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La militarisation planétaire s’intensifie. Les drones de combat sèment la terreur et la mort.

Publié le 03 mars 2015 par Plusnet
La militarisation planétaire s’intensifie. Les drones de combat sèment la terreur et la mort. Des dépêches nombreuses et fréquentes concernant des attaques perpétrées par des drones de combat proviennent surtout du Yémen, de la Somalie, de l’Afghanistan, de l’Irak, et du Pakistan. Pour des fins de surveillance on apprend que les pays survolés en continue sont aussi, notamment, la Bosnie, la Serbie et la Libye. Dans la très grande majorité des frappes ce sont des drones étasuniens qui tuent des individus qu’ils qualifient de  terroristes tout en faisant des dommages collatéraux importants. 
En effet, beaucoup de personnes innocentes sont tuées ou blessées au même moment par ces engins. Les responsables, en particulier les États-Unis, ne déplorent pas ces massacres. Ils ne font que s’interroger sur leur degré de « rentabilité » tout en considérant ces frappes absolument nécessaires dans «leur» guerre mondiale contre le terrorisme.
Il est difficile de garder la tête froide et de ne pas manifester une très grande indignation devant ces atrocités commises au nom du maintien de l’Empire. Comment peut-on concevoir que n’importe qui pourrait être la cible de ces engins? C’est dans les faits la peine capitale infligée sans procès. Ces engins survolent les espaces nationaux en toute liberté et échappent ainsi à toute autorité. Il est donc approprié de penser qu’ils constituent les véhicules par excellence de la terreur. Ils sont les instruments d’éradication de la vie humaine les plus macabres que l’on puisse imaginer. C’est l’assassinat à distance.
Plusieurs auteurs ont fait l’analyse de cette grande menace qui pèse sur la paix mondiale. Tout récemment Bill Van Auken et Thomas Gaist ont analysé les actions et les intentions de Washington dans le processus d’intensification de l’utilisation des drones armés à travers le monde.
Gaist décrit l’ampleur de la présence militaire des États-Unis dans le monde et expose les actions promues par  l’Administration Obama concernant l’utilisation des drones armés: « Obama a beau affirmer que «le flot de la guerre se tarit», le gouvernement américain intensifie en fait ses opérations militaires internationalement. Au cours de la dernière décennie, le Pentagone a développé une flotte de centaines de véhicules aériens sans pilote (unmanned aerial vehicle, UAV) qui volent à haute altitude et qui effectuent quotidiennement des missions répondant aux intérêts stratégiques de l’impérialisme américain. Les drones de type «Predator» ont réalisé à eux seuls au moins 80.000 sorties dans des régions où règnent des conflits, y compris en Afghanistan, au Pakistan, en Bosnie, en Serbie, en Irak, au Yémen, en Libye et en Somalie » (mondialisation.ca).
Dans cet exposé, nous allons examiner quelques-uns des éléments concernant ce grand danger pour l’avenir de l’humanité: Les dépenses militaires mondiales, les fondements de la doctrine de la défense des USA, la production et la vente des drones, l’ampleur des massacres perpétrés par ces engins au cours de la dernière décennie et le mouvement mondial de lutte contre les drones armés.
I. Les dépenses militaires mondiales. Une hausse marquée dans les pays autres que ceux de l’Occident
Selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), les dépenses militaires mondiales ont atteint le total de 1747 milliards de dollars en 2013 (un sommet). Cela correspond à 2,4% du PIB. On a pu aussi constater que ces dépenses semblent diminuer légèrement dans les pays occidentaux alors qu’elles sont à la hausse dans le reste du monde (sipri.org). 
