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Notre entretien avec Mademoiselle K

Publié le 18 février 2015 par Chroniquemusicale @chronikmusicale

Mademoiselle K« l’anglais j’en avais besoin … c’était ça ou je crevais artistiquement »

C’est quelques jours seulement après son concert à la Cigale (Paris), moment intense qui confirma le chemin emprunté avec l’utilisation l’anglais, la création de son label Kravache, que Mademoiselle K est revenu avec beaucoup d’enthousiasme sur son nouvel album Hungry Dirty Baby et ses choix pleinement assumés.

Je te propose de débuter par la fin…

Mademoiselle K : Cool, j’aime bien, j’aime bien les débuts qui commencent par les fins

Avec le concert de La Cigale du 26 janvier 2015, comment ça s’est passé pour toi ?

On s’est envoyé un texto avec mon batteur, je leur ai dit « bravo les mecs c’était super ». Il me répond « je suis encore perché », je lui dit « ouais moi aussi ». On est perché après ce concert. Je me suis dit en sortant que c’était la plus belle Cigale que j’ai jamais faite. C’est comme ça que je l’ai ressenti. Il y avait vraiment quelque chose, une aura… je n’arrive pas à l’expliquer… Je l’ai voulu très fort, j’ai beaucoup prié pour que ça arrive, enfin prier à ma manière. Mais on ne sait jamais, c’est un concert. On veut toujours le mieux, mais on ne sait jamais comment ça va se passer.

Je me rappelle, on commence le concert et je me dis « là je suis bien, prends la vague, n’en rajoute pas, reste ». Et morceau après morceau je me disais « putain c’est bien ! » A chaque morceau je profitais d’être là, tout le temps.

J’ai l’impression de raconter une compet’, la compet’ où tu as eu la médaille d’or, minute après minute. C’est vraiment comme ça que je l’ai ressenti. Et les gens étaient incroyables, ils applaudissaient à chaque morceau, mais même quand tu ne disais rien, ils faisaient « ouaisssss »

Il y avait beaucoup d’enjeux dans ce concert

Exactement

Ce concert a permis de valider la nouvelle route empruntée. Le public l’a ressenti et a voulu communiquer que c’était le bon choix…

Comme tu le dis, il y avait un truc en plus comme il y avait beaucoup d’enjeux. Et puis cela fait un an que j’ai commencé à communiquer sur cet album. Le truc a grossi, l’attente des gens, la mienne. C’est comme si on attendait ce moment depuis un long moment. Il y a eu une accumulation de tout ça, et donc lachage.

Mademoiselle K
Portrait par Delphine Ghosarossian – Merci au Palais de Tokyo où on été prises ces photos

On va maintenant revenir à la genèse de l’album. Le concept c’était de chanter en anglais pour sortir de sa zone de confort ?

A la base c’est deux choses en même temps, le désir d’anglais profond, et le désir de changement. A chaque album on vire toujours un peu ce qu’on a fait avant, on l’oublie, on le déteste toujours un peu, en tout cas moi j’étais toujours à me dire « voilà, mon dernier album, ça me saoule, je vais faire autre chose. » Sauf que là, c’est un changement beaucoup plus important. L’anglais a permis ce changement beaucoup plus grand. Parce que ça veut dire changer la moitié de ce que je fais. Je fais la musique, des textes, et là je change totalement la couleur du texte.

A la fin de la tournée Je Dors, je me suis dit « là, il faut vraiment que je fasse autre chose. Je préfère faire un concert en Sibérie devant 20 personnes parce que personne ne me connaitra, plutôt que de recommencer pareil. »

L’anglais j’en avais envie depuis longtemps. Tu sais il y a des choses qu’on a en tête et qu’on ne fait jamais. Là j’aurais pu ne jamais le faire, mais je pense qu’un truc a grandi en moi progressivement. J’ai profondément aimé écrire en Français et j’aime toujours ça mais à un moment il y avait ce désir d’écrire en anglais. « Bon ben là tu le fais maintenant, si tu ne le fais pas là, tu ne le feras jamais. »

J’ai déjà fait trois albums, j’ai posé un truc, un univers, d’une certaine manière en français j’avais prouvé des choses. En même temps je voulais aller plus loin. Pour moi c’était l’anglais qui pouvait me permettre cela… C’est paradoxal parce que c’est comme un premier album avec tout ce que ça comporte de fraicheur et de nouveautés, d’excitations, et de fragilités que je voulais, cette reconnexion avec le début. Et en même temps je voulais aller plus loin. C’est commencer quelque chose et étirer quelque chose que j’ai commencé depuis trois albums.

