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Quel intérêt d’un MOOC pour une institution culturelle ?

Publié le 22 mars 2015 par Aude Mathey @Culturecomblog

Vous avez peut-être suivi le partenariat qu’Orange, grande entreprise de télécommunications française, a développé depuis octobre dernier avec la Réunion des musées nationaux – Grand Palais (Rmn-GP) autour d’un cours en ligne ouvert et massif (ou MOOC – Massive Open Online Course) sur « L’impressionnisme, du scandale à la consécration ».

Depuis 2011 avec le lancement du premier MOOC par l’université de Stanford sur l’intelligence artificielle, leur succès ne s’est pas démenti. Selon les dernières statistiques d’Open Education Europa, plus de 3.000 MOOC sont aujourd’hui proposés dans le monde (contre environ 2.000 en mars), dont un quart en provenance de pays européens. Avec la création de FUN (France Université Numérique), il semblait donc tout naturel que les musées nationaux français tentent eux-aussi l’expérience du MOOC, grâce à un partenariat cette fois-ci avec Orange. http://www.dailymotion.com/video/x268yr4

Un partenariat intéressant… et intéressé

Ainsi que nous l’avons dit plus haut, Orange et la Rmn-GP ont lancé le 20 octobre 2014 un MOOC destiné au grand public : « L’impressionnisme, du scandale à la consécration ». Plus de 15.000 personnes se sont inscrites. Ce MOOC, gratuit et ouvert à tous et qui enregistre de nouveaux inscrits chaque jour, permet de découvrir et d’approfondir leurs connaissances sur l’histoire de l’art.
Avec ce MOOC, Orange et la Rmn-GP ont cherché à expérimenter une nouvelle forme de relation avec les publics, s’appuyant sur un projet numérique de transmission du savoir pour diffuser des contenus culturels et toucher de nouveaux amateurs.
La volonté des deux organisations était également de montrer que le numérique est une nouvelle façon de démocratiser l’accès au savoir et de rendre la culture accessible au plus grand nombre, le public se voyant désormais non plus seulement en spectateur mais aussi en contributeur sur le web. Ce MOOC pouvait donc constituer une formidable opportunité de contribuer à la diffusion de la culture.

mooc orange

Page d’accueil du MOOC d’Orange

Lancé à l’occasion de l’exposition Paul Durand-Ruel, Le pari de l’impressionnisme, au Musée du Luxembourg à Paris,, le MOOC donnait accès à un parcours de formation de 8 semaines. Chaque semaine les cours s’articulaient autour d’une thématique précise et comprenaient des ressources documentaires sous forme de vidéo, des activités d’apprentissage et un forum de discussion. A la fin de chaque séquence, un quiz ludique permettait aux participants de s’auto-évaluer sur les connaissances acquises et d’obtenir des badges de connaissance.

Le MOOC « L’impressionnisme, du scandale a la consécration » a été hébergé sur Solerni, la plateforme de social learning (apprentissage social [NDLR] d’Orange. Et c’est effectivement là que cela devient intéressant. Orange est en effet connu pour son mécénat engagé auprès des musées et notamment la Rmn-GP, en témoigne son excellent blog Orange Expo Musées. L’investissement de l’entreprise quant au test de nouveaux outils et plateformes numériques est également courant, comme j’ai eu le plaisir de tester (en fait pas vraiment) la technologie NFC lors de l’exposition Dynamo au Grand Palais en 2013. Donc rien de nouveau sous le soleil quand Orange lance ce projet de MOOC en partenariat avec la Rmn-GP ?

Il s’agit en effet d’un partenariat et non d’un mécénat puisque le MOOC a été propulsé par la nouvelle plateforme Solerni, qu’Orange avait lancé le 20 février 2014. Ce beau partenariat a donc servi également à faire la promotion d’une toute jeune plateforme grâce à des retombées incroyablement riches.

Mais arrêtons de faire du mauvais esprit et de voir le mal partout.

Pourquoi le format du MOOC et sur l’impressionnisme ?