En 2014, un rapport réalisé par IHS Jane’s faisant l’examen des budgets de 77 pays représentant 97% des dépenses militaires mondiales notait que ces dépenses allaient repartir à la hausse en 2014 pour atteindre le total de 1 547 milliards de dollars, une faible progression de 0,6 % sur un an, mais la première depuis 2009. Selon ce rapport, « la Russie, l’Asie et le Moyen-Orient seront le moteur de la croissance attendue cette année et de la reprise prévue à partir de 2016», écrit Paul Burton, directeur chez IHS Janes’s pour l’aéronautique, la défense et la sécurité. La Russie veut augmenter ses dépenses militaires de 44 % sur les trois prochaines années. Le plan adopté par le Parlement a déjà doté la Russie du troisième plus gros budget de défense en 2013, avec 68 milliards de dollars, devant le Royaume-Uni et le Japon. Le budget militaire chinois était de 139 milliards de dollars en 2013, d’après IHS, le deuxième en importance derrière les États-Unis. D’après les projections des consultants, en 2015 la Chine dépensera plus pour sa défense que le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne ensemble ». Le ton optimiste de ces mots reflètent l’idéologie de cette institution. Il est préférable de considérer avec plus d’attention les données du SIPRI, une organisation beaucoup plus crédible sur ce plan.
« L’Asie est d’ailleurs la seule région à avoir augmenté continuellement ses dépenses militaires depuis la crise de 2009. La région Asie-Pacifique sans la Chine dépassera l’Europe occidentale en 2015, avec des augmentations notables attendues en Australie, en Inde, et en Corée du Sud, prévoit l’étude. Au Moyen-Orient, les dépenses militaires ont accéléré rapidement depuis 2011… Oman et l’Arabie saoudite en particulier ont connu une croissance supérieure à 30 % entre 2011 et 2013. L’Arabie saoudite, en neuvième position en 2013, doit dépasser l’Allemagne cette année pour se hisser à la huitième place en 2014. La baisse des dépenses militaires étasuniennes devrait s’accélérer: de 664 milliards USD en 2012, elles sont passées à 582 milliards en 2013 et sont prévues à 575 milliards en 2014 et 535 milliards en 2015 » (lapresse.ca).
Il importe de noter que « l’année 2015 sera celle du 70e anniversaire des bombardements d’Hiroshima et de Nagazaki. Elle sera aussi celle où les dépenses militaires japonaises auront atteint leur plus haut niveau depuis la fin de Seconde Guerre Mondiale, avec un budget alloué aux forces d’autodéfense du pays d’un montant de 4.980 milliards de yen (soit 36 milliards d’euros) (opex360.com).
Ces dépenses consenties par les États n’ont pas d’autres objectifs que de protéger les infrastructures de production des investisseurs capitalistes et de maintenir la paix sociale par la menace ou la violence armée afin que les ressources stratégiques rendues disponibles ou potentielles soient protégées.
Les fondements de la doctrine de défense des USA (Vision 2020) (figure 1). Au-delà des drones les missiles viendront de l’espace
Vision 2020 définit les fondements de la doctrine de défense des États-Unis. Proposée en 2000 elle présentait les éléments permettant de faire face aux menaces qui pèsent sur les intérêts américains dans le monde au début du XXIème siècle (fs.fed.us).
Figure 1. United States Space Command. Vision for 2020
La militarisation planétaire s’intensifie. Les drones de combat sèment la terreur et la mort. Source: http://fas.org/spp/military/docops/usspac/visbook.pdf
Le contenu de cette vision nous indique clairement que les États-Unis cherchent à détenir un contrôle absolu et quasi exclusif de l’espace. Voici l’essentiel de cette vision:
«Au cours des dernières décennies, la puissance spatiale a soutenu principalement les opérations stratégiques et opérationnelles sur terre, sur mer et dans l’espace aérien. Au cours de la première partie du XXIe siècle, la puissance spatiale va également s’avérer un medium propre pour la guerre. C’est ainsi que celle-ci se développera dans le but de protéger les intérêts nationaux militaires et commerciaux ainsi que les investissements qui se retrouvent dans l’environnement spatial en raison de leur importance croissante».
