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Les 5 subtilités typographiques qu’on oublie trop souvent – Cinquième article : la ponctuation

Par Librinova

Dans ce dernier article, nous ferons le point sur les virgules et autres... points. Pour certains, la ponctuation peut passer pour une simple contrainte grammaticale : ce serait une pause obligatoire entre deux phrases ou deux propositions, une respiration, voire un vide embêtant. Nous allons tenter de prouver l'exact contraire : si la ponctuation créé bien des silences, les silences ne sont-ils pas très souvent lourds de sens ?

Les 5 subtilités typographiques qu’on oublie trop souvent – Cinquième article : la ponctuation

Ponctuation : le texte en musique

Bon, passons rapidement sur le point qui termine une phrase, le point d'exclamation qui se place en fin de phrase exclamative, et la phrase interrogative qui s'achève par un point d'interrogation ; de même, on ne s'attardera pas sur les deux-points qui précèdent les explications ; pareil pour les points de suspension, qui marquent une suppression, une interruption ou un sous-entendu.

La virgule est un peu plus compliquée : le plus souvent, elle se substitue à une conjonction de coordination - mais, ou, et, donc, or, ni, car ; autrement, elle sépare les mots mis en répétition, ceux qui sont mis en exergue, ou isole les propositions explicatives et relatives. Une virgule n'est pas sensée séparer un sujet de son verbe, ou un verbe de son complément. Le point-virgule, lui, ne devrait être employé que dans les longues phrases déjà subdivisées par des virgules, lorsque ces virgules ne suffisent pas et que l'on tient à marquer une séparation plus importante entre deux propositions ; il suit également chaque élément d'une énumération - une liste à tirets -, sauf le dernier qui aura, bien sûr, son point final.

Voilà pour la théorie. Mais en pratique ? Vous remarquerez bien vite que ces règles ne suffisent pas toujours, ou même, qu'on peut leur faire deux ou trois petites entorses. Prenons par exemple :

Au cours de ce pique-nique, j'ai mangé du rôti, du pâté, du fromage, et bu un peu de vin.

Si les trois premières virgules sont autorisées - elles remplacent une conjonction -, la quatrième est normalement interdite, car redondante : on a déjà et. Mais si vous la retirez, la phrase parait un peu moins claire, un peu moins construite. Plutôt qu'une virgule banalement grammaticale, c'est en fait une virgule rythmique.

Eh oui ! la ponctuation est musicale - c'est là que nous voulions en venir. Et inversement, la musique aussi a sa ponctuation, ses silences : pause, demi-pause, soupir, demi-soupir, quart de soupir, etc. Pour simplifier un peu, imaginons qu'une syllabe correspond à un temps ; la virgule est une respiration d'une durée à peu près équivalente, un temps. Continuons : les points de suspension vaudraient alors environ quatre temps, un point vaudrait deux temps, un point-virgule un temps et demi. Allons encore plus loin, élargissons d'avantage le champ de la ponctuation... Les sauts à la ligne, les sauts de ligne et les [* * *] sont aussi des manières de ponctuer le texte, de ménager de longs silences - le héros tombe dans le coma, on fait une ellipse de cinq ans, ou la narration nous emmène dans un autre lieu... Pensez à les utiliser !

Autre chose ! Vous le savez peut-être, les partitions de musique portent mention du tempo : allegro, vivace, moderato ... c'est la durée de chaque temps, mais aussi la manière dont le morceau doit être joué, son mouvement. La même chose existe en prose : mettez un point d'exclamation à la fin d'une phrase, non seulement elle s'en trouvera accélérée, mais l'intonation deviendra croissante ; avec des points de suspension, l'effet sera inverse.

Maintenant, reprenez vos phrases et posez-vous la question : lorsque je prononce ces mots, que ce soit à l'oral ou dans ma tête, est-ce que je marque des pauses ? de quelle longueur sont-elles ? l'intonation est-elle montante, descendante, plate ? Peut-être devriez-vous rajouter une virgule ou un point pour rallonger votre texte, ajouter du suspense ?

In fine, et à condition de ne pas trop en abuser, de bien la maîtriser, la ponctuation est plutôt libre. Elle dépendra du ton de l'auteur, de son livre, ou même, de chacun de ses personnages : certains auront des phrases saccadées, avec beaucoup de virgules, de points ; d'autres, plus agressifs, s'exclameront sans cesse ! Quant aux indécis et aux rêveurs, ils suspendront le temps...


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