Magazine Cinéma

[Critique] BIG EYES

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] BIG EYES

Titre original : Big Eyes

Note:

★
★
★
☆
☆

Origines : États-Unis/Canada
Réalisateur : Tim Burton
Distribution : Amy Adams, Christoph Waltz, Danny Huston, Krysten Ritter, Jason Schwartzman, Terence Stamp, Jon Polito, Delaney Raye, Madeleine Arthur…
Genre : Drame/Biopic/Histoire vraie
Date de sortie : 18 mars 2015

Le Pitch :
Quand Margaret rencontre Walter, c’est plus ou moins le coup de foudre. Elle est fraîchement divorcée et tente de gagner sa vie grâce à ses peintures, afin d’élever correctement sa fille, et Lui peintre également est plutôt expansif et charmeur. Entre les deux, le courant passe rapidement. Au point de très vite se marier… Amoureuse, Margaret croit avoir épousé un homme accompli, alors que dans les faits, ce dernier ne cherche qu’à exploiter le talent de sa femme pour la peinture, au point de s’approprier petit à petit la paternité de toutes ses œuvres, les fameux Big Eyes. Des portraits représentant des petites filles aux grands yeux tristes qui remportent soudainement un grand succès auprès de la bonne société américaine. Nouvelle coqueluche du monde de l’art, Walter le faussaire jouit d’une célébrité grandissante, alors que Margaret doit travailler d’arrache-pied pour fournir de nouveaux tableaux. Histoire vraie…

La Critique :
Tim Burton a ouvert les volets. Une nouvelle fois, il délaisse les tonalités sombres et le gothique pour laisser entrer la lumière. Bien sûr, la noirceur est ailleurs, mais à première vue, sur un plan strictement visuel, Big Eyes est un film lumineux. Lumineux et pas fantastique du tout. Pas de vampires, de monstres ou même de meurtrier ici, juste un faussaire et une pauvre artiste prise en étau entre les codes écrasants d’une société américaine peu encline à laisser la liberté d’expression aux femmes et la tyrannie insidieuse d’un mari menteur et voleur.
Big Eyes avait tout pour marquer le retour aux affaires sérieuses de Burton. Pourquoi ? Très simplement car après plusieurs films très moyens, voire pas du tout inspirés, le cinéaste à la chevelure indomptable revenait à une simplicité qui pouvait laisser espérer une flamboyance à la Ed Wood, l’un de ses coups de maître qui, pour rappel, se focalisait sur la vie et la carrière de celui qui était considéré comme le plus mauvais metteur en scène de tous les temps. Big Eyes est en outre une sorte de biopic, même si il ne tourne qu’autour d’une période bien précise de la vie de ses personnages. Comme Ed Wood donc. Et tant pis si Ed Wood, avec ses monstres en carton pâte pouvait, de par la nature des films que tournaient Wood, parfaitement coller avec l’univers de Burton. Big Eyes donnait envie de croire au come-back si attendu de l’ex-enfant chéri du cinéma américain. De celui qui offrit au septième-art quelques chefs-d’œuvres intemporels, aujourd’hui encore considérés comme des classiques inoxydables.
Au final, malheureusement, Big Eyes prend des airs de rendez-vous manqué et entraîne son lot de questions quant au statut actuel de Tim Burton. La principale et la plus importante de ces questions étant la suivante : Tim Burton est-il devenu complètement has-been ?