«Le but premier de la puissance spatiale a été d’appuyer et supporter les opérations sur terre et en mer. Cependant, au fil du temps elle est devenue en elle-même un medium pour la guerre».
«Les deux thèmes principaux de la Vision USSPACECOM concernent le medium spatial et la puissance spatiale d’intégration tout au long des opérations militaires. Aujourd’hui, les États-Unis sont la puissance de l’espace militaire par excellence. Notre Vision est celle de conserver cette excellence tout en fournissant des bases solides pour notre sécurité nationale».
«Le contrôle de l’espace est la capacité d’assurer un accès à cet espace, de réaliser des opérations en toute liberté et d’empêcher d’autres de l’utiliser, si nécessaire. L’environnement spatial est reconnu comme étant le quatrième medium pour la guerre».
«Des opérations conjointes exigent le contrôle de l’espace pour atteindre les objectifs visés par une campagne de grande envergure. Le contrôle de l’espace englobera la protection des investissements militaires, civils et commerciaux des États-Unis qui se retrouvent dans l’espace»(fas.org).
Le discours d’Obama de juillet 2013 sur la guerre antiterroriste
Depuis 2013, l’approche des États-Unis en ce qui a trait à l’utilisation des drones armés est d’engager tous leurs alliés en les dotant de ces appareils pour qu’ils exécutent dorénavant eux-mêmes les frappes contre ceux qui menacent les intérêts des États-Unis.
Dans un discours fleuve prononcé dans l’enceinte de la National Defence University de Washington, D.C. le 23 mai 2013 le président Obama a longuement cherché à justifier les actions posées par son gouvernement dans le cadre de la guerre mondiale contre le terrorisme et à minimiser l’ampleur de l’utilisation des frappes par les drones armés:
«Beyond Afghanistan, we must define our effort not as a boundless “global war on terror,” but rather as a series of persistent, targeted efforts to dismantle specific networks of violent extremists that threaten America. In many cases, this will involve partnerships with other countries. Already, thousands of Pakistani soldiers have lost their lives fighting extremists. In Yemen, we are supporting security forces that have reclaimed territory from AQAP. In Somalia, we helped a coalition of African nations push al-Shabaab out of its strongholds. In Mali, we’re providing military aid to French-led intervention to push back al Qaeda in the Maghreb, and help the people of Mali reclaim their future»(http://www.whitehouse.gov/the-press-office/2013/05/23/remarks-president-national-defense-university).
«Beyond the Afghan theatre, we only target al Qaeda and its associated forces. And even then, the use of drones is heavily constrained. America does not take strikes when we have the ability to capture individual terrorists; our preference is always to detain, interrogate, and prosecute. America cannot take strikes wherever we choose; our actions are bound by consultations with partners, and respect for state sovereignty» (whitehouse.gov).  
Exportation de drones armés vers les pays alliés des USA
Les États-Unis ont annoncé le 24 février dernier qu’ils autorisaient pour la première fois l’exportation de drones armés vers certains pays alliés dans le cadre de la lutte mondiale «antiterroriste».
«Cette nouvelle politique régit la vente, le transfert et l’utilisation à l’international de systèmes aéronautiques militaires sans pilote d’origine américaine», a annoncé le département d’État dans un rapport rendu public mardi et intitulé «politique d’exportation des États-Unis pour des systèmes aéronautiques militaires sans pilote», des UAS, c’est à dire des drones armés».
«D’autres nations commencent à utiliser de manière plus régulière des UAS militaires et le marché commercial des UAS est émergent», poursuit le département d’État. Si bien que les États-Unis ont pour responsabilité de s’assurer que les ventes, transferts et utilisations à l’international d’UAS d’origine américaine correspondent aux intérêts de la sécurité nationale américaine et à ceux en matière de politique étrangère», explique encore le gouvernement américain. Le Washington Post, qui a le premier révélé mardi cette évolution majeure de la politique de ventes d’armes des États-Unis, note que des pays alliés tels que l’Italie, la Turquie et des monarchies du Golfe seraient grandement intéressés».
