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Rencontre avec JP Manova [Intw]

Publié le 12 avril 2015 par Hiphop4ever

JP Bandeau« JP, JP, il est 19H07 (…) », voici comment commence justement 19H07 le (enfin) premier album de Jp Manova. Ce dernier s’est toujours fait discret et rare, et tout le monde le sait – ce qui est rare est précieux. S’il a fallut attendre près de deux décénies pour voir JP se réveiller et se révéler avec ce projet solo – cela valait le coup. Par ailleurs, si JP a finalement décidé de montrer et démontrer son amour du micro et des mots, il n’aime pas trop ni se montrer, ni parler de lui, mais nous fait l’honneur de prendre quelques minutes pour passer sous nos questions. Rencontre avec l’un de ceux – fidèle aux valeurs du Hip Hop de base, de ceux qui font rimer fond et forme, intelligence du cœur et élévation de l’âme. 19H07 est un voyage musical, mais pas seulement …

JP bonjour comment vas-tu ?

Salut Dany, je vais plutôt bien ! En fait je vais comme quelqu’un qui vient de sortir son album depuis 4 jours.

JP MANOVA 19H07
Alors ton (enfin) premier album est enfin disponible qu’est ce que tu éprouve ?

C’est assez mélangé. J’ai plein de nouvelles informations qui m’arrivent. Ce qui est fait n’est plus à faire !… J’éprouve le sentiment du travail accompli et aussi l’envie d’en refaire un autre …

Pourquoi avoir attendu si longtemps pour sortir 19h07 ?

En fait je ne crois pas avoir attendu pour le sortir, ça s’est présenté à moi naturellement. Et les choses se sont même faite plutôt vite à partir du moment ou c’était embrayé. Le clip de longueur d’onde en décembre, Is evrything right en Février, l’album en Avril…

Pourquoi ce titre ? 19h07 c’est l’heure du départ de ton voyage ?

C’est l’heure que j’ai choisi pour arriver, puisqu’il parait qu’il en faut une

Ou nous emmènes-tu ? Au travers de 10 stations ?

JP Stations
Je conçois un album comme les différentes humeurs que l’on peut avoir au cours d’une même journée. On n’est pas forcément dans le même mood au réveil, à midi ou à 15h00…Disons pour reprendre ta formule que c’est un voyage à travers différentes humeurs.

Rentrons dans l’album en tant que tel: pourquoi tout d’abord ne livrer que 10 morceaux ?

Ben si tu regardes bien, tu verras que je n’ai qu’un feat.(Rocé) et que j’ai également fait toutes les prod. Je demande donc que chaque morceau compte double. Il y en a 20 !! (rires)

Pourrai tu définir ce projet en 10 mots justement.

Wow ! Ok ! Recherche, Liberté, Doutes, Liberté,Travail, Liberté, Souffrance, Liberté, Dépassement, Liberté.

Nous avons pu écouter le tout et nous comprenons que tu as voulu proposer une palette de couleurs et de saveurs larges et varies : y a t’il une couleur dominante ?

Ça je ne saurai pas le dire, c’est même plutôt à toi de me le dire. En lisant d’ailleurs certains  articles sur 19H07, j’apprends beaucoup de choses sur la manière dont l’album est perçu, certaines que je n’avais pas envisagé avec lesquelles, je tombe d’accord !

Je te propose de revenir ensemble sur une bonne partie des morceaux qui composent l’album. Ok

Longueur d’onde : premier morceau que tu as mis en avant : « yo yo t’as compris ou pas… Vivons nous au cœur du même monde… Est on sur la même longueur d’onde ? » Dans ce texte tu te positionne comme un homme qui propose un courant alternatif – différent et propre a toi, avec ta culture ton recul, ta musique pour te distraire et distraire les autres – terre a terre, sans chichi, sans mensonge – suis je sur la bonne longueur d’onde ?

C’est exactement ça Dany. Tu vois juste en disant que je propose. J’élargis la palette de choix par rapport à ce qui est déjà proposé. Sans me prendre pour Zorro bien entendu ! (rires)
La spirale : relai entre les générations – les relations familiales – les étapes de la vie – sortir de la spirale – engrenage / héritage / classes – l’histoire se répète – ou plutôt elle bégaie – parle nous de cette collaboration réussie avec un autre Mc qui te connait bien Rocé ? Un frère de son mais encore ?

