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Les fausses innocences

Publié le 13 avril 2015 par Adtraviata

Quatrième de couverture :

Lorsque Mathilda Stembert vient déclarer la mort de son mari, décédé accidentellement à l’étranger, le bourgmestre du village, Roger Müller, sait qu’elle ment. La veille, il a convaincu le docteur Stembert de ne pas quitter sa femme pour sa maîtresse allemande. Mais Roger Müller aime Mathilda depuis l’adolescence. Fera-t-il son devoir de premier magistrat de la commune ou acceptera-t-il les dires de la femme qu’il aime ? Orfèvre des mots et des sentiments, Armel Job nous offre un roman digne des meilleurs films noirs.

Né en 1948 à Heyd (Belgique) et licencié agrégé en philologie classique‚ Armel Job a enseigné pendant 23 ans dans un collège de l’Ardenne belge avant de se consacrer à la littérature. Devenu directeur de l’institut où il enseignait‚ il publie ses premiers romans en 1993. En dix ans‚ il reçoit neuf prix littéraires‚ notamment le Prix Rossel des Jeunes et le Prix des Lycéens en 2003 pour «Helena Vannek» et le Prix du Jury Giono en 2005 pour « Les fausses innocences ».

Ouvrir un roman d’Armel Job, c’est savoir à coup sûr que l’on va être transporté dans une fiction bien ancrée dans un terroir, dans un lieu marqué d’Histoire, lié à des rites, des traditions, des relations bien précises. C’est être sûr aussi que l’on va être saisi par une intrigue bien menée, avec des personnages attachants. Je n’ai pas encore lu beaucoup de romans d’Armel Job mais je savais que je trouverais dans Les fausses innocences sa marque de fabrique et je n’ai pas été déçue.

Ici, nous sommes dans les Cantons de l’Est de la Belgique, une communauté germanophone dont l’histoire a été jalonnée par le rattachement à l’un ou l’autre pays : de l’Autriche à la France puis à la Prusse entre le 18e et le 19e siècle, rattachés à la Belgique en 1919, soumis à la loi du Reich en 1940 et revenus à la Belgique en 1944, ils ont encore eu à subir la terrible bataille des Ardennes durant l’hiver 1944-1945. Les personnages de cette histoire ont des origines diverses, Wallons, Allemands, ils se sont mêlés plus ou moins harmonieusement et surtout, ils ont vécu la guerre de 40-45, ce qui va influencer fortement leurs réactions.

On est sans doute dans les années 1950-1960, l’Allemagne toute proche est divisée entre Est et Ouest, pour s’y rendre il faut passer la frontière, chose que l’on peut faire clandestinement en passant par les bois, comme Roger Müller quand il va à l’auberge de Frau Trost tous les samedis soirs, ou comme Joseph le jeune braconnier. C’est lors d’une de ces soirées que Müller tombe sur le docteur Stembert, sur le point de quitter sa femme, la belle Mathilda. La tempête qui souffle ce soir-là va bouleverser l’équilibre délicat qui régit les relations entre le bourgmestre et le médecin, Roger et Mathilda, Roger et sa mère, veuve au caractère difficile avec qui il vit depuis toujours. Niederfeld est un petit village, le secrétaire communal exerce le pouvoir réel en faisant semblant d’aider le premier magistrat, tout le monde est au courant de tout ou presque, on s’observe, on s’épie… Seule Mathilda, la troublante Mathilda réussit à préserver son mystère, Roger est même prêt à tout pour l’aider.

Mais les choses ne sont pas si simples, si évidentes qu’on le croit : au cours d’un récit tendu, à deux voix, Armel Job révèle les secrets enfouis, les destins si contrastés des uns et des autres, l’emprise qu’exercent certain(e)s. Les rebondissements font remonter à la surface les vieilles haines, les douleurs et les divisions de la guerre. Une histoire d’amour aussi… Impossible de lâcher ce roman dont les personnages, comme ceux de Dans la gueule de la bête, ne sont ni tout noirs ni tout blancs. Les sentiments, les attachements successifs du lecteur sont mis à mal par l’auteur. Des pointes d’humour éclairent la noirceur du livre, démontrant si besoin en était la finesse psychologique et l’élégance de la plume d’Armel Job.

Ce roman a été adapté en téléfilm pour la RTBF, ce qui n’est pas étonnant car on perçoit toute la richesse des atmosphères et le mystère des personnages, qui se traduisent sans peine en images.

« Le texte (…) était de Grégoire. Il a gardé du Séminaire la marotte du latin et ne rate jamais l’occasion de nous en mettre plein la vue. Il fait partie du BROL (Belgarum Redemptio Optione Latinitatis, Le salut de la Belgique par l’adoption du latin), un groupuscule qui a trouvé la solution miracle à la question linguistique. » (p. 86-87) (Cette citation… elle m’a bien fait rire, le BROL, il fallait l’inventer.)

« Amateur. C’était la deuxième fois en deux jours que quelqu’un me traitait d’amateur. J’aurais donné cher pour être un fonceur, un imbécile heureux. J’ai toujours chipoté sur tout. Jamais d’un côté ou de l’autre. Jamais à fond. A moitié, à califourchon entre l’Allemagne et la Belgique, l’honneur et la honte, l’amour et la haine. Sur la frontière.

Ce soir-là, j’ai beaucoup bu, tout seul, adossé au juke-box. C’est ce que j’appelle méditer. » (p. 94)

Armel JOB, Les fausses innocences, Robert Laffont, 2005 et Mijade, 2012

Cette fois, entre ce roman (sorti de ma PAL) et le roman jeunesse de demain, je navigue entre l’Est et l’Ouest.

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