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souvenirs, souvenirs...

Publié le 20 avril 2015 par Dubruel

~~d'après VIEUX OBJETS de Maupassant

Ma chère Marie,

Nous avions lu Ce vers de Sainte-Beuve, t'en souviens-tu ? Non ? Alors, le voici : Naître, vivre et mourir dans la même maison ! J'y suis toute seule, dans la maison Où je suis née, où j'ai vécu Et où j'espère mourir. Je suis entourée de vieux souvenirs Et ne lis plus. Mais les objets familiers Me parlent des miens, Des morts et des vivants éloignés. Je suis vieille et je rêve sans fin.

Tu te rappelles les folles imaginations, Et les aventures que nous combinions Dans nos cervelles, autrefois ? Par ailleurs, sais-tu pourquoi Nous sommes malheureuses si souvent ? La raison en est qu'on nous apprend À trop croire au bonheur. Nous ne sommes pas élevées Avec l'idée de souffrir, de lutter. Nous attendons Des cascades d'heureuses situations. Le bonheur Ne consiste pas à l'arrivée D'une grande félicité : Elles sont rares les grandes félicités. Le bonheur réside dans l'attente D'allégresses qui n'arrivent presque jamais. Le bonheur, c'est l'attente D'espérances et l'illusion. Il n'y a de bon que les illusions.

Aussi, je rêve le plus clair De mon temps. Assise devant mon feu, Je pense aux évènements Laissés en arrière Surtout à ceux qui ont eu lieu Ici, il y a soixante ans. Il me revient des bouffées d'antan, Des sensations de jeunesse, des élans. Oui, j'ai des visions des choses passées. J'ai retrouvé ainsi Une chasse où j'avais été invitée Un coucher de soleil, ses derniers rayons, Sur la mer et mon exaltation Devant les lointains infinis. J'ai retrouvé Mes moindres anciennes pensées Comme si toutes ces années Ne s'étaient pas écoulées.

Sous le toit, nous avons un débarras Que j'appelle la pièce aux vieux objets. Ce qui ne servait plus a été jeté là. J'y ai retrouvé des appareils usés Et des bibelots cassés Qui reprennent vie : -''Tiens, j'ai brisé ce sucrier Le jour