C’est un morceau qu’on avait écrit depuis longtemps et qui devait au départ sortir sur l’album de Rocé « Identité en crescendo » en 2006 je crois … Je ne sais plus pourquoi ça ne s’était pas fait. Donc tu vois que ça date ! Je suis retombé dessus dans mon disque dur pendant que je produisais 19h07. Pour moi c’était important que Rocé soit sur mon premier projet. Ça avais du sens. J’ai retravaillé une nouvelle prod mais le texte est à peu près le même qu’à l’époque.

JP 5
Pas de bol : tu parles beaucoup de toi: de ta situation enfant /jeune adulte – et de tes premiers boulots pour aider ta mère, du fait que tu n’as pas pu pousser tes études – que tu as pris beaucoup de boulots alimentaires et que le rap n’est pas ton métier – et que finalement tu t’es laissé le temps de venir au rap alors qu’à l’inverse certains rappeurs sont retournés chez leur mère – mais encore ?

Ben Dany, si tu résumes tout aussi bien à chaque fois, je n’ai plus rien à dire ! (rires). C’est un morceau que j’ai également écrit il y a longtemps qui ne prend pas une ride. Disons qu’à une époque, après avoir fait les « liaisons dangereuses », j’ai eu des propositions et j’ai fait des choix ! Je n’ai pas pris le chemin le plus court, mais j’ai pris celui qui me paraissait craindre le moins !

Is Everything right : une prise de conscience et le décalage entre mythe et réalité – l’image que La France, Paris et son industrie, sa culture, l’économie – que les étrangers peuvent avoir du pays: ou tout le monde pense que tout est cool alors que…

C’est un peu comme dans les grands restaurants : tu rentres, tu vois le personnel bien sapé ,la déco, les tableaux, les dorures, l’argenterie, la petite musique douce…et si t’attend la fermeture vers 1h00 du mat, tu vois des têtes cramées de toutes les origines sortir du sous sol et des cuisines. J’aime bien aller voir ce qui se passe dans l’antichambre.

Sankara : un billet d’amour pour l’Afrique : sur sa souffrance – sur les clichés – un regard embarrassé de certains – sur les petites chefs africains – l’avenir de L’Afrique et son exploitation – un billet pour Sankara – le morceau le plus engage de l’album ? Un message adressé à qui ?

Sankara est un personnage avec une dimension réellement universelle. Il ne focalise pas sur tel ou tel aspect de l’histoire. Il propose un regard réaliste, en rapport avec l’époque. D’ailleurs la première phrase que j’ai extrait de lui dans le morceau, témoigne bien de sa dimension. On est ni dans le misérabilisme, ni dans la démagogie. Ça s’adresse à toute personne qui essaye de ne pas suivre les idées toutes faites, quelque soit le sujet.

Skinhead aux cheveux longs : un morceau qui surprend par le fait que tu y chantes: seul morceau ou tu fais cela – aimes-tu chanter ? Pourquoi ne le faire qu’ici ? Sur le thème nous aurons bien compris que tu parles de la peur de certains ayant peur de la différence mais surtout que depuis quelques années les racistes ne sont plus rares mais nombreux et cachés parmi nous – mais n’ayant plus peur de voter FN – comment pourrait on inverser et/ou lutter contre cela ?

Je dois rendre hommage à mon pote Supa Lex qui chante le refrain. Je chantonne un tant soit peu sur plusieurs refrains de l’album dont « pas de bol » « tous les 25 ans », »Longueur d’onde ». Pour répondre à ta question, c’est un morceau écrit sur l’incapacité à identifier l’ennemie qui ne se déclare pas comme tel. A la rigueur , le Fn a une politique et une idéologie assez claire pour la voir venir, il a au moins la franchise d’être identifiable. On voit depuis pas mal de temps des gens se déclarant ouvertement de gauche tenir des propos racistes ou discriminants. Sans parler de certains ministres de l’intérieur de droite comme de gauche, qui ont été parfois aussi loin que le FN quitte à se voir proposer ironiquement  une carte d’adhérent.