L’impressionnisme est un des courants artistiques les plus connus et dont les œuvres sont parmi celles connaissant le plus de succès sur la planète (il n’y a qu’à voir le nombre de rétrospectives ou d’expositions thématiques sur le sujet en Amérique du Nord pour se demander si d’autres courants artistiques ont bel et bien existé).

Selon Françoise Fernandes, responsable des partenariats culturels chez Orange : « un des objectifs communs à la Rmn-GP et à Orange était d’expérimenter une nouvelle forme de relation avec les publics, de voir comment un MOOC pouvait trouver sa place dans le monde muséal. »

C’est ainsi qu’Orange et a Rmn-GP ont choisi de faire le lien avec l’exposition « Paul Durand-Ruel, le pari de l’impressionnisme » qui venait de se terminer au Musée du Luxembourg. Les thématiques du MOOC avaient été choisies en rapport avec les contenus de l’exposition. Les visiteurs pouvaient ainsi préparer ou prolonger leur visite grâce au MOOC.

Orange récidivera toujours avec la Réunion des Musées Nationaux-Grand Palais, en travaillant sur un MOOC en lien avec l’exposition « Picasso et l’art contemporain » qui ouvrira début octobre au Grand Palais ainsi qu’à la préparation de deux autres MOOC : l’un avec le Château de Versailles et l’autre avec le Musée de l’Homme en vue de sa réouverture prochaine.

Quel bilan tirer du MOOC sur l’impressionnisme ?

Il faut tout d’abord souligner que les chiffres sont impressionnants (elle était facile, mais je n’ai pu y résister) :

MOOC impressionnisme infographie

Les principaux chiffres à retenir du premier MOOC dédié à l’impressionnisme ©Orange

Près de 15 500 personnes se sont inscrites au MOOC, principalement des européens. Le taux de rétention est, lui, dans la moyenne pour un cours de ce genre : près de 10%. En effet, dès la fin 2013, une étude de l’université de Pennsylanie donnait l’alarme : le taux de rétention, c’est-à-dire le pourcentage d’inscrits qui suivent un MOOC jusqu’au bout, est particulièrement bas, de l’ordre de 5 % à 10 % en moyenne – certains cours atteignant à peine 2 %. Et les étudiants les plus jeunes, que l’on imaginait très réceptifs à des enseignements en vidéo, se montrent en fait peu assidus : les inscrits qui suivent un MOOC jusqu’au bout ont généralement entre vingt-cinq et quarante ans, et sont donc déjà diplômés. « Cela montre que la formation initiale nécessite un environnement spécifique, car il faut au préalable avoir appris à apprendre » , estime Antoine Compagnon, professeur au Collège de France et auteur d’un article sur les MOOC dans le dernier numéro de la revue « Le Débat » (« MOOC ou vaches à lait », juin 2014). « Les MOOC ne sont pas adaptés à tout le monde, ni à toutes les occasions » , renchérit Andreas Kaplan, enseignant-chercheur à l’ESCP Europe. http://www.dailymotion.com/video/x2hhemp

Ces remarques concordent d’ailleurs parfaitement avec le bilan qu’Orange fait de ce MOOC : seuls 10% des apprenants sont étudiants.

Les MOOC en chiffres
3.036 : Le nombre de MOOC recensés (au 1er août 2014) dans le monde entier par Open Education Europa. En six mois, ce chiffre a progressé de 44 %.
25 % : un quart des MOOC dans le monde (741 au 1er août) proviennent de pays européens. L’Espagne est largement en tête (253), suivie du Royaume-Uni (170) et de la France (88).
53 % : les sciences « dures » et les technologies représentent plus de la moitié des MOOC européens, suivies par les sciences sociales (17 %) et le business (15 %).
63 % des élèves ayant suivi les MOOC de la Pennsylvania University en 2012-2013 avaient un travail à plein-temps ou étaient autoentrepreneurs. 60 % des élèves avaient plus de 30 ans.
9 % : la part des inscrits aux MOOC du MIT et de Harvard en 2012-2013 ayant suivi plus de la moitié des cours. A peine 5 % ont validé leur formation.

Source: Les Echos


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