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Personnal Tyler

Par Suzybishop @DLACDI

Fight Club - This Is Your Life

Salut ! Cette fois encore je ne suis pas la rédactrice mais un invité. Et si je suis derrière le clavier à sa place cette fois-ci, c’est pour apporter un complément (avec ENORMEMENT de spoilers) sur la critique qu’elle a écrite hier sur Fight Club. Je dis bien complément puisque je ne prétends pas proposer quelque chose de construit et réfléchi comme elle le fait, mais seulement partager quelques aspects qui me semblent mériter plus d’attention. Donc encore une fois ce n’est rien d’autre qu’un avis personnel, donc subjectif et tout ce qui va avec… c’est parti !

 Pour tout ce qui touche à la réalisation, la mise en scène ainsi que le pitch, je vous renvoie à la vraie critique (disponible ici). J’ajoute seulement que les plans rapprochés sont sacrément bien utilisés, puisqu’alliés à des petites focales on se retrouve avec une distorsion qui rend encore plus immersifs les face-à-face avec les personnages : et ce n’est pas innocent (on va y revenir)! Pendant la première partie du film, on a grosso merdo un type totalement coincé dans sa vie trop bien rangée qui nous raconte que son quotidien est plein de choses à usage unique, des savons des hôtels aux amitiés qu’il lie. Les seules choses qui perdurent dans le temps, ce sont d’une part ses biens, et d’autre part son job. Un peu comme l’a écrit la maîtresse des lieux ; « métro-boulot-insomnie ».

Personnal Tyler

Mais, consciemment ou non, tout ça ne lui convient pas. Et soudain ce Tyler apparaît. Quand il apparaît dans le film, tout change : l’appartement bien rangé du narrateur explose, et son milieu de vie change radicalement. De là, Tyler et le narrateur fondent le Fight Club dans une cave, se mettent à s’indigner contre leur monde trop libéral. Le film aurait pu s’arrêter là, laissant pour seul message « soyez couillus et battez-vous comme des hommes contre toutes les conneries qu’on vous jette en pâture ». A la fin de cette première partie, j’ai regretté de ne pas être physiquement un battant comme le sont ces types, de ne pas pouvoir me battre contre tout ça. D’ailleurs le concept de se taper dessus pour se prouver qu’onpeut faire une différence m’a même semblé excessif ! Et petit à petit, le film prend une tournure intéressante : on réalise que Tyler et le narrateur sont en fait la même personne. Et ça, ça change pas mal de choses.

Personnal Tyler

Pour l’expliquer, je ne peux pas m’empêcher de penser à « Enemy », un film de Denis Villeneuve que j’ai vu récemment et auquel ne n’ai au premier abord pas compris grand-chose. Je vais le spoiler sur le fond, mais il est encore temps de fuir ! Dans Enemy aussi le personnage central rencontre un autre homme qu’on peut interpréter comme étant un « autre lui ». Tant dans Enemy que dans Fight Club, le second personnage est un peu la représentation caricaturale de ce qu’est le narrateur dans son intimité (i.e. « au fond de lui », mais je trouve l’expression cul-cul), ou de ce qu’il aimerait être et devenir. Et dans les deux cas, le second naît d’un besoin du premier de fuir la vie trop rangée qui semble l’attendre. Et dans un film comme dans l’autre, les deux aspects du narrateur sont de parfaits inconnus. Dans Fight Club on s’en rend compte lorsque les membres du club ont pour consigne de se battre contre un inconnu. Devinez contre qui le narrateur se bat : contre lui-même, littéralement ! On peut généraliser ces confrontations à celle qui se passe en permanence dans nos propres têtes. Tant dans la mienne que dans celle de la rédactrice que dans la tienne. C’est grâce à ce combat que l’on doute et que l’on rêve, et c’est son issue qui détermine les choix que l’on fait. Au Fight Club, le narrateur ne se bat pas contre Tyler ou contre d’autres humains : au Fight Club, c’est contre lui-même que le narrateur se bat. Et ça je l’ai trouvé rudement intéressant ! Puisque de fait, tout ce que je me disais à la fin de la première partie du film change : ce qui importe pour mener ces combats ce n’est plus les muscles, c’est la volonté ; et ces scènes de combat ne paraissent plus excessives. C’est ce Tyler qui représente la rébellion du narrateur, et ce nesont peut-être plus les grands acteurs du libéralisme qui sont combattus, mais plutôt notre tendance à nous laisser aller dans les vies bien rangées qu’on nous propose.

Personnal Tyler

Ce qui est remarquable dans Fight Club, c’est que les choses sont expliquées ! Il est amené clairement que Tyler et le narrateur ne sont que deux facettes d’une même personnalité, et que leur histoire est commune. Après, le côté symbolique de la chose n’est pas avéré et si ça se trouve Fight Club ne raconte véritablement que comment un homme s’est rebellé contre le monde ; mais je préfère y voir le fait que cette cave dans laquelle il se bat contre lui-même, c’est sa tête. C’est un film qui est riche dans le sens où chaque scène mériterait d’être décortiquée parce qu’elle apporte quelque chose de pertinent et de cohérent. Je ne pense pas que ce soit spécialement le libéralisme économique qui soit dénoncé, mais plutôt la facilité au dépend de la liberté ou des rêves. Je comprends pourquoi la réactrice et bien d’autres aiment les films comme celui-là ; c’est parce qu’ils amènent non seulement à réfléchir, mais aussi à bien prendre garde de ne pas tuer trop vite notre propre Tyler.

Tophore


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