JP
Capoeira Verbale: « mon rap fait de la capoeira verbale » – tu prends beaucoup de recul sur le rap actuel – le critique un peu en proposant un rap plus guerrier, ton rap se déploie sur des pas de Capoeira – est-ce dur à danser ?

Au Brésil, la Capoeira est présentée au départ comme une danse par les esclaves qui n’avaient pas les droits de se battre ou de pratiquer leurs arts de lutte africaine. J’aimais bien l’idée de transposer ça au fait d’écrire…

A quel point penses-tu être libre ? Tu doutes de la/ta réponse et l’explique avec des thèmes qui font la synthèse et en font aussi le point final de tout ton album – entre matière grise, musique, combative, énergie, lutte contre « wack Mc’s » et une petite dose nécessaire d’égotrip – le tout avec force et variance – avec des variations sur l’instrumentale tantôt douce tantôt speed – comment est né ce morceau ? Pourquoi ces évolutions de rythmes ?

Une amie à moi a trouvé une formule que j’aime bien . Elle m’a dit que les changements de rythmes, les accélérations et les coupures lui évoquait ce qui se passe un dans un esprit en pleine réflexion, au moment d’une prise de décision. J’aime bien l’idée que chacun s’approprie ce morceau comme il le souhaite.

JP MANOVA 19H07
On sent chez toi un amour des mots, du fond et de la forme – comment se passe ton travail d’écriture ?

De manière assez intuitive, ça peut me prendre n’importe où. Je note régulièrement des idées qui me viennent suite des choses que je vis. Je synthétise tout ça chez moi un peu plus tard.

Est-ce difficile pour toi d’accoucher d’un texte et quand est il terminé ?

Non, paradoxalement par rapport au temps que j’ai pris pour faire ce premier album, j’écris plutôt vite.

De la même manière tu es aussi ingénieur (du) son mais aussi beatmaker et producteur: tu as réalisé toutes les instrumentales de cet album – pourquoi ? Parce que c’est ton premier projet et que tu voulais une cohérence, une ligne directrice propre ou ne pas être déçu des autres ?

Ça n’a pas vraiment fait l’objet d’une réflexion, les choses se sont faites un peu logiquement. Je n’ai jamais demandé d’intrus à aucun beat maker pour le moment. J’ai d’ailleurs aussi mixé l’album tout seul, ce qui parait plus rare.En fait, j’étais sûr d’avoir la couleur que je souhaitai. De plus, étant auto producteur de 19H07, c’était beaucoup plus économique !! (Rires)

Ecoutes-tu un peu de rap Français ?

Oui et je trouve que le rap français se porte plutôt bien ces jours. Et ça ne vient pas que de Paris.

Que signifie pour toi Hiphop4ever ?

Plusieurs choses positives. J’ai entendu plusieurs fois, a plusieurs époques, que le rap allait disparaitre, que plus personne n’allais en signer en label , que c’était bientôt mort !…C’est une musique qu’a défaut de pouvoir totalement la récupérer, certain auraient vouloir voir

Le livre qui t’as éveillé ?

Le philosophe Alain. Propos sur le bonheur.

JP Stations

Quelle est la suite: tu es en répétition avec Dj Emii pour préparer des scènes – une tournée arrive ?

Oui , on a pas mal de dates qui arrivent et on a vraiment envie de proposer une formule innovante en terme de scène, on a conscience d’en être encore au début mais Dj Emii est vraiment très talentueuse. Elle a des domaines de compétences artistiques très larges et ça permet beaucoup de possibilités. On y travaille.

Et aura t’on la chance de voir sortir d’autres albums du rappeur le plus secret des rappeurs français ? Certains m’ayant avoué que la palette de couleurs n’étaient pas encore totalement utilisée …

C’est marrant que tu dises ça !! je viens à peine de sortir un album, que je parle déjà à Elvin Pagiras (Ndlr :patron de Modulor distribution) de sortir le prochain.

Le mot de la fin?

MERCI

Bonus (issu du dernier album de Rocé – Actuel)

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