Le concert de lundi il est riche de tout ce que j’ai appris. Je me rappelle des premiers concerts où je ne chantais pas mes chansons, je les gueulais, parce que je ne m’entendais pas, parce que je n’avais pas de recul sur mon concert. Il y a des choses que j’ai apprises.

Non, mon premier album était très rock, mon deuxième aussi. Par contre, c’est la plus belle prod que j’ai jamais eu. Sur le premier album la prod était très belle aussi, mais sur cet album là, je n’ai jamais eu un son comme ça, le traitement des voix, les guitares… Nous aussi on a vachement évolué, car le truc qu’on a appris c’est que c’est pas l’ingé son qui fait ton son, c’est toi.

Les anglais sont beaucoup moins favorisés que nous, ils jouent dans des clubs, ils ont des consoles qui marchent à moitié voire un quart, donc les mecs viennent, ils ont le son. Ils ne peuvent pas compenser avec une console ou un ingé son qui sera très bon. C’est à eux d’avoir le son. Et c’est pas toujours le cas en France, où on a la chance d’avoir de très bons ingés sons, du très bon matos. On a joué pour la pré-tournée dans des clubs de 300 personnes, le matos était très bon. Quand on a joué en Chine, en Inde, ça nous a rappelé que même dans les pays où il y a les plus grands groupes, les Etats-Unis, l’Angleterre, ils sont beaucoup plus à la rade dans les clubs. Mais ça fait des supers musiciens.

Je n’ai pas souffert de ne pas jouer à l’étranger, car avec mes albums en français on a été programmés à l’étranger. Mais à chaque fois je rêvais, je me disais « j’aimerais qu’ils comprennent. » Là c’est l’inverse, c’est aux français à qui j’explique mes textes en anglais. Je trouve que je suis profondément française et j’aime profondément ma langue, et en même temps je suis une musicienne du monde. Un musicien par essence est un citoyen du monde, il n’est pas spécifiquement d’un pays.

Je me souviens quand j’ai décidé la première fois que mon nom d’artiste était Mademoiselle K. Déjà c’était en réaction, car on m’avait appelé Miss K, j’ai dit « non, on m’appelle pas Miss K, c’est très moche, et puis je suis française » Je me rappelle m’être dit « il faut que Mademoiselle K soit écrit en entier, car si je joue à l’étranger un jour, il faut qu’on puis lire Mademoiselle K et pas mlle par ce qu’on sait pas que c’est un diminutif. » C’était très clair dans ma tête que j’étais une artiste française et que si un jour je devais jouer ailleurs, j’allais continuer à être cette artiste française. Là qui chante en anglais, mais qui continue à être une artiste française, je le redis, parce qu’il y a eu des fans qui ont presque eu peur d’une déperdition d’identité, « ah tu quittes la France » à la limite de l’émigration. J’ai eu cette crise du français qui a envie de voir ailleurs, je l’ai vécu à New York, mais j’étais très contente de revenir en France aussi. J’ai parlé de St Augustin pendant le concert, qui dit « le monde est un livre, et celui qui n’a jamais voyagé n’en lit qu’une page. » Cette phrase est très importante pour moi, ça veut dire : « voyagez ! Soyez fiers d’être français, voyagez et revenez et soyez encore plus fiers d’être français. Ne soyez pas français connement, ne soyez pas français en vous repliant. » C’est chaud en ce moment en France, il y a eu les attentats horribles. Mais je vois aussi que les français soient capables de se battre, de se rassembler et de se prendre en main.

