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Bibliothèque d’Alexandrie, un texte de Hélène Brunengo…

Publié le 16 mars 2015 par Chatquilouche @chatquilouche

 Mon très cher ami,chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

Si vous lisez ces mots, peut-être aurez-vous entre les mains les documents que je vous ai adressés.

La situation à Alexandrie ne cesse d’empirer.  Ptolémée VIII a décidé de limiter les recherches, et de fermer l’Académie.  De nombreux savants et étudiants ont pu prendre le large assez tôt et emporter de nombreux ouvrages qu’il a fallu tant de siècles à réunir.  C’est d’ailleurs par l’un d’eux, Démétrios d’Athènes, que mes notes et les manuscrits originaux vous parviendront.

Vous vous souvenez sûrement de la traduction du Pentateuque hébreu par six représentants de chaque tribu juive sur l’île de Pharos.  En étudiant le Codex, j’ai découvert par endroit un alphabet qui m’est inconnu.  J’ai entrepris un travail de recherche à ce sujet et découvert que nous avions probablement affaire à des « runes ».  Je me suis souvenu d’un planisphère étrange sur lequel j’avais vu des signes semblables.  Ce planisphère se compose de cinq rouleaux.  Vous les aurez en mains quand vous lirez ces mots.

À chaque rouleau correspond l’un des signes qui marquent la fin de chacun des ouvrages du Pentateuque.  Mis bout à bout, Alexandrie paraît le centre du monde !  Chose encore plus surprenante, sur chaque lieu représenté il y a des écrits dans des langues connues et d’autres en signes incompréhensibles.  Ces mêmes signes apparaissent sur une terre très au nord-ouest d’Alexandrie.

L’eau est partout représentée sous l’apparence d’un dieu bienveillant et omniprésent.  Quant à nous, humains, nous y apparaissons comme si nous n’étions pas autre chose que les habitants d’îles plus ou moins grandes.

Quand on y regarde de plus près, on y distingue en transparence un réseau de fils d’Ariane tentaculaire, sous les terres et sous les mers.  J’ai superposé une carte des constellations les plus connues sur ces lignes et le résultat est étonnant : on obtient le symbole de l’infini.

Ce même symbole apparaît à la fin du Codex traduit par les Hébreux.  Je l’ai trouvé également à la fin des rouleaux relatant les faits marquants de notre histoire.  Et aussi à la fin d’autres ouvrages encore non traduits venant de Constantinople et de pays plus à l’est ?

Tous ces livres sont codés.  Vous y trouverez ces mêmes signes ou « runes » intercalés dans les textes.  J’ai découvert, scellé dans un mur du péripate, un coffret contenant une page du Pentateuque non traduite, enfermée dans un étui de cuir qui porte le sceau de l’infini.  Une pierre ornée de ce même signe fermait l’étui.  Lorsque vous verrez la pierre, si elle vous parvient, vous serez surpris par sa forme et la chaleur qu’elle dégage, de même que par sa couleur violette aux reflets blanc et or.  En contact avec les différentes « runes », elle passe du rouge au vert, du bleu au jaune, de l’indigo à l’orange.  Cette pierre est la clé de ces énigmes, j’en suis certain.  Elle nous conduira à de grandes découvertes.  L’origine de l’humanité ?

D’après le texte des Hébreux, il est possible qu’il s’agisse de la treizième pierre du pectoral d’Aaron.  Je n’ai pas eu le temps de l’utiliser sur le planisphère.

D’autres documents que je n’ai pas pu traduire ni dérober sont enfermés depuis ce matin dans les sous-sols de l’Académie.  Tout affairé à ces surprenantes découvertes, j’ai dû parler trop fort en réfléchissant ou en lisant dans le péripate, et on jase maintenant de mes explorations.  Des bruits courent.  Je ne peux mesurer encore la portée de ce qui vous parviendra.  Mais j’ai la certitude d’un grand bouleversement à venir.

La réaction de Ptolémée ce matin démontre à quel point il est soumis à des pouvoirs qui le dépassent.  La bibliothèque est sous la direction de Cydas, le chef des lanciers.  Personne ne peut y entrer ou en sortir sans son approbation.  Même le Sérapéum est sous surveillance.  Les représentants de toutes les religions, y compris païennes, sont actuellement réunis dans le sanctuaire de l’Académie.  Ce qui, vous en conviendrez, est plus qu’étonnant, quand on sait tous les différends qui les opposent.

Le chaos se répand comme une vague déferlante.  Depuis huit jours, la nourriture manque.  Une épidémie sévit dans les quartiers défavorisés et commence déjà à se propager ailleurs en ville.

Les gardes sont partout, des lanciers aux écuyers, sans parler des archers.  La rumeur court qu’une arme terrible aurait été dérobée à l’Académie.

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Sont-ils déjà après moi ?  Est-ce la pierre qui cause tout ce bouleversement ?  Cette lettre vous parviendra-t-elle ?  Puis-je faire confiance à ce marchand payé pour vous la remettre ?  Aurai-je le temps de fuir et de vous retrouver sain et sauf ?  Pourrons-nous poursuivre ces recherches ensemble ?  Beaucoup de questions, peu de réponses.

Je quitte Alexandrie par une autre voie que cette lettre.  À bientôt, mon ami.

Au moment où je m’apprête à cacheter cette lettre, une fumée noire envahit le ciel.  Je prie pour que ce ne soit pas la bibliothèque….

Comme j’ai pu le déchiffrer sur le planisphère :  « rien n’est bon ou mauvais en soi ; la pensée le rend tel…  »*

Votre dévoué Alexandre

* William Shakespeare

Notice biographique

Française d’origine italienne et catalane, Hélène Brunengo habite à Frouzins, où elle

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exerce le métier de diététicienne spécialisée en chronobiologie nutritionnelle et dans la prise en charge émotionnelle.  La magie des mots l’a toujours fascinée.  Lectrice assidue, entre autres, du Chat Qui Louche, elle se sent plus à l’aise à l’oral qu’à l’écrit.  Cette première publication chez nous l’intimide.  Pour ma part, les niveaux de lecture que l’on peut appliquer à son texte m’ont séduit.


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