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Paula Hawkins : La fille du train

Par Stephanie Tranchant @plaisir_de_lire

La fille du train de Paula Hawkins  4,5/5 (09-04-2015)

La fille du train (528 pages) sort le 7 mai 2015 aux Editions Sonatine (Traduction : Corinne Daniellot).

 

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L’histoire (éditeur) :

Depuis la banlieue où elle habite, Rachel prend le train deux fois par jour pour aller à Londres. Le 8 h 04 le matin, le 17 h 56 l’après-midi. Chaque jour elle est assise à la même place et chaque jour elle observe, lors d’un arrêt, une jolie maison en contrebas de la voie ferrée. Cette maison, elle la connaît par cœur, elle a même donné un nom à ses occupants qu’elle voit derrière la vitre. Pour elle, ils sont Jason et Jess. Un couple qu’elle imagine parfait, heureux, comme Rachel a pu l’être par le passé avec son mari, avant qu’il ne la trompe, avant qu’il ne la quitte. Rien d’exceptionnel, non, juste un couple qui s’aime. Jusqu’à ce matin où Rachel voit un autre homme que Jason à la fenêtre. Que se passe-t-il ? Jess tromperait-elle son mari ? Rachel, bouleversée de voir ainsi son couple modèle risquer de se désintégrer comme le sien, décide d’en savoir plus sur Jess et Jason. Quelques jours plus tard, c’est avec stupeur qu’elle découvre la photo de Jess à la une des journaux. La jeune femme, de son vrai nom Megan Hipwell, a mystérieusement disparu…

Mon avis :

La fille du train, voilà un livre qui va faire parler de lui !

Traduit en 26 langues, numéro  1 des ventes dans trois pays (Etats Unis, Angleterre et Canada), droits d’adaptation cinématographique acquis par Steven Spielberg pour Dreamworks et acclamé par la presse étrangère, ce thriller  n’est même pas encore arrivé en France qu’il est déjà présent dans de nombreuses wish-list, attendu avec impatience par de nombreux lecteurs.

Malheureusement, il y a parfois beaucoup de bruit pour pas grand-chose, voire même pour rien, alors est-ce que ce livre mérite toute cette publicité ? Et bien,  je pense que oui. S’appuyant sur l’instabilité de ses personnages et sur la pertinence de son scénario (à la manière de Fenêtre sur cour d’Alfred Hitchcock)  il crée une accroche qui fonctionne bien et entraine avec aisance le lecteur dans toutes les interrogations  que soulève l’enquête, pour ne plus le lâcher.

La quatrième de couverture nous dit tout ce que nous avons besoin de savoir. Rachel nous raconte son quotidien pas franchement rose dans lequel est venu se greffer un couple qu’elle ne connait absolument pas mais qu’elle croise tous les jours en passant devant chez eux, via son trajet en train pour aller et rentrer du travail. Finalement, elle connaît Jess et Jason presque par cœur et  s‘est attaché à eux (brodant sur ce qu’elle ne voit pas jusqu’à s’imaginer le couple parfait). Alors lorsque le vendredi matin elle voit Jess embrasser un autre homme et que le lendemain cette dernière disparaît, c’est un véritable drame (et peut être aussi une bonne raison de sortir de son quotidien…).

« Ma mère répétait à l’envi que j’avais une imagination débordante. Tom aussi me le disait. Je ne peux pas m’en empêcher : dès que j’aperçois des haillons abandonnés, un T-shirt sale ou une chaussure isolée, je pense à l’autre chaussure et aux pieds qu’elles enveloppaient. » Page 13

« La tête appuyée contre la vitre du train, je regarde défiler ces maisons, comme un travelling au cinéma. J’ai une perspective unique sur elles ; même leurs habitants ne doivent jamais les voir sous cet angle. Deux fois par jour, je bénéficie d’une fenêtre sur d’autres vies, l’espace d’un instant. il y a quelque chose de réconfortant à observer des inconnus à l’abri de chez eux. » Page 14

Grace à l’utilisation du présent, (bien qu’impliquant deux époques différentes) et l’enchaînement des dates (avec une présentation à la manière de trois journaux intimes), la lecture est vraiment trépidante. Les personnages se croisent sans cesse (mêlant leur histoire à l’intrigue principale de disparition),  les jours passent et les pages se tournent à toute vitesse.

Difficile de dire que les personnages sont attachants car c’est davantage la pitié qui prend dessus dans la lecture. Le rapport avec Rachel est fortement marqué par la compassion autant que par le l’écœurement. Alcoolique, incapable de dominer ses envise d’alcool dès le matin, elle perd pieds peu à peu, sa vie personnelle (autant que professionnelle) finit par être totalement anéanties, accumulant de bourdes monumentales. Narratrice peu fiable, chaque nouvelle journée passée augmente le sentiment de malaise vis-à-vis d’elle et elle devient une véritable anti-héroïne.

Deux autres narratrices nous permettent de mieux appréhender les faits : Anna qui ne s’implique qu’à la page 135 et Megan qui débute sa narration un peu plus d’un an avant sa disparition, examinant les hauts et les bas de son mariage avec Scott,  pour arriver à nous rendre compte de ce terrible jour.  Je ne tiens pas à vous en dire plus à son sujet, ni même sur la vie de Rachel et son rapport avec les autres personnages car tout a son importance et tout se construit petit à petit au fil des récits, inutile de vous gâcher le plaisir. J’ai retrouvé dans ce scénario troublant, l’incertitude et la complexité des personnages que j’avais aimés dans Avant d’aller Dormir (de S.J. Watson) et du roman de Gillian Flynn : Les apparences.

Paula Hawkins réussit à construire une histoire complexe comme je les aime. Partant d’un point de départ plutôt banal (la disparition de femme mariée dans une gentille banlieue londonienne), elle apporte de multiples ramifications qui enrichissent l’histoire et pousse à la lecture. Impossible de m’arrêter, j’ai été captivée par le rapport entre les personnages qui varient de la colère et passion. Vous dire que le dénouement est un totale surprise serait exagéré, car à mesure que l’on progresse on finit par cerner certains des protagonistes, se faire une idée d’eux et envisager un ou une coupable. Néanmoins, du début à la fin, les rebondissements sont bien présents et l’incertitude reste de mise.

Infidélité, voyeurisme, confiance, manipulation, et attitudes obsessionnelles sont les thèmes de ce livre à l’écriture énergique et la mise en place intelligente. On entre très vite dedans et grâce à ces visions subjectives (et parfois trompeuses) des faits que nous offrent des narratrices ambivalentes, La fille du train nous laisse constamment dans le doutes et finit même par nous faire  gagner quelques suées.  Voilà donc un thriller psychologique maitrisé, un premier roman qui place Paula Hawkins à côté des grands auteurs du genre. Espérons que ses prochains romans seront tout aussi bons !


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