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Aung San Suu Kyi prête à appeler au boycott général des élections de 2015 si le gouvernement lui interdit de devenir Présidente.

Publié le 15 avril 2015 par Pierremartial
Aung San Suu Kyi prête à appeler au boycott général des élections de 2015 si le gouvernement lui interdit de devenir Présidente.  Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée! Démocratie or not démocratie en Birmanie?

Aung San Suu Kyi est calme et souriante comme toujours. Plusieurs dizaines de journalistes l'entourent, carnet ou micro en main, dans cette petite salle de l'Assemblée nationale birmane, à Naypyidaw où elle a accepté de faire le point sur la situation du pays et répondre à leurs questions. Toutes leurs questions.

Elle est aimable, apparemment paisible, mais qui la connait bien décèle colère et détermination derrière son apparence tranquille.

Colère contre un gouvernement, issu de l'ex-junte birmane, qui, après avoir démarré les réformes démocratiques sur les chapeaux de roues, a ralenti peu à peu le mouvement jusqu'à quasiment le stopper.

Détermination de la “Dame de Rangoun” également “à finir le job” et, après 40 ans ans de lutte, parvenir à la pacification, la réconciliation nationale et la démocratisation totale de son pays.
Le coup de mou de Mister Président Thein Sein Aung San Suu Kyi prête à appeler au boycott général des élections de 2015 si le gouvernement lui interdit de devenir Présidente.  “Les réformes sont au point mort et le progrès démocratique est en panne en Birmanie!“ avait déjà lancé Aung San Suu Kyi en novembre dernier à l'occasion du sommet de l'ASEAN. (1)

Elle n'a pas changé d'avis. Bien au contraire. Elle le redit et réexplique à quel point le gouvernement traine les pieds, joue la montre et bloque le processus démocratique.

Le meilleur exemple? Son refus récurrent d'amender la Constitution. Une Constitution écrite par l'ex-junte tout spécialement contre elle, et qui continue d'avoir toutes les graces du gouvernement issu de celle-ci. En effet, un article lui interdit de devenir la prochaine Présidente de la Birmanie alors même que la très grande majorité des Birmanes et des Birmans la veulent au sommet de l'état et que son parti, la NLD, est donné très largement gagnant aux élections d'octobre-novembre 2015.

Pourtant, dans une première phase, le Président Thein Sein, fort courtois et très “civil” - tout en ayant été le n° 3 de l'ex-junte tout de même! - avait multiplié ronds de jambes et sourire rassurant, le temps d'ouvrir grandes les portes de la Birmanie aux investissements des multinationales occidentales dont les émissaires piétinaient à la porte depuis quelques années, les valises pleines de billets et les yeux emplis de convoitise devant ce nouvel eldorado asiatique où tout restait à prendre!

Puis il a eu un coup de mou, Mister Président Thein Sein. Une sorte de passage à vide. Il ne faut jamais confondre vitesse et précipitation, a-t-il sûrement pensé! Et qui va piano va sano!

Le sentiment d'Aung San Suu Kyi sur lui? Elle pense qu'au début, il était sincère sur les réformes à engager, mais qu'aujourd'hui, il ne l'est plus. “Sinon, nous serions beaucoup plus avancés“ lâche-t-elle.

Sur quels points? Pratiquement tous. Entre autres, sur le plus sensible, celui du changement de la Constitution que l'armée refuse toujours. Ou, du moins, une fraction de celle-ci, les “faucons” qui tiennent encore au creux de leurs mains les 25% de militaires qui suffisent à mettre leur véto à l'Assemblée.


Mandela, Gandhi et Martin Luther King en embuscade Aung San Suu Kyi prête à appeler au boycott général des élections de 2015 si le gouvernement lui interdit de devenir Présidente.  Pour autant, Aung San Suu Kyi, toujours fidèle à son éthique de non-violence et de progression pas à pas, garde toujours bon espoir de convaincre une partie des militaires de la rejoindre et de soutenir loyalement la démocratie voulue par le peuple.

Est-ce possible? Aung San Suu Kyi le croit. Plus que le croire, elle l'estime nécessaire. “Nous avons toujours su qu'ils n'abandonneraient pas facilement leurs privilèges“, dit-­elle “mais nous devons tous, de part et d'autres, comprendre que, si nous voulons continuer à avancer sans dresser inexorablement une partie du pays contre l'autre, la réconciliation nationale est nécessaire“.
Là encore, là toujours, on retrouve l'adepte de Nelson Mandela (2), de Gandhi (3) et de Martin Luther King.

Réconciliation de tous? demandent, sceptiques, quelques journalistes occidentaux. Les 7 états, les 135 ethnies et autres communautés de tous le pays, tels les Rohyngias (4) par exemple et les nombreux groupes armés, défenseurs de leur communauté ou de leurs propres intérêts?

“Bien entendu! Tous sans exception, martèle Aung San Suu Kyi. Nous devons bâtir l'état de droit qui nous manque, dans le respect de toutes et tous en condamnant toutes formes de violences d'où qu'elles viennent!. Je n'ai de cesse de le dire et de le répéter mais il semblerait que, parfois, mes propos sur certains sujets ne soient pas repris ou soient déformés, ce qui est regrettable“ (5)


Prêts à l'organisation du boycott des élections à travers tout le pays Aung San Suu Kyi prête à appeler au boycott général des élections de 2015 si le gouvernement lui interdit de devenir Présidente.  Pouvez-vous toujours compter sur le soutien important des Etats-Unis et de l'Occident dans cette épreuve, Mme Aung San Suu Kyi? Un responsable américain n'a-t-il pas déclaré à l'agence Reuters, en novembre dernier, avant la visite de Barak Obama en Birmanie, que Washington avait décidé de ne pas faire pression pour le changement de la Constitution car les Etats-Unis avaient maintenant de bons rapports et de solides relais économiques avec le gouvernement actuel? Qu'en pensez-vous?

Un temps de silence.

“Peut-être les Etats-Unis et l'Occident sont-ils un peu trop optimistes sur le processus démocratique en Birmanie...” Sourire. “Mais, rassurez-vous, J'ai toujours - et le peuple birman avec moi - de très fidèles amis et soutiens en Occident.“

Dernière question: Et les élections, Mme Aung San Suu Kyi? Elles sont prévues pour fin octobre, début novembre. C'est court! Pensez-vous que le changement de la Constitution soit encore faisable? Et qu'il vous sera possible d'être candidate comme Présidente de la Birmanie?

“ Des discussions se poursuivent inlassablement et des réunions ont lieu chaque semaine à ce sujet. On ne sait jamais ce qui va arriver. Un grand changement peut se produire en 24 heures!“

Et si ce n'est pas le cas?

“Nous en avons discuté au sein de la Ligue Nationale pour la Démocratie. Je n'exclue rien. Y compris l'organisation du boycott des élections à travers tout le pays!“

Ce qui équivaudrait, il faut bien le reconnaitre, à un tsunami politique en Birmanie où l'on ne sait pas comment le peuple birman pourrait réagir à la mise à l'écart intolérable, anti démocratique et injuste au plus au point de sa leader historique dont il attend depuis si longtemps, avec tant de ferveur (6) et après tant de souffrance qu'elle devienne la première démocrate - et la première femme! - à diriger la Birmanie!

Pierre MARTIAL
Ecrivain-journaliste


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Aung San Suu Kyi, site français d'information et de soutien à Aung San Suu Kyi et à la Birmanie / Myanmar

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