«D’après un responsable américain cité par le journal, Washington a déjà vendu des drones armés à son plus proche allié, le Royaume-Uni. Des drones non armés, servant pour des opérations de renseignements ont d’ores et déjà été vendus à des alliés au sein de l’OTAN, comme la France et l’Italie, selon le Washington Post».
«L’utilisation des drones armés constitue une pierre angulaire de la lutte mondiale contre le terrorisme menée par l’administration du président Barack Obama, notamment lors d’opérations conduites en Afghanistan, au Pakistan, en Somalie, en Syrie, en Irak ou encore au Yémen»(lapresse.ca).
II. Les drones armés. La mort venue du ciel
Un rapport du Congrès américain rendu public en février 2012 par le Bureau Gouvernemental des Responsabilités (GAO) établit qu’entre 2005 et décembre 2011, le nombre de pays possédant des drones est passé de 41 à 76 (http://www.mondialisation.ca/une-cartographie-de-la-proliferation-des-drones-vehicules-aeriens-sans-pilote-dans-76-pays/5305464).
Figure 2. Le MQ-1 Predator. Un drone armé ou un Q drone
La militarisation planétaire s’intensifie. Les drones de combat sèment la terreur et la mort.
Source: http://fr.wikipedia.org/wiki/MQ-1_Predator
Selon Julien Bonnet, «plus de 70 États disposent actuellement de ces engins, mais seulement une poignée de pays (États-Unis, Chine, Grande-Bretagne et Italie) utilisent des drones armés. De nombreux pays développent cependant des projets de drones de combat. C’est le cas de la France avec le démonstrateur NEUROn de Dassault Aviation, qui a réalisé son premier vol en décembre 2012. L’avionneur tricolore compte participer à la préparation de la prochaine génération d’avions de combat sans pilote, attendue dans les années 2030 » (usinenouvelle.com).
Les forces armées des États-Unis disposent depuis les années 1990 de la plus grande flotte de drones en service. Leur nombre et leurs rôles vont croissant, complétant ou remplaçant les avions pilotés qui ont vu leur nombre décroître depuis les années 1980 à la suite de l’explosion des coûts des appareils modernes et plus performants.
En janvier 2010, l’inventaire est de 6 819 drones de tout type, dont environ 200 appareils de haute altitude HALE (Predator, Reaper, Global Hawk…) et les états-majors réclament 800 drones à haute altitude pour l’avenir. L’US Navy consacrera par exemple un budget à ces drones de 2 milliards de dollards pour la période 2013-2015, budget qui pourrait monter à 7 milliards en 2020 (wikipedia.org).
Figure 3. Pays dotés de véhicules aériens sans pilote (UAVs).
La militarisation planétaire s’intensifie. Les drones de combat sèment la terreur et la mort.
Source: http://geoconfluences.ens-lyon.fr/doc/transv/Risque/RisqueDoc2.htm
L’industrie des Q drones. Une expansion dans tous les continents à l’exception de l’Océanie.
L’industrie des drones se retrouve dans 24 pays. Son développement est assuré par un marché en expansion qui préconise moins les avions bombardiers très coûteux. Voici la liste de ces pays:  Afrique du Sud, Allemagne, Algérie, Arabie saoudite, Arménie, Belgique, Canada, Chili, Chine, Colombie, Espagne, États-Unis d’Amérique, France, Inde, Israel, Italie, Jordanie, Pakistan, Pologne, Royaume-Uni, Russie, Suisse et Turquie (http://fr.wikipedia.org/wiki/Drone).
