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drôle de mort

Publié le 14 avril 2015 par Dubruel

~~ d'après SAINT-ANTOINE de Maupassant

À Tourville, on l'appelait Saint-Antoine Parce qu'il se nommait Antoine. C'était un paysan de quarante ans Joyeux farceur, Vigoureux, bon vivant, Insatiable buveur Et soigneux de ses intérêts. Il était connu dans toute la contrée.

Le 8 janvier, arrivait au village Un détachement de Prussiens.

Antoine soupait avec sa fille, Quand entra le maire, Paul Durand, Suivi d'un soldat allemand :

-" J' suis chargé de loger des Prussiens.. En v'là un qu' tu dois héberger. Et surtout, pas d' blague. Tiens-toi bien. Sinon, i' vont t' fusiller. "

Le soldat était un gros garçon, Aux yeux bleus, au poil blond Qui semblait idiot mais bon gars. -" Tiens, avale ça, Sale chien ! " -" Ya ", répondit le prussien Qui se mit à manger goulûment. Saint-Antoine le resservit copieusement * Maître est la désignation habituelle en Normandie pour nommer un fermier-propriétaire. -" Allons, fous-toi ça dans l'estomac ! T'engraisseras ! " Puis Antoine trinqua avec le prussien. -" Chez toi, t' en bois pas du comme ça, hein ?"

Antoine ne sortait plus sans son prussien. Il le présentait à tous ses voisins : -" R'gardez-moi s'il engraisse, c't animal-là ! Cré coquin, va ! " Tous les jours, Antoine s'enhardissait. Il lui pinçait les cuisses et disait : -" Rien qu' du gras ! " Il lui tapait sur les fesses en hurlant : -" D' la couenne, tout ça ! Hein, sacripant ? " Il l'enlevait dans ses bras de colosse : -" I' pèse plus d' cent kilos, c'te rosse ! "

Ils devinrent copains malgré tout. Le prussien accompagnait Antoine partout. Un soir, Antoine acheta du fumier À la ferme du Marais En vue des travaux printaniers. Aidé par son Prussien, Il chargea le tombereau d'engrais. Sur le chemin De retour, Antoine s'amusa à bousculer Et pousser dans le fossé Son sale chien. Au début, le soldat jurait en allemand Ce qui faisait rire le paysan. Mais à mi-parcours, Il se fâcha et dégaina. Alors Antoine, apeuré, L'a violemment frappé Puis l'assomma.

Que faire maintenant ? Il sera fusillé par les allemands ! Comment cacher le corps ? Il tira le soldat par les pieds, Le saisit à bras le corps Et le hissa sur le tombereau de fumier. Arrivé chez lui, Antoine le fit basculer Dans la fosse d'engrais, D'abord le prussien, ensuite le fumier.

Vers minuit, le chien d'Antoine aboya. Le fermier se leva et vit le soldat Assis sur le tas de fumier. -" Ah ! T'es pas mort ! Tu vas me dénoncer alors. " Il prit une fourche et lui planta Les pointes d'acier Dans l'estomac. Puis il balança le corps dans la tranchée Et, pour le cacher, le recouvrit de fumier.

Le lendemain, Antoine alla trouver l'officier Prussien Qui commandait le détachement Pour connaître, disait-il, la raison De l'absence de 'son' soldat Allemand : -" S'rait-t-i pas aller courir le cotillon ? À l'auberge de la ville, La servante était jolie fille. "

L'hôtelier fut fusillé. Saint-Antoine était sauvé !


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