Il y a les vieux débats qui reviennent « tu comprends, je ne parle pas anglais. » Je ne vais pas faire la morale aux gens, je ne vais pas leur dire « apprenez l’anglais ! » Mais j’ai envie de dire « tu ne comprends pas l’anglais, et alors ? » Il y a des choses que j’ai adorées que je n’ai pas comprises tout de suite, même en français. J’ai lu de la philo, je n’ai pas compris tout de suite, mais ça m’a passionnée, j’avais envie de le relire, j’avais envie de comprendre. C’est la même chose pour les chansons, il y a plein de gens qui disent « j’ai découvert un artiste, au début j’ai rien compris à cet album là ou à ces titres là… » Alors si l’incompréhension vient de la langue, pourquoi pas, et si ça te fait persister dans la chanson, je suis ravie. Si cela se trouve en français les mecs se seraient arrêtés là, ils auraient moins creuser la chanson. Ce qui m’intéresse aussi c’est qu’il y ait cette démarche, cette curiosité, ce mystère de « je ne comprends pas tout de suite »

En parlant du son de ton album, la production, c’est …

Richard Woodcraft qui a fait Artics Monkeys, The Puppets, qui aussi fait toutes les prises de l’album In Rainbows de Radiohead. On avait déjà enregistré 4 titres avant mais on a fait tout le reste avec lui, on en a même refait un, en huit jours chrono. C’était hyper intense, on a fait 8 – 9 titres en huit jours. On était hyper prêts, on avait beaucoup répété. Il y avait aussi cette excitation, cette part de fraicheur. Bon, chaque lancement d’album c’est génial, c’est l’euphorie, mais pour Jamais la paix ça a été un enregistrement beaucoup plus douloureux. Je n’avais pas vécu ça, même sur Ca Me Vexe on avait plus de temps, on était beaucoup plus gâtés. C’était avec EMI, on avait 10 – 12 jours. Maintenant, les budgets sont plus les mêmes, même en maison de disque. Là, c’est moi la maison de disque, donc c’est encore moins les mêmes.

Pour cet album, j’ai appris pour chaque défaut qu’il y avait à faire un plus. C’est merveilleux, parce que quand il y a une couille, bon c’est dur parce que c’est toi qui encaisse et ton manager, tu ne peux pas la partager avec d’autres, même les mecs du groupe j’essaie de les préserver, tu te dis « putain c’est chaud », mais après tu te redresses, tu fais en sorte que ce soit mieux, tu rebondis, et il y a une nouvelle encore plus importante bien plus forte que la mauvaise nouvelle. A chaque fois tu te nourris de ça, tu marques des points et tu les notes dans ton tableau pour ne pas les oublier, tu t’en sers pour que ça te porte. Ca c’est unique, je n’ai jamais vécu ça sur aucun autre album.

Mademoiselle K
Portrait par Delphine Ghosarossian – Merci au Palais de Tokyo où on été prises ces photos

Pourquoi le choix de monter son propre label, alors que tu as du avoir de nombreuses propositions ?

On a fait des rendez-vous avec d’autres labels qui étaient très intéressés. Ce qui nous a un peu dérangé c’est que si on allait au bout de notre démarche et si on voulait être honnêtes dans notre démarche ce n’était pas possible. Ils nous parlaient déjà d’un futur album, ils nous disaient « et la suite, est-ce qu’elle va ré-écrire en français ? » Et là on disait « on est désolés mais on n’a pas fait tout ça pour être signés avec d’autres gens qui nous disent la même chose » Sous entendu qu’ils vont sous-travailler cet album là et l’album d’après c’est reparti. Non, ça veut qui vous n’avez toujours pas compris, cet album là c’est mon premier album en anglais, mais c’est mon quatrième album. Ce n’est pas un sous album, c’est un album très important qui a toute une démarche, et je me suis fait chier autant que pour les autres.

