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BLIND DIGITAL CITIZEN – Premières vies LP

Publié le 03 avril 2015 par Le Limonadier @LeLimonadier

La musique des Blind Digital Citizen est arrivée jusqu’à nos oreilles terriennes en 2012 via leur premier EP, Le Podium #5, sorti à l’époque sur le label Third Side Record (collection de premiers EP lancée par le label, qui avait notamment permis de faire connaître le groupe La Femme, avec Le Podium#1 ). Depuis, la fin du monde a bien eu lieu mais reste toujours invisible à l’oeil nu, et le groupe francilien continue ses prédictions en volant avec les cendres imaginaires d’une ère révolue. Après deux autres EP, L’enfant flamme (2013), et Ravi (2014), il s’est posé face à nous, le 30 mars 2015, pour diffuser plus largement son message avec un premier album intitulé Premières vies, sorti sur le label-fusée Entreprise.

Blind Digital Citizen, c’est tout d’abord une musique évolutive et pétrie de science fiction. Électronique ou rock, elle ne choisie jamais, préférant se concentrer sur la mise en place d’un space opéra universel et intimiste. Pour ceux qui ne les connaîtraient pas encore, précisons que leur patte est assez unique dans le flot de l’actualité musicale française – même si le groupe semble déjà avoir fait des émules…

Il est même amusant de les considérer comme les dignes représentants musicaux d’un genre (la SF donc) peu en vue dans notre cinéma hexagonal alors que très riche en littérature. Nous vient d’ailleurs à l’esprit l’un des auteurs français actuels les plus connus du genre, Alain Damasio, qui avec seulement deux romans a réussi à construire une œuvre assez novatrice tout en connaissant un grand succès public. De sa recherche de narrations originales à l’utilisation de visions de mondes futurs, Alain Damasio critique frontalement les absurdités de notre contemporain et son approche trouve des accointances avec celle des Blind Digital Citizen.

En effet, leurs textes confrontent non seulement le présent avec un devenir fantasmé, mais sont enrobés d’une musique inventive dans sa forme. Autant épileptique que proche de la pure musique d’ambiance, elle pioche aussi dans le passé – comme toute formation des années 2000, dont celui de la chanson “rock” populaire. On pourrait citer ici Bernard Lavilliers, Alain Bashung ou Noir désir. Le chant du frontman François Devulder, outré et fiévreux, prend bien sur appui sur ces modèles (conscients ou inconscients), mais pour proposer des choses et générer son propre univers.

Commençons maintenant l’exploration avec la deuxième piste de l’album, Reikjavik 402”, titre initialement sorti sur leur tout premier disque. Et le morceau de sonner comme si Albator avait monté son propre groupe, dans le seul but de pondre une chanson d’amour au funk cosmique dédiée à son vaisseau, sa maison, son monde.

“Dvek”, dernier extrait de l’album à être sortit, est quant à lui un morceau très dense, complètement exalté, dont nous vous invitons à regarder le clip assez fou réalisé par le vidéaste MeltMirror :

Ce qui fonctionne vraiment dans ces Premières vies, c’est tout d’abord la mélancolie grandiloquente qui pousse l’intérieur de chaque titres. Le vague à l’âme immerge, et amène à l’attention profonde que l’on pourrait porter à une seule et unique chose, pendant les longues secondes qui précéderaient la fin d’un espoir. Et pourtant, on ne sent aucune complaisance, aucun apitoiement dans leur démarche. Au contraire, l’album s’annonce comme une apocalypse aux multiples explosions qui, du fruit de ses entrailles, annonce une libération, une renaissance.

L’album fluctue ainsi tout du long, tel une fenêtre dont le verre en prisme laisserait passer un soleil aveuglant, fouettant nos visages d’une sensation à la fois agréable et perturbante. Au moment où nous commencerions à être déstabilisés, le soleil disparaîtrait derrière les nuages pour ne laisser qu’un manque. Maudit prisme. Cette sensation, c’est aussi la voix du chanteur qui, à la manière des personnages d’un film de Bertrand Blier, nous parle, crie, nous hèle, nous hérisse parfois sur certains passages, mais ne laisse jamais indifférent.

Prenez désormais possession de ces Premières vies: de la touchante introduction Pérù” jusqu’à la piste d’atterrissage cabossée “War”,  le mieux est de rester vivant mais le vol en vaut la chandelle.

On ne peut désormais que vous conseiller d’aller les voir en Live, notamment à Paris pendant la release party de leur album le 23 avril au Petit Bain. 

Et si vous n’en avez pas l’occasion, peut être que vous tomberez un jour sur un concert géant à la place de la Concorde, et vous les verrez au loin jouer avec des lazers organiques sur une scène en gravitation, des milliers d’hologrammes de pingouins bleus tout autour de vous.

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BLIND DIGITAL CITIZEN – Premières vies LP

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Alain Bashung, Alain Damasio, Albator, Blind Digital Citizen, Entreprise, MeltMirror, Premières vies


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