III. Les attaques de drones armés. Un bilan accablant et horrifiant
Le bilan est horrifiant. Des milliers de morts.  On n’en connaît pas trop l’ampleur, car officiellement tout est gardé secret. Spencer Ackerman de WIRED fait le même constat : « Le gouvernement ne peut révéler combien de personnes sont mortes à cause des attaques de drones, parce que c’est un secret d’État » (http://www.wired.com/2013/02/graham-drones/).  Cependant, une liste tenue par les Sénateurs étatsuniens révèle un total de 4 700 morts entre 2009 et 2013. Selon le sénateur Graham, représentant de l;a Caroline du Sud: ‘Sometimes you hit innocent people, and I hate that, but we’re at war, and we’ve taken out some very senior members of al-Qaida’(http://www.wired.com/2013/02/graham-drones/).
Les reportages sur les frappes présentés par la presse internationale traitent la nouvelle comme étant un fait divers. Aucune émotion. On rapporte les faits et on ne fait que s’attarder sur le nombre des victimes sans condamner les responsables. Ainsi, ces évènements si nombreux deviennent peu à peu acceptables et même normaux aux yeux de grand public. Cependant, plusieurs organisations oeuvrant pour la défense des droits humains exposent plus en profondeur les graves conséquences de ces frappes sur les individus ou les communautés visés. Nous en citons ici quelques-unes qui effectuent ce travail indispensable pour permettre de ne pas au moins laisser l’impunité triompher totalement : Amnistie Internationale, le mouvement britannique Reprieve, Global Drone Watch, Human Rights Watch et le Bureau of Investigative Journalism (BIJ). Ainsi, c’est grâce à ces organistions que l’on peut avoir une idée de l’ampleur des frappes, des pertes de vies humaines et des destructions.
Figure 4. Localisation du Waziristan
La militarisation planétaire s’intensifie. Les drones de combat sèment la terreur et la mort.
Source: http://theredhunter.com/2008/01/afghanistan_update_-_whither_waziristan.php
Quelques faits sur cette tragédie au cours de la dernière décennie
Les attaques de drones contre les militants d’Aqpa ont quasiment triplé entre 2011 et 2012, avec 53 frappes contre 18, selon le groupe de réflexion New America Foundation, basé à Washington (lapresse.ca) .
Selon Ackerman, « Les attaques par des avions sans pilote (UAV en anglais, pour unmanned aerial vehicle) se sont intensifiées ces derniers mois (fin 2012 et début 2013) dans les zones tribales du Pakistan (figure 4). Militants d’Al-Qaida, talibans afghans ou pakistanais… les drones mènent, à moindre coût, une guerre permanente à tous les insurgés. Et la disparition de l’ennemi numéro un pakistanais serait l’exemple le plus flagrant de la réussite de cette stratégie, qui a aussi atteint plusieurs cibles de « haute valeur » (wired.com).
Laurent Checola et Édouard Pflimlin du Monde Diplomatique, dressant  un bilan pour les zones tribales du Pakistan pour l’année 2009, écrivent : « Toutefois, le relatif succès de ces attaques ciblées, qui ont commencé en 2004 au Pakistan, s’est accompagné de nombreux dommages collatéraux. L’intensité accrue des raids — une attaque par semaine —, depuis le début de l’année, aurait fait quatre cent trente-deux morts (bilan au 30 septembre 2009) incluant civils, insurgés et responsables de la nébuleuse terroriste. Rien qu’en juin-juillet 2009 — période la plus sanglante —, cent cinquante-cinq personnes ont été tuées, alors qu’en (…) (monde-diplomatique.fr).
Selon les données rapportées par Ratika Singh de NEW REPUBLIC en octobre 2013 on note un écart très prononcé entre les données gouvernementales et celles de ONGs concernant le nombre de civils tués par les frappes des drones au Pakistan. En effet, selon l’aviseur du contreterrorisme de la Maison Blanche, John Brennan, il n’y a pas eu une seule mort collatérale durant l’année 2010-2011. Par contre, pour la même période, le Bureau of Investigative Journalism, une organisation sans but lucratif basée à Londres, estimait que le nombre de civils tués ou blessés se situait entre 84 et 193 en 2010 et entre 52 et 146 en 2011.