Idéalement on voulait une licence, produire quand même car j’avais pris beaucoup d’indépendance en travaillant cet album, j’avais déjà fait toutes mes maquettes, mes cours d’anglais. La maison de disque n’avait toujours pas levée l’option. A un moment c’est devenu chaud d’un point de vu argent, j’ai dit : « qu’est-ce que vous faites ? Vous levez l’option ou pas ? » Ils ont dit non, parce qu’ils voulaient que l’album soit plus des trois quart en français. Ce n’est pas le boss qui m’a appelé, c’est le directeur marketing qui m’a dit : « voilà, le boss ne veut pas écouter ton album, il pense que c’est une erreur ».

Qu’on apprécie pas tes chansons et qu’on te dise « tu pars », sous entendu j’ai bien compris qu’il allait y avoir du travail et que ce travail ils ne voulaient pas le faire. A l’image de ce que moi j’ai fait sur cet album là, soit. Mais qu’on te dise « on n’écoute même pas. » Par contre je le redis par ce que c’est très important. Je ne serais pas là si je n’avais pas eu de maison de disque. La maison de disque m’a énormément apportée. Je pense plus sur le premier album, le deuxième. A la fin ils auraient pu mieux travailler. Mais voilà on sentait qu’il y avait une fin d’histoire sur le troisième album. Même si j’ai eu une presse que j’avais jamais eue. Dire « on n’écoute pas », tu peux presque dire merci car ça je vais le raconter, c’est pas pro, c’est une faute professionnelle. Je le dis parce que j’informe, j’ai des interviews tous les jours et je redis l’histoire mais je n’appuie pas sur le truc.

Très honnêtement il se passe des choses tellement incroyables. Par la force des choses je me suis produit, j’ai créé mon label Kravache avec mon manager et on a eu une énorme aide de l’Adami qui représente la moitié du budget de mon album et d’un clip. C’est la seule aide qu’on a eu. Le reste c’est ce que j’ai économisé depuis le début de mon projet, 5 ans d’économies. J’espérais ne pas toucher à ce qu’on appelle un PEL, jusqu’au bout je ne voulais pas y toucher parce que c’est ma seule garantie, après si je n’ai plus rien je suis à la rue, pas d’arrière. Et puis il a fallu le casser. Je confirme, j’ai plus rien de coté, donc tout est à faire, et il faut mettre le paquet (rires).

« si je ne le faisais pas j’allais me détester »

Le démarrage de l’album se passe bien ?

Le démarrage se passe très bien et surtout si c’était à refaire… Je me rappelle m’être dit le même jour que le concert en Sibérie devant 20 personnes « bon là tu commences un truc, ça risque d’être compliqué, mais il faut que tu le fasses. » Je le savais, je voulais le faire, l’anglais j’en avais besoin, artistiquement il fallait. C’était ça ou je crevais artistiquement, je tournais en rond. Je ne savais pas encore à ce point, mais j’avais conscience que je me foutrais peut-être dans la merde, que j’allais vendre peut-être deux albums. J’avais conscience que ça allait peut-être être dur, mais je savais aussi que si je ne le faisais pas j’allais me détester.

Franchement aucun regret, vive le rock, vive la musique ! Si je crève la dalle mais qu’il reste un album hyper fort alors c’est quand même ça qui m’excite.

Gérer un label c’est un nouveau boulot ?

Je gérais déjà beaucoup de choses moi-même. Le bon coté, c’est que je ne débarque pas de nulle part. Je me suis déjà toujours soucié de l’artwork, de l’image, de comment je présente un album. Là j’ai découvert les histoires de budgets, mais très honnêtement j’ai la chance d’avoir un manager qui est super, un très bon gestionnaire.

C’est toujours le même manager ?

Gros changement j’ai un nouveau manager, et très honnêtement depuis Yvan Taieb qui a été mon manager sur mon premier album à qui je dois d’être là aujourd’hui, cette personne là c’est le meilleur manager que j’ai jamais eu. Quelqu’un qui ne pense pas au jour le jour, mais qui a une vision sur tout un album, sur tout un futur, comment on construit. J’avais jamais eu cette expérience là avec aucun manager.

C’est quelqu’un qui vient de la maison de disque. En fait je travaillais avec lui depuis le début, c’est ça qui est marrant. Il y a des gens avec qui tu travailles depuis le début et qui évoluent avec toi, qui changent avec toi. Il était chef de projet, et il est parti quelques mois après moi.

