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William Boyd envoie James Bond en Afrique

Par Pmalgachie @pmalgachie
Ian Fleming, le créateur de James Bond, est mort en 1964, après avoir écrit les aventures de son héros préféré en douze romans et neuf nouvelles. Depuis, d’autres écrivains ont pris le relais, avec des bonheurs divers. Kingsley Amis d’abord, puis Sebastian Faulks et Jeffery Deaver, avant William Boyd l’an dernier, pour un Solo réédité en poche. Quand il est envoyé en mission au Zanzarim en 1969, James Bond connaît peu l’Afrique occidentale : il n’y est allé qu’une fois. Il prend soin d’emporter un ouvrage qui, espère-t-il, lui fournira quelques lumières sur la région : Le fond du problème, de Graham Greene. Le roman est paru vingt ans plus tôt, peu de temps après une guerre pendant laquelle le romancier a servi en Sierra Leone, décor d’un livre qui fournit, sans le dire, un clin d’œil au lecteur curieux : dès les premiers paragraphes du Fond du problème, il est question d’une rue qui s’appelle… Bond Street. On ne nous fera pas croire que c’est un hasard. Le Zanzarim ne se trouve bien entendu sur aucune carte. Mais les images d’une population affamée vues par James Bond ressemblent à celles qui arrivaient du Biafra à cette époque et William Boyd, né au Ghana, a passé une partie de son enfance au Nigeria – le pays que la guerre du Biafra aurait pu mener à la partition. Voilà donc probablement le vague arrière-plan de réalité sur lequel se fonde Solo, à partir duquel tout devient possible selon la logique mise au point par Ian Fleming dès les années 50. Son successeur le plus récent, qui prend le relais d’autres auteurs, a pris soin de relire l’intégrale du créateur et conserve l’esprit des origines sans rien perdre de ses propres qualités d’écrivain. William Boyd précise d’ailleurs, à l’intention des puristes : « Je m’en suis remis, pour ce roman, aux détails de la vie et, plus généralement, à la biographie de James Bond parus dans la “nécrologie” d’On ne vit que deux fois, le dernier ouvrage de Ian Fleming publié de son vivant. Il est raisonnable de supposer que ce sont là les faits essentiels concernant Bond et son existence que l’auteur souhaitait voir introduire dans le domaine public – et qui feraient litière des anomalies et illogismes divers figurant dans les précédents romans. Par conséquent, en ce qui concerne ce livre, et conformément à la décision de Ian Fleming, James Bond est né en 1924. » De la même manière que William Boyd revendique sa fidélité au canon mis en place, malgré quelques hésitations en cours de route, par son créateur, il reproduit les clichés souvent utilisés. Et devenus davantage que des clichés : une sorte de marque de fabrique sans laquelle l’agent 007 ne serait pas exactement ce qu’il est – et doit être dans l’esprit des lecteurs (ou des spectateurs, au cinéma). James Bond est donc un homme à femmes. Les 45 ans qu’il affiche dans Solo n’ont pas endormi la bête sexuelle qui sommeille en lui. « Il était encore vert, le vieux ! », se félicite-t-il en constatant qu’il est émoustillé par une jolie femme rencontrée à l’hôtel, elle-même n’étant d’ailleurs pas insensible à son charme viril. Bryce Fitzjohn, actrice sous le nom d’Astrid Ostergard, surgit au début du roman, elle fera d’autres apparitions dont l’une est liée, par la bande, au récit. Mais elle ne joue aucun rôle dans les activités de l’agent, au contraire d’Efua Grâce Ogilvy-Grant, chef du poste britannique et son contact au Zanzarim. Enfin, presque, car elle s’appelle aussi Aleesha Belem. Bond, après avoir cédé à sa beauté, aura bien des raisons de se demander quel jeu elle joue et dans quel camp elle se trouve. Grâce/Aleesha est le cœur battant de l’Afrique à la rencontre de laquelle James Bond a été envoyé. Avec une mission toute simple : faire cesser une guerre qui dure depuis trop longtemps et dont les conséquences sont tragiques pour la population mais aussi pour les compagnies pétrolières désireuses d’exploiter tranquillement un sous-sol très riche. Sa couverture ? Il est censé être le correspondant londonien d’une agence de presse française a priori favorable au Dahum, le territoire qui a fait sécession du Zanzarim. Quelques autres journalistes, des vrais ceux-là, présents dans le pays se demandent quand même qui il est vraiment. Lancé à corps perdu sur un terrain hostile, Bond est enlevé par l’infâme Kobus Breed, un mercenaire qui encadre les troupes du Dahum, puis réhabilité quand son expérience du combat permet d’enlever une victoire. Ce qu’il appelle reculer pour mieux sauter : s’il redonne un peu de force à l’armée sécessionniste alors que la politique britannique envisageait plutôt la déroute de celle-ci, ses actes de bravoure lui permettent d’approcher Solomon Adeka, le dirigeant du Dahum et l’objectif de sa mission : faire du général Adeka « un soldat moins efficace ». L’efficacité de William Boyd, en tout cas, n’est pas prise en défaut. De découverte en découverte, Bond brave la mort – il en a l’habitude – pour mettre au jour une réalité très différente de celle qu’on lui avait présentée. Et, tout à la fin d’un roman qui se lit en retenant sa respiration, la porte est ouverte à une suite. Chic !

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