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Experiment: Björk

Publié le 07 avril 2015 par Lifeproof @CcilLifeproof

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Chris Cunningham, All Is Full of Love, Robot, 1999. Collection Chris Cunningham. Photo: C.R.

Aujourd'hui, je vais vous parler de Björk, ce qui n'est pas vraiment de l'art contemporain me direz-vous... Mais elle a une exposition actuellement dans la prestigieuse Mecque de l'art moderne et contemporain qu'est le MoMA à New Yok. J'ai eu la chance de pouvoir y aller et de l'expérimenter, parce que c'est cela qui est proposé : une expérimentation, un moment à vivre.

Experiment #1

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Björk, Black Lake, album Vulnicura, commissionnée par le MoMA. Réalisation; Andrew Thomas Huang.

Arriver à New York et aller au MoMA trop tard pour voir l'exposition autour de Björk alors que j'étais venue un jour avant exprès pour : oui, je l'ai fait mais c'est parce que je ne m'étais pas méfiée. Au premier étage du musée, deux espaces sont dédiés à Bjök, on commence par faire la queue pour atteindre la première salle, puis une seconde pour la suivante. Dans cette dernière, on peut (re)voir les clips de cette chanteuse islandaise à l'univers sonore et visuel si percutant et envoûtant.

Dans la première salle, nous pénétrons dans un espace qui tient à la fois du studio d'enregistrement par les protubérances qui surgissent des murs et de la grotte sombre. Sur deux écrans de part et d'autre de la pièce, est projeté le clip de la chanson Black Lake, extraite de Vulnicura, dernier album de Björk. Les écrans se répondent, il y a un décalage progressif entre les deux images, les sons passent de l'un à l'autre aussi. Cette chanson relate les différentes phases d'après la rupture de Björk avec l'artiste Matthew Barney, de la douleur intense à la renaissance, un voyage à travers des grottes pour finir par sortir et se métamorphoser. La chanson alterne entre douceur et rythmes intenses. Le clip nous entraîne dans les paysages islandais et oscille entre intériorité et extériorité, intimité intense et expressivité extrême.

Experiment #2

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Björk, Stonemilker, album Vulnicura. Réalisation Andrew Thomas Huang.

Exit donc le reste de l'exposition vu que je n'avais de ticket « time » pour la visiter ce jour-là. Mais, j'ai entendu parler du lancement de l'album Vulnicura de Björk et du clip en réalité virtuelle de la chanson Stonemilker, environnement sonore et vidéo spécialement conçu pour le MoMA PS1 (l'antenne contemporaine du MoMA dans le Queens dont je vous avais parlé là). Le clip est réalisé par Andrew Thomas Huang et est une proposition de tête à tête privilégiée avec Björk : quelques minutes qui semblent longues quand on attend pour mettre le dispositif sur soi mais qui sont tellement courtes une fois qu'on s'immerge dans cet univers sonore et visuel.

Le spectacle commence quand on nous met des lunettes devant les yeux et un casque sur les oreilles, on se retrouve alors propulsés en Islande, en bord de mer, le ciel est gris, nuageux, le sable est noir. Björk fait face, chante devant nous, elle bouge, et pour la suivre, il faut bouger aussi (ce qui peut être comique... être à un endroit mais avoir l'impression d'être ailleurs, bouger dans un espace avec des gens autour de soi en ayant oublié qu'ils étaient là). Elle se dédouble, devient triple : quelle Björk suivre, où donner de la tête ?

C'était le 22 mars à New York et c'était magique. Ce qui était proposé n'était pas un clip comme un autre mais une immersion dans l'univers sonore et visuel de Björk, c'était un voyage dans l'espace et le temps, c'était un moment, un instant trop fugace pendant lequel elle était là, avec moi.

Experiment #3

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Alexander McQueen, Pagan Poetry, robe, 2001 (collection privée). Matthew Barney, Vespertine Music Box, 2001 - Vespertine Live Shoes, 2001 (collection privée). Photo: C.R.

Se passent ensuite deux jours à démonter une exposition, de travail efficace, comment imaginer qu'il me faudrait un jour de moins que ce qui était prévu et d'ainsi aller (enfin) voir l'exposition Björk au MoMA. Arrivée là-bas, il s'est agi d'aller chercher ce fameux sésame qu'est le ticket qui dit à quelle heure on peut aller au second étage de l'exposition. Là, je me suis vue remettre un ipod et l'on m'a expliqué que j'allais suivre une visite de 40 minutes, entre musiques et paroles. Je travaille dans le milieu muséal et je devrais sans doute apprécier les visites guidées et autres accompagnements : ce n'est pas le cas. J'ai un souci avec le temps de visite que l'on m'impose même s'il est vrai qu'il est appréciable d'avoir des informations sur ce que l'on voit. La visite guidée est un travail très exigent et périlleux parce qu'on impose un temps à des gens qui n'ont pas forcément les mêmes envies de temporalité face à une œuvre. Bref, passons, c'est un autre sujet.

Dans le cas de l'exposition Björk, entendre des sons se tient : on est invités à parcourir son travail musical. Mais nous sommes aussi confrontés aux créations plastiques qui entourent son travail qu'il s'agisse de ses clips bien sûr mais aussi de ses tenues, des ses masques, de ses instruments de musique qui sont les différentes composantes d'une artiste à l'univers esthétique riche et complet. Ces objets, ces sons sont présentés par époque, par album.

Au creux de l'oreille, une voix nous conte le récit de ses créations. La musique est elle aussi présente, pourquoi ne pas faire abstraction de cette voix importune pour écouter la musique ? Aux sons de ses morceaux on découvre différentes Björk qui jalonnent une scénographie tortueuse qui rappelle une grotte sombre dans laquelle on ne peut pas être nombreux. On n'est pas chez Madame Tussaud ou au musée Grévin mais ce n'est pas loin, pour montrer les tenues que Björk portait pour tel ou tel événement, c'est un mannequin avec son visage qui les présente : ceci est quelque peu glacial parfois (principalement quand le mannequin sourit – avis personnel).

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Björk, carnet de notes, chanson Declare Independance, album Volta, 2007. Photo: C.R.

Néanmoins, je crois que ce que le commissaire de l'exposition, ainsi que Björk ont essayé de faire est une expérience, un voyage au cœur de l'acte créatif et d'un univers esthétique riche et dense. Le travail de Björk tient de la performance artistique, extrêmement maîtrisé, il est aussi sens et sensations, intimité et expressivité, il est intériorité et communi(cati)on pour faire de cette intériorité quelque chose qui parle à tous et qui soit ressentie par le plus grand nombre comme quelque chose que l'on a aussi vécu ou que l'on pourrait ressentir. Le parcours est guidé, sans doute trop, mais on entre dans un tunnel qui nous présente l'évolution et les différents univers créatifs élaborés par Björk tout au long de sa carrière. C'est un voyage intérieur, une découverte d'un univers particulier dans lequel il faut être prêt à pénétrer pour l'apprécier.

Cécile.

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Björk – MoMA/ New York

Jusqu'au 7 juin 2015.

A écouter... par là:

 

 

 


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