Un autre bilan dressé en janvier 2014 par Jack Serle, journaliste d’investigation, dans un article intitulé: “5 Years Later: 2,400’ est aussi troublant. En mars 2013, le gouvernement du Pakistan, se basant sur les données du Rapporteur spécial des Nations Unies, Ben Emmerson, mentionnait la mort de 200 personnes, probablement des non-combattants (newrepublic.com). Un rapport sur la mort de civils a commencé à émerger en faisant état de la mort des membres d’une même famille. Le même jour la CIA fit une autre frappe qui s’avéra une erreur et, cette fois-ci elle tua entre cinq et dix personnes, tous des civils.
Le gouvernement pakistanais était au courant que des civils étaient tués par les frappes. Un relevé des frappes était fait par l’administration politique et publié par le Bureau. Mais le gouvernement disait rien à propos de ces pertes de vies.
Selon Gaist, « dans une fuite récente d’un document interne du gouvernement pakistanais «Renseignements sur les attaques des forces de l’OTAN et des drones Predator dans les FATA», il a été révélé qu’au moins 147 des 746 personnes tuées par des drones américains entre 2006 et 2009 étaient des civils, et que 94 d’entre elles étaient des enfants. Un reportage publié l’année dernière par les facultés de droit de Stanford et NYU concluait que pour chaque «insurgé» dont l’identité a été confirmée et qui est éliminé par frappe aérienne, 50 civils sont tués » (mondialisation.ca).
Nick Gillespie fait état d’un rapport du mouvement britannique Reprieve qui affirme que les drones américains au Yémen et au Pakistan tueraient 28 « anonymes » pour chaque cible réellement visée. » (contrepoints.org).
En somme, selon New America Foundation de Washington on estime à 350 le nombre de frappes effectuées par des drones depuis 2004 au Pakistan. La majorité d’entre elles ont eu lieu sous le mandat de Barack Obama, qui les a intensifiées. Le bilan se situerait selon ce centre de réflexion entre 1963 et 3293 morts, dont 261 à 305 civils (lexpress.fr).
IV. La lutte contre les drones armés
La lutte contre les drones est conduite sur le plan international par GLOBAL DRONES WATCH, une coalition pour surveiller l’utilisation des drones (droneswatch.org). Elle se présente comme une organisation qui fournit de l’information au sujet des drones et encourage les gens à devenir actifs à l’intérieur des efforts visant à arrêter l’utilisation des drones armés à l’étranger et de stopper les drones domestiques qui violent la vie privée et la sécurité des personnes.
La section européenne de cette coalition publiait en janvier 2014 une Déclaration contre les drones :
Il faut bannir les drones armés!
Nous nous opposons aux drones armés et de surveillance parce que leur déploiement
•abaisse le seuil pour l’agression armée
•est utilisé pour des assassinats “ciblés” de personnes dans les zones de guerres et en dehors de celles-ci sans mise en examen, procès ni condamnation
•terrorise la population des territoires visés
•alimente la haine, en augmentant le cycle de violence
•conduit au développement de robots létaux autonome, rendant ainsi probables des guerres encore plus terrifiantes
Initie une nouvelle escalade dans la course aux armements
Nous demandons que tous les gouvernements
•cessent la production et l’achat de drones armés ainsi que la recherche et de développement de cette technologie et
•se dirigent vers l’interdiction de ces armes à niveau mondial.
Cette déclaration a été signée le 12 décembre 2013 par toute une série de personnalités dont vous trouverez les noms et appartenances sur la déclaration originale (en anglais).
