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Trading places for a morning

Publié le 24 février 2015 par Pomdepin @pom2pin

Les fonctionnaires de l’ambassade ont décidé de me faire passer pour une râleuse débile et de mauvaise foi. Ils ont mis juste semaine pour faire nos passeports! Je n’en reviens pas, ou plutôt si, puisque je suis allée les chercher ce matin, avec les deux grands. Les filles ayant moins de 12 ans, elles n’avaient pas besoin de montrer à nouveau leur tête aux gentils fonctionnaires. Du coup, Marichéri et moi avons inversé nos rôles pour le temps d’une matinée.

Avec l’air ravi de celle qui ne sort jamais, je me suis retrouvée à la gare, à des heures indues, au milieu de tous les commuters (les gens qui vont bosser à Londres), les deux  ados faisant semblant de ne pas me connaître pendant que Maricheri restait à la maison avec les trois plus jeunes.



Trading places for a morning


Je n’en ai pas du tout voulu aux deux grands, de faire la tronche trois mètres plus loin, parce que j’avais l’air maligne, flanquée de deux boutonneux plus grands que moi (les traîtres). L’un était en t-shirt crade LedZeppelin, chemise de bûcheron canadien pendouillant par dessus, la mèche grasse tombante jusqu’à menton, l’air éveillé d’un mollusque comateux, et l’autre se tenait droit comme un i, pas un cheveu (court) ne dépassant, raide dans son blouson fermé jusqu’au cou, avec même ses boutons d’acné se répartissant de façon bien géométrique sur les joues. Mais tous les deux avaient le nez dans leur iPhones.

Du coup, j’ai joué à prétendre que j’étais une working girl et à observer les gens autour de moi, en me disant que d’habitude Marichéri est au milieu d’eux. Et bien, c’est triste, ils sont tous gris. Costumes et tailleurs noirs, têtes d’enterrement, regard sombres…brrr. Heureusement, dans un revival touchant des années 80, beaucoup avaient des baskets fluo improbables, avec chaussures de ville dans un sac, j’ai trouvé ça très  drôle. Il m’en faut peut.

Pendant ce temps, Maricheri était ravi de se prélasser avec un café, pour une demi-seconde. Il a du lâcher sa tasse très vite et se battre avec Toddler 5 qui voulait prendre son biberon avec maman. Maricheri s’est retrouvé à distribuer Cocopops et vestes d’uniforme au hasard. Il a évité de justesse de mettre la couche sur la chatte et les croquettes de la bestiole dans le cartable de PrincesseChipie. Il a essayé de coiffer les filles malgré leurs  cris de banshee (en profitant pour faire aussi un revival des eighties, en transformant PrincesseDiva en mini Cindy Lauper, niveau capillaire), tout ça en vitesse pour ne pas être en retard à l’école. Bref, il s’amusait bien aussi.

Arrivé à mi chemin, le train qui s’obstinait à s’arrêter tous les trois mètres en rase campagne (probablement pour se reposer un peu vue sa vitesse supersonique d’escargot rhumatisant) et à toutes les gares de bleds paumés était bondé. J’avais l’iPad du monsieur devant dans l’oreille, le journal de la dame à côté sous le bras, et les pieds coincés par la valise du jeune devant. Je trouvais déjà ça beaucoup moins pittoresque. A la gare de Liverpool street, tout ce petit monde s’est mis à piquer un sprint sur les quais, bousculant tout sur leur passage, quitte à propulser une française innocente et pas habituée directement dans les barrières (je ne savais plus où j’avais mis mon ticket). J’ai dignement récupéré mes deux gamins, dont l’un avait réussit à se rendormir debout, direction le métro. Finalement, le commuting, c’est très surfait.



Trading places for a morning


 De son côté Marichéri a oublié un cartable et le chèque pour les cours de musique. Il s’est retrouvé à faire du small talk devant les classes avec des gens qu’il soupçonne d’être des connaissances mais dont il n’arrive pas vraiment à se souvenir, tout en courant après Toddler 5 qui avait vu une jolie flaque et tenait absoluement à s’assoir dedans. PrincesseDiva refusait de se laisser dire au revoir, alors que PrincesseChipie pleurait parce qu’il ne lui a pas fait un dernier signe de la main avant qu’elle se mette en rang. Toddler 5, sentant le manque d’entraînement paternel en a profité pour tenter une percée et se faufiler dans les classes. 

 Passeports récupérés, toujours suivie de mes deux gamins, requinquée par un café et un croissant, je suis repartie dans la joie et l’autre sens. Coup de téléphone à Marichéri:

-On est dans le train, on sera rentré dans moins d’une  heure. 

-Ok, d’accord, haaa, où est  Toddler 5? Je vous attends à la gare. Mais c’est pas vrai, mais il veut casser la télé!

-Allo? 

-Non mais il fait quoi là? aaaaah….

Fin de la conversation. J’avoue, j’ai souri. Puis je me suis cramponnée à la barre devant moi pour ne pas tomber, j’ai manqué de me fracasser les dents sur la portière à chaque tournant, j’ai fini avec le coude de mon voisin irrémédiablement coincé entre deux côtés, et le parapluie de ma voisine dans l’œil. J’étais crevée, j’avais mal au dos, aux pieds, aux jambes…Marichéri était aussi épuisé. La cuisine était méconnaissable, on aurait dit le Titanic après l’iceberg. Le coffre à jouets éventré, trônait entièrement vide, au milieu du salon. 

On a repris nos places, Marichéri est parti bosser, en commutant. J’ai récupéré le fauve Toddler 5 et on s’est préparé  pour l’école. Marichéri  lessivé, etait ravi de retourner dans son bureau sans enfant. J’étais bien contente de revoir mes élèves. C’est fou comme une salle de classe est peu peuplée et calme comparée à une rame de métro. Finalement, je n’échangerais pas avec Marichéri et lui ne veut pas prendre ma place non plus!


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