai écrasé quelque chose, c’est ma sensibilité, non mes certitudes qui, elles, sont intactes. Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage, dit-on : cela me semble tout à fait adapté au néo-végé et son entourage.


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