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My Tailor is rich

Publié le 16 avril 2015 par Pomdepin @pom2pin

L’enseignement des langues est aussi problématique ici qu’en France. Quand L’Ado a passé le A level de français (niveau bac),  il a ramené des annales d’exam pour s’entraîner, et on a bien ri. Je ne parle pas des fautes de grammaire, mais il y avait carrément des questions qui ne faisaient pas de sens. Sans compter les cours de français de GeekAdo au collège, je dois corriger régulièrement la liste hebdomadaire de vocabulaire à apprendre. Il parait aussi que le prof a un accent à mourir de rire…quand on sait que le français est la première langue étrangère  apprise par les écoliers anglais, je n’imagine même pas pour les autres! 

 

My Tailor is rich

La BBC explique  ici que les profs de langues se sont enfin rendus compte à quel point l’enseignement était mal fait. Je ne parle pas du primaire, non pas parce que j’y enseigne, mais parce qu’il n’y a pas de programme ou de manuel obligatoire, on fait ce qu’on veut, alors que dans le secondaire, les profs n’ont pas le choix. Ils sont obligés de se coltiner des programmes qui ont visiblement été conçus dans les années 50 par des octogénaires qui avaient posé un orteil timide, pendant trois minutes sur les plages françaises, vers 1920 ou qui avaient croisé un jour  un français à l’arrêt de bus, et lui avaient dit bonjour. Bref, de grands linguistes totalement au fait des évolutions de la langue française et forts d’une expérience immense. D’après la BBC, les collégiens anglais n’apprennent pas que leur tailleur est riche, mais une locution impayable, qu’ils pourront recaser sans problème:  » la plume de ma tante ». Ah. C’est sûr, on l’utilise couramment en France. Il y a aussi le célèbre : »comme ci comme ça ».  Vous ne saviez pas? Quand on vous demande « comment ça va? » vous répondez systématiquement ça…sinon, c’est que vous ne parlez pas vraiment français, et toc! 

Je me suis plongée dans le livre de français de GeekAdo. Il est en avance par rapport à ses camarades anglais et fait le programme qui correspondrait à la troisième en France (juste en français bien sûr!). J’ai appris des tas de choses. On ne dit pas : « je pense que », mais  » je dirais que je pense que », par exemple : je dirais que je pense que c’est débile de parler comme ça . Il y a des chapitres fascinants: la météo (visiblement le temps est mitigé en continu), la famille (qui est recomposée, mais de manière rigolote. Marc est le demi-frère de la tante de la cousine de son beau-père, ces français alors, quels petits coquins!), les sorties (au stade, au cinema, au musée…pardon, à l’unique musée français, le Louvre), la maison et pour faire jeune: le boulot. Comme dirait L’Ado, pourquoi pas le taf, tant qu’on y est? 

Il y a aussi une partie découverte de la culture française. Les français sont obsédés par la nourriture, c’est bien connu. En France, on mange de la  choucroute, de la bouillabaisse, des crêpes et on boit du champagne à tous les repas. Pour digérer, on chante La marseillaise. Il y a d’ailleurs les paroles dans le livre, mais revisitées, probablement pour ne pas choquer les petits ados sensibles: des soldats viennent jusque dans vos bras, égorger vos enfants…on ne sait pas à qui on s’adresse exactement avec ce « vous », mais on sent de suite que ça ne nous concerne pas, c’est rassurant. Les collégiens anglais en apprennent plus sur les grands hommes et femmes  français : Marie Curie, Jeanne d’arc et Juliette Binoche d’un côté et Zidane, Depardieu et De Gaulle l’autre. Je verrais bien un petit film éducatif , avec Juliette Binoche jouant Jeanne d’arc qui mange une choucroute avec De Gaulle (interprété par Depardieu) pendant la coupe du Monde foot en 98, alors que Marie Curie boit du champagne dans les buts. Je suis sûre que ça aiderait les élèves à apprendre les verbes irréguliers. 

Bref, « je dirais que je pense que  » c’est une bonne chose de réformer l’enseignement du français. En même temps, ce n’est pas vraiment gagné…dans un effort de modernisation et pour s’adapter aux préoccupations des ados, les  profs veulent remplacer  » je mange un pamplemousse tous les matins »  par « à mon avis un tatouage discret est une expression de ta personnalité » . C’est d’une logique implacable. En plus, c’est facile à replacer,  aucun problème pour trouver un stage en France quand on sait parler des tatouages! Mais je veux bien aider, dans le même ordre d’idée utilitaire, pour quoi ne pas remplacer  » j’aime les frites » par « l’éléphant vert est hélitreuillé »? 


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