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Bien propre, une nouvelle de Cécile Metge…

Publié le 16 mars 2015 par Chatquilouche @chatquilouche

Avec détermination, le félin parcourait chaque interstice de son pelage tigré.  Lachat qui louche maykan alain gagnon francophonie langue râpeuse s’appliquait à lécher le bout de sa patte blanche.  Il la fit glisser devant son oreille droite ; opération une fois, deux fois recommencée, et comme si cela n’était point suffisant, une troisième fois.

— Alors Minou, tu prédis le beau temps ?  Penchée sur un amas de cartons, Sorraya se releva péniblement.  Le chat maintint son regard perçant et plissa les yeux en signe d’acquiescement.

— Heureusement que tu es là, toi !  Minou abaissa les paupières.  La vieille en face n’est pas commode…  « Vous déménagez toute seule ?  Vous ne travaillez pas ? » Vieille bique ! pensa tout haut la jeune femme.

Une lueur rouge surgit en face, sur le balcon brûlé de lumière.  Une tache de sang sur une robe blanche.

— Et en plus, elle lit dans mes pensées…

— Bonjour Madame.  Il ne faut pas parler aux chats, sinon, ils viennent, et nous, ici, on n’aime pas les chats !  Ça fait des saletés.

La brunette haussa les épaules et se détourna.  Une ombre s’approcha de la robe rouge.  La tête rentrée dans les épaules, le sourire crispé, l’homme n’était pas franc.  Il supporta sa moitié jusqu’à l’ambulance.  Le chat s’étira puis dédaigna la présence de Sorraya en lui montrant son orifice de chat.

Il faisait déjà chaud aux premiers rayons de l’astre.  Une odeur âcre provenant de la cheminée d’en face piquait les poumons.

— Saaalut Minouou… s’étira la jeune femme, ça pue !  La vieille se les gèle, en plein mois d’août ?

Sous un amas de cheveux emmêlés, celle qui lit dans les étoiles s’éloigna, les cartons pliés sous le bras.  La rue étroite et pavée la protégeait des attaques solaires.  Une ombre noire glissa ventre à terre.  Un chat touffu s’approcha d’un air satisfait.  La jeune femme se pencha vers la boule de poils alors qu’une masse sombre se dessinait au-dessus.  Un géant roux à la voix grave s’exclama.

— Eh bien, Clochette en a de la chance !…

— Vous connaissez le chat gris aux chaussettes blanches ? esquiva-t-elle.  Depuis quelques jours qu’il vit sur le mur à côté.

— C’est une triste histoire… soupira Barbe Rousse.  Sa maîtresse a disparu, une enfant.  Le chat a déserté son domicile depuis ce jour.

Étrange, pensa Sorraya en saluant le géant.  Elle déposa les cartons dans la benne et rejoignit son félin de compagnon.  Pour la première fois, depuis une semaine, il avait quitté son nouveau territoire.

— Après tout, il est libre…  La jeune femme retourna à son rangement, l’esprit troublé par cette nouvelle.  À peine eut-elle franchi le seuil de la terrasse, que le chasseur bondit sur le mur en se léchant les babines.  Il se riva sur son espace.

— Tu reviens d’en face ?  Tu es barge, mon Minou.  Ils vont t’étriper !

Un instant, elle crut distinguer un clin d’œil.

C’est moi qui suis timbrée, s’inquiéta Sorraya.  Toutefois, le félin souriait.  Une parfaite reproduction du chat du Cheshire.  Il étira ses griffes et entreprit pour la nième fois un nettoyage approfondi de son anatomie.

— Qu’est-ce que tu es allé manger chez les vieux ?  Ils vont t’empoisonner!

La tête triangulaire rentrée dans les pattes, il regardait d’un œil indifférent et mi-clos les yeux humains rem­plis de reproches bienveillants.  Le vent se leva et avec lui une odeur d’abattoirs remplaça la puanteur de la cheminée.  Ces voisins propres sur eux sentaient vraiment mauvais.

Le jour se leva une fois de plus avec la chaleur brûlante de l’astre diurne.  Sorraya étira ses longs cheveux, face au chat.  Mais, il n’était plus là.  Quand le soleil parvint au zénith, elle fixa son regard sur l’espace inquié­tant.  Poussée par son instinct, la brunette bondit dans la cour des voisins.  Ses yeux chasseurs guettaient le moindre mouvement.  Elle se glissa à la hauteur de la porte.

— Miaooo, Meaoooooo, Maooooo…

— Je t’avais dit de le tuer, qu’il allait nous faire prendre.  Il a trouvé la fille, imbécile !  La vieille femme en rouge exprimait toute la violence que son corps usé ne pouvait plus manifester.

L’astre diurne se coucha sans emporter avec lui le feu qu’il avait répandu toute la journée.  Minou sauta du mur et dédaigna Sorraya en lui montrant son orifice de chat.  Il s’enfuit vers la douce voix d’enfant qui l’appelait.

— Hermy, mon Mimi, tu m’as retrouvée !

Une tache rouge s’éloignait lentement, supportée par une silhouette noire, courbée, toutes deux entourées de képis.  Ils laissaient derrière eux, huit poupées grandeur nature, une collection de huit petites filles embaumées.  Des gens bien propres sur eux…

Notice biographique

Cécile Metge vient de publier quatre recueils animaliers, quatre portraits poétiques

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constitués de textes courts et incisifs.  Sous la forme d’un recueil de gravures et de textes brefs, chaque espèce y est présentée de manière poétique, sous forme de haïkus.  Il suffit parfois de peu de mots pour évoquer une personnalité ou un comportement observés longuement.  À cela s’ajoutent des linogravures afférentes en noir et blanc – il suffit parfois de peu de traits pour transmettre l’essentiel.

Ces ouvrages s’attardent sur des représentants du monde animal : le chat, la chouette, le poisson rouge, le chien, et bientôt le lézard et le crapaud.  Cécile évoque leur vie et surtout leur rapport avec l’humain.  Entre le dit et le suggéré, la lumière et l’ombre, chacun pourra choisir de comprendre ce qu’il désire.  Quelle forme mieux que la poésie pouvait permettre cette souplesse du sens ?

Cécile écrit également de petits textes qui décortiquent le comportement humain, tantôt acides et tantôt pleins d’amour, voire les deux à la fois, car l’homme navigue entre le clair et l’obscur…  Tout en poursuivant la série des livres animaliers, elle travaille actuellement sur un projet, l’écriture d’un roman.

Ses écrits ont été publiés dans la rubrique poésie de Centre Presse, en Aveyron, où elle est née.  Elle a aussi participé au Salon du Livre d’artiste de Bruxelles où elle a présenté ses livres.  Ils seront bientôt consultables et empruntables à la Bibliothèque de Menton, où elle vit actuellement.  Elle y exposera aussi les gravures qui ont servi à illustrer les ouvrages (courant 2016).


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