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Héros

Par Rob Gordon
Le pitch de Héros ressemble à celui d'une comédie grinçante à la Mon idole. En fait, rien à voir : il s'agit d'un drame désespéré et torturé qui dynamite les apparences. Michael Youn incarne son propre double, un type qui pète les plombs lorsqu'il réalise qu'il ne sait que faire rire. Ceci n'est que le point de départ d'un film au jusqu'auboutisme louable mais à l'échec artistique cuisant.
Deux influences majeures dans le film de Bruno Merle. À de nombreuses reprises, Scorsese et Fellini sont évoqués, au détour d'un cadrage ou d'une réplique. Mais le plus souvent, Héros ressemble à un clip de trip-hop, avec effets visuels gonflés, image granuleuse et malaise ambiant. Audacieux pour un réalisateur français. Le problème, c'est que l'expérimentation visuelle et sonore devient complètement vaine dès lors qu'elle sert un scénario en forme de fromage suisse, où les trous sont bouchés par de l'onirisme bébête et du glauque tout pourri. Ayant kidnappé Patrick Chesnais au bout de cinq minutes (bonne idée que d'avoir éludé l'enlèvement), Youn passera alors les cent dix (oui, c'est très long) qui restent à se plaindre de sa condition, à crier sa haine du monde, et à câliner le cadavre de son père. C'est tout.
La preuve que Héros n'est pas tout à fait raté, c'est que l'on s'accroche jusqu'au bout devant cet anti-spectacle. "Mais où s'arrêtera-t-il ?", se demande-t-on, parlant à la fois du metteur en scène et du personnage principal. Réponse : dans le mur. Engagé corps et âme dans son projet, Bruno Merle a le mérite d'aller jusqu'au bout de chacune de ses idées, aussi tordues soient elles. Dans un sens, c'est jubilatoire. Dans un autre…
Gardons le meilleur pour la fin, en répondant à la question qui en taraude plus d'un : et Michael Youn, il est comment ? Eh bien, pas trop mal. Il exploite à merveille le côté salement inquiétant qui transparaissait dans ses prestations comiques (dans Incontrôlable, il faisait plus peur qu'autre chose), et si le film possède une vraie personnalité, c'est sans doute grâce à lui. Reste à savoir s'il sera capable de rester crédible dans des rôles moins outranciers que celui-ci…
3/10
(sortie le 20 juin)
(également publié sur Écran Large)

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