Conclusion
L’industrie mondiale de fabrication des drones et des Q drones est en pleine croissance. Implantée dans 24 pays elle est financée généreusement par les États nationaux qui soutraient ainsi des ressources précieuses qui devaient être consacrées au développement social. Elle fait partie intégrante des complexes militaro-industriels et, tout spécialement, de ceux des États-Unis et de l’Europe. L’autorisation de la vente de ces appareils par les États-Unis annoncée récemment fait craindre une prolifération de ces engins qui s’ajouteront aux autres armements un peu partout dans le monde et se déployeront de plus en plus dans les guerres qui accablent l’humanité.

Les drones armés sèment la terreur et la mort. Ce spectable est tout simplement intolérable. Il est primordial de tout faire pour interdire la fabrication de ces engins à l’instar de la campagne mondiale qui a permis de stopper la fabrication et la vente des mines antipersonnel dans le cadre de la Convention sur l’interdiction des mines antipersonnel ou Convention d’Ottawa (wikipedia.org).
Jules Dufour Pour Mondialisation.ca
La militarisation planétaire s’intensifie. Les drones de combat sèment la terreur et la mort.Jules Dufour : Géographe, Ph. D., professeur émérite, Consultant, Bureau International de la Paix, membre, Cercle universel des Ambassadeurs de la Paix, membre, Groupe canadien du PUGWASH.
Références
ACKERMAN, Spencer. 2013. Senator Lists the Death Toll From U.S. Drones at 4,700 People. WIRED. Le 21 février 2013. En ligne: http://www.wired.com/2013/02/graham-drones/
AGENCE FRANCE-PRESSE. Islamabad. 2013. Au Pakistan, Ban Ki-moon critique les tirs de drones. Cyberpresse, le 13 août 2013. En ligne :
http://www.lapresse.ca/international/asie-oceanie/201308/13/01-4679365-au-pakistan-ban-ki-moon-critique-les-tirs-de-drones.php?utm_categorieinterne=trafficdriversHYPERLINK “http://www.lapresse.ca/international/asie-oceanie/201308/13/01-4679365-au-pakistan-ban-ki-moon-critique-les-tirs-de-drones.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B9_international_29810_accueil_POS3″&HYPERLINK
http://www.lapresse.ca/international/asie-oceanie/201308/13/01-4679365-au-pakistan-ban-ki-moon-critique-les-tirs-de-drones.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B9_international_29810_accueil_POS3″utm_contenuinterne=cyberpresse_B9_international_29810_accueil_POS3
AGENCE FRANCE PRESSE ISLAMABAD. 2013. Drones: un rapport lève le voile sur un accord entre Washington et Islamabad. Cyberpresse, le 9 juillet 2013. En ligne : http://www.lapresse.ca/international/asie-oceanie/201307/09/01-4669164-drones-un-rapport-leve-le-voile-sur-un-accord-entre-washington-et-islamabad.php?utm_categorieinterne=trafficdriversHYPERLINK “http://www.lapresse.ca/international/asie-oceanie/201307/09/01-4669164-drones-un-rapport-leve-le-voile-sur-un-accord-entre-washington-et-islamabad.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B9_international_256_section_POS2″&HYPERLINK “http://www.lapresse.ca/international/asie-oceanie/201307/09/01-4669164-drones-un-rapport-leve-le-voile-sur-un-accord-entre-washington-et-islamabad.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B9_international_256_section_POS2″utm_contenuinterne=cyberpresse_B9_international_256_section_POS2
AFP. 2014. Les dépenses militaires mondiales à la hausse en 2014. LA PRESSE.CA. Le 4 février 2014. En ligne : http://www.lapresse.ca/international/201402/04/01-4735474-les-depenses-militaires-mondiales-a-la-hausse-en-2014.php
AFP. 2015. Les États-Unis autorisent l’exportation de drones armés. Montréal, Cyberpresse. Le 17 février 2015. En ligne : http://www.lapresse.ca/international/etats-unis/201502/17/01-4845000-les-etats-unis-autorisent-lexportation-de-drones-armes.php
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