 Big-Eyes-Christoph-Waltz-Terence-Stamp

Cependant, il convient de modérer ce constat. Non Big Eyes n’est pas mauvais. Il est même plutôt pas mal, à condition d’oublier qui l’a réalisé. Avec sa photographie chatoyante, ressuscitant l’Amérique des années 50/60 avec une impressionnante palette de couleurs, le long-métrage fait office de superbe peinture de toute une époque. Tout y est, dans les moindres détails, qu’il s’agisse de la reconstitution de San Francisco ou des plages paradisiaques d’Hawaï. Des costumes et des décors. Big Eyes est un beau film, dans le premier sens du terme, impossible de le nier. Les tableaux de Margaret Keane conférant également à l’ensemble une identité visuelle joliment désuète et un peu à part.
Mais si il a soigné la forme, Burton a par contre négligé tout le reste. Paradoxalement, alors que son film parle d’un faussaire s’appropriant les tableaux de sa femme, lui ne fait que suivre mollement les codes d’un cinéma ultra classique qui ne lui appartient pas et qu’il ne comprend pas. Souvent raillé pour sa tendance à recycler ses propres gimmicks à outrance et pour s’auto-caricaturer sans prendre la peine de proposer du neuf, le réalisateur américain tente de faire tout l’inverse mais accouche d’un film étrangement désincarné et parfois carrément anecdotique, quand bien même l’histoire en elle-même méritait largement que l’on y consacre un long-métrage. Apparaissant paumé, Burton convoque bien ici ou là quelques unes de ses obsessions premières, mais semble avoir enclenché le pilotage automatique, ne faisant même pas mine d’y croire.
Vu qu’on cause ici d’un technicien talentueux, Big Eyes a de toute façon de la gueule, mais quand on s’intéresse au fond, on découvre un Burton éteint et en cela très loin de la fougue de ses débuts, où une émotion à fleur de peau se dégageait de personnages forts. Il était légitime d’attendre quelque chose de grand et d’atypique d’un tel cinéaste. Vu le c.v du mec, rien n’interdisait de croire en un regain de fougue, au service d’un fait divers qu’il aurait pu s’approprier pour le nourrir de son talent et de sa capacité à se projeter dans des univers amenés alors à se transformer.
Rien de tout cela dans Big Eyes. Burton raconte une histoire passionnante de la moins passionnante des manières.

Heureusement, les acteurs assurent. Amy Adams tout spécialement, fabuleuse de bout en bout, et dont la performance vient souligner le discours concernant la place des femmes dans la société, inhérent au scénario. Tour à tour forte et fragile, Amy Adams (le rôle lui a valu un Golden Globe bien mérité) porte à bout de bras le film, tandis que Christoph Waltz fait le show avec toute la grandiloquence dont il est capable, à peine dirigé par un réalisateur dont le tort est de se reposer sur un cabotinage parfois excessif et hors sujet, qu’il encourage sans cesse. À côté, Burton a l’énorme tort d’ignorer ses seconds rôles. En particulier Krysten Ritter, Jason Schwartzman et Terence Stamp, juste là pour la décoration.
Le cul entre deux chaises, Tim Burton ne choisit même pas entre mettre en exergue les thématiques pourtant fortes de son film (la place des femmes dans la société donc, mais aussi la perception de l’art, la célébrité, le couple, la famille, etc…) et valoriser l’émotion qui arrive néanmoins parfois à se dégager de cette incroyable affaire de trahison et d’usurpation. Il se laisse porter par un film dans lequel il aurait refusé de trop s’impliquer. Au fond, si on oublie la musique du fidèle Danny Elfman et quelques détails ici ou là, Big Eyes ne porte pas vraiment la marque de son réalisateur. Et vu qu’on parle ici d’un artiste connu pour son style extrêmement identifiable, difficile de ne pas parler de déception au vu de ce film trop ordinaire, trop linéaire, certes agréable, mais beaucoup trop fade. Au fond, dans ces conditions, on ne saurait trop conseiller à Burton de revenir à ses monstres. À défaut d’être surprenant, ils traduisent au moins la personnalité du cinéaste. Un cinéaste plus que jamais sur une pente savonneuse…

@ Gilles Rolland

Big-Eyes-Christoph-Waltz-Amy-Adams
Crédits photos : StudioCanal

biopic Christoph Waltz critique Danny Huston Delaney Raye drame histoire vraie Jason Schwartzman Jon Polito Krysten Ritter Madeleine Arthur Margaret Keane Terence Stamp tim burton Walter Keane

Retour à La Une de Logo Paperblog