Comme les japonais, quand tu leur demandes s’ils parlent anglais, ils disent toujours non, mais ils parlent quand même et ils veulent absolument te rendre service. C’est très mignon, parce que même s’ils ne parlent pas beaucoup anglais, ils se démerdent, mais ils vont te dire non, tellement ils sont modestes. Mon manager Julien c’est pareil, il a mis des mois à dire « oui je suis manager ». Au début il m’a dit « bon, je vais t’aider… » Quand on s’est vu au premier rendez-vous, c’était super pro il est arrivé avec mon dossier de presse, les trucs que j’avais dits. Il m’a dit « tu te rappelles que tu as dit « les mecs qui chantent en anglais c’est qu’ils n’ont rien à dire ! » ? » J’ai répondu « ouais, ouais, je le pense toujours » Il m’a dit « ben voilà, tu vas le redire ».

Maintenant il dit qu’il est mon manager, mais pas depuis très longtemps. Il sait aussi tous les travers qu’il y a en maison de disques et ne veut pas les reproduire. Il s’est dit « je veux faire le mieux de ce qu’il y avait en maison de disques et je veux surtout qu’on kife qu’on ne soit pas en maison de disques » Lui aussi a récupéré une liberté. On a fait un truc, comme un premier album, avec une espèce de fraicheur. Là on s’en fout, on a commencé à communiquer il y a un an, à préparer les choses et sans dire que l’album sortait dans deux jours. On ne savait pas quand il allait sortir, on avait enregistré qu’un quart de l’album, voire un sixième.

Et pendant ce temps je peaufinais mes arrangements, et pendant ce temps je faisais une pré-tournée et pendant ce temps il m’a dit « tu veux faire l’album en trio, tu vas faire des concerts en trio ». A ce moment là j’étais pas persuadée « non, non, en trio c’est hyper dur, laisse tomber je ne vais jamais y arriver. » Il m’a dit « non, c’est mortel, c’est hyper rock » . J’ai dit « on va devoir bosser sa mère ». On a bossé grave. Et ce n’est pas que bosser, au début tu as toujours un petit complexe car on a toujours joué à quatre. Se dire que là ma guitare il faut qu’elle sonne comme deux guitares… C’était ce petit complexe d’infériorité qui fait que tu te construits un gros truc.

Tout a été rock’n roll sur cet album, parce qu’il y avait ce danger et en même temps cette excitation de « on ne sait pas où on sera demain, donc il faut qu’on se bouge le cul tous les jours ! Aujourd’hui on ne va pas penser à ce qu’on va faire demain, on va penser à ce qu’on va faire aujourd’hui. Demain il y aura d’autres choses à faire… » C’est ce truc d’être là tout le temps, je découvre que c’est génial ce que ça apporte.

Mademoisselle K - grand

Sur la pochette de l’album on voit sous une croix, ça veut dire que tu as été crucifiée ?

Je venais de rompre, une grosse histoire, une histoire assez longue et donc j’étais très mal, j’étais en deuil, complètement clocharde chez moi (rires) et j’étais obsédée de la croix. On allait partir un mois après au Brésil pour tester les nouveaux titres de l’album, il fallait que je change la photo de mon Facebook. Mon Facebook, c’est plus que mon site internet, c’est mon premier point de communication avec les gens. Il y avait encore la photo de l’album Jouer Dehors, il était temps de renouveler l’image, j’étais dans autre chose, il fallait une nouvelle photo. J’étais obsédée des croix j’en ai parlé à un photographe que j’aime beaucoup. Il m’a dit « c’est marrant en ce moment je n’arrêtes pas de faire des photos dans des églises désaffectées ». On a cherché, j’ai dit « moi je veux une croix sans Christ, juste une croix comme symbole de mon deuil » Je voulais une croix au dessus de moi, le deuil au dessus de moi, et aussi quelque chose qui représente un changement parce que dans les cycles il y a un deuil puis une renaissance derrière.

