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L'Afrique exclue du Mondial en 2018

Publié le 15 février 2015 par Félicité Annick Foungbé @fafzimo

Selon toute vraisemblance, la FIFA aurait mal pris les suspensions musclées infligées au Maroc pour insubordination à la CAF. En effet, après l'outrecuidance (?) de refuser la tenue sur son sol de la plus importante compétition de football africain qui a vu le sacre des éléphants de Côte d'Ivoire en terre équato-guinéenne, le royaume Chérifien s'est vu entre autres, exclure de toute compétition jusqu'en 2021.

Ainsi donc, ulcérée par une telle sanction, la FIFA aurait décidé de monter au créneau pour à son tour interdire le Mondial 2018 au continent africain.

Que faut-il en penser ?

Il convient en toute objectivité de remiser pour une fois ce que l'on pourrait qualifier de chauvinisme ou de complexe africain pour analyser sainement le problème.

Primo, la FIFA est la plus haute instance mondiale du football, il est tout à fait normal qu'elle donne de la voix lorsque surviennent des crises majeures. En outre pour rappel, le Maroc se situe également en terre africaine, à l'attention de tous ceux qui seraient tentés de faire de fâcheux amalgames relatifs à un quelconque problème racial.

Secundo, la CAF avait-elle le droit d'infliger au Maroc une sanction aussi lourde, quand le Royaume Chérifien exprimait une préoccupation légitime, avis d'experts à l'appui, dans un contexte de crise sanitaire sans précédent ? La fièvre à virus Ebola est un redoutable tueur, en l'absence de tout vaccin ou traitement réellement probant, face à la flambée des chiffres des contaminations, décès et projections alarmantes, le refus d'abriter la CAN sur son sol est-il un pied de nez à la CAF ou un crime de lèse-majesté ?

Tertio, les velléités dictatoriales de la CAF induisent forcément des questionnements. Les décisions semblent prises de manières univoques et sans appel. L'on perçoit de même un net refus avéré de renouveler l'instance dirigeante. L'actuel président Hayatou qui serait disqualifié par la limite d'âge aux prochaines échéances, bénéficiera à coup sûr de l'appui d'un nombre suffisant de ses pairs pour faire sauter le verrou de la limite d'âge et se maintenir à la tête de l'instance dirigeante de la CAF.

On me rétorquera à ce niveau que Blatter lui-même s'éternise à la tête de la FIFA, ce à quoi, j'opposerai que pour une fois, l'Afrique pourrait donner le modèle d'une alternance réussie qui inspirerait très certainement le retrait du président de la FIFA.

Un autre point intéressant à souligner est le manque de solidarité des pays africains à l'endroit du Maroc. Il est vrai que la Côte-d'Ivoire a remporté le trophée et que les éléphants nous ont fait vibrer d'émotion, mais encore une fois exit le chauvinisme, on aurait simplement pu repousser le calendrier de la CAN pour nous épargner ce bras de fer autant malsain que malséant entre la CAF et le Maroc. Au plan international, de nombreux chronogrammes d'activités ont été repensés, face au péril Ebola évoqué à juste titre par le Maroc.

Si nous voulons éviter que les occidentaux se mêlent de nos guéguerres comme semblent le décrier tant de compatriotes excédés, il nous faut trouver le moyen de les régler avec un savant alliage de bon sens et de fair-play. La CAF n'a-t-elle pas instauré le prix du joueur fair-play ?

En définitive, la décision de la FIFA paraît ahurissante, mais il faudrait que la CAF se donne les moyens de nous épargner ce genre d'extrêmes. Autant les instances dirigeantes de la CAF peuvent se montrer intransigeantes au gré de leurs intérêts et d'une analyse objective ou subjective d'une situation donnée, autant les autorités d'un pays tiers peuvent se donner les moyens de parer à tout risque sanitaire dans un contexte de fièvre hémorragique à nul pareil.

A l'époque, les données officielles rapportaient environ trois mille morts depuis mars 2014, quand les prévisions les moins alarmistes faisaient état de vingt mille autres cas de contamination dans les trois prochains mois, calendrier qui coïncidait avec le déroulement des phases finales de la CAN 2015. cf. notre article Ebola et CAN 2015 au Maroc, également disponible en anglais sur le présent blog.

" La CAF a enregistré cette requête et confirme qu'aucun changement n'est à l'ordre du jour du calendrier de ses compétitions et événements. Il est à noter que depuis la première édition en 1957, jamais la Coupe d'Afrique des nations n'a fait l'objet d'une déprogrammation ou d'un différé "

On garde en mémoire cette déclaration surréaliste du porte-parole de la CAF au micro de RFI.

http://www.rfi.fr/afrique-foot/20141011-foot-caf-envisage-pas-reporter-can-2015-cause-ebola/

Si d'aventure (touchons du bois), une catastrophe naturelle frappait de plein fouet un pays commis à l'organisation des phases finales de la CAN, la CAF maintiendrait-elle un tel discours ?

Rappelons à toutes fins utiles que Le sperme peut continuer de transmettre le virus jusqu'à sept semaines après la guérison clinique.

http://www.who.int/csr/disease/ebola/faq-ebola/fr/

Félicité Annick Foungbé Zimo, écrivain et analyste


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