Puis on s’est dit Le Père Lachaise ! C’est gratuit, c’est public, c’est ouvert. On a essayé plusieurs caveaux, au début j’étais en marcel devant les caveaux qui nous plaisaient, on était très attirés par les caveaux colorés, il y en avait souvent des bleus. A un moment on est tombés sur un qui était bleu turquoise très beau. Là on a dit « c’est ce caveau là ! » On a fait des photos puis à un moment il me dit « vas-y enlève le haut ! » C’était très drôle parce que c’était en février, c’était hors vacances donc il n’y avait pas trop de monde mais il y avait quand même quelques petits groupes de touristes qui passaient de temps à autres. C’était très drôle parce que je me cachais, déjà j’avais froid, donc je me remettais ma veste toutes les trois minutes, on attendait que les groupes passent et puis on reprenait. Il me disait « tu fais vraiment le truc j’assume » C’était génial parce qu’il fallait faire vite et en une minute il fallait assumer et être là. Une espèce de mise en danger, c’était très agréable. En plus ce cimetière il est mythique, il y a Jim Morrisson, il y a énormément de supers musiciens, poètes.

Après pour l’album on a refait une photo en studio, on a tout refait en peinture. Il y a eu ce coup de cœur pour la peinture avec l’équipe qui a fait le clip R U Swimming ?, des gens merveilleux, un atelier d’effets spéciaux de cinéma qui s’appelle l’Atelier 69 à Montreuil, si tu peux les citer d’ailleurs parce que j’ai oublié, tellement j’avais de chose à gérer. Il y a des personnes très importantes que j’ai oubliées de citer dans les remerciements, mes deux profs d’anglais, et l’Atelier 69 qui m’ont peinte et ont peint la couv de l’album. Et c’est deux de ces mecs là qui m’ont peinte à la Cigale. Ils m’ont montré comment faire parce que je vais devoir continuer sur la tournée. Ca va être dur parce que ça paraît comme ça aléatoire, mais il y a toute une manière de découper le truc, c’est des gens supers.

La croix qui est symbole de mon deuil et de ma renaissance, mais qui n’est pas pro-religieux. Je le redis parce que c’est une époque un peu tendue avec les religions. Je suis contre toutes les formes d’intégrismes, je suis pour la laïcité mais je pense qu’on a tous besoin de spiritualité et que c’est très bien d’être croyant, c’est très beau. Par contre c’est très moche, c’est très débile et pour moi cela n’a rien à voir avec les religions de s’en servir pour détester d’autres gens, pour les tabasser, pour les tuer.

J’étais d’autant plus contente de la photo au Père Lachaise que c’était un mois après les défilés contre le mariage pour tous qui m’avaient beaucoup choqués, comme beaucoup de français. J’étais contente qu’on voit une croix avec quelqu’un qui est profondément pour la liberté et contre toute forme d’intégrisme. Je trouve ça cool que la croix ça ne soit pas juste un truc qu’on voit avec des catho intégristes mais aussi avec des artistes. On l’a vue avec Cure, plein d’artistes kiffent la croix. C’est un symbole qui est très beau, et il y a un truc avec la trinité. Moi je construis tout par trois, mes structures de chansons. J’écris mes chansons spontanément puis quand je les analyse, je me rends compte qu’il y a trois tours. Je fais souvent des cycles par trois.

Concerts Mademoiselle K Mademoiselle K à Ramonville-Saint-Agne - 24 février 2015 Mademoiselle K à Saint-Jean-de-Védas - 25 février 2015 Mademoiselle K à Villeurbanne - 26 février 2015 Mademoiselle K à Marseille - 27 février 2015 Mademoiselle K à Rennes - 5 mars 2015 Mademoiselle K à Ris-Orangis - 7 mars 2015 Mademoiselle K à Bordeaux - 12 mars 2015 Mademoiselle K à Limoges - 13 mars 2015 Mademoiselle K à Villeneuve-la-Garenne - 27 mars 2015 Mademoiselle K à Brainans - 28 mars 2015 Afficher tous les concerts Mademoiselle K à Tremblay-en-France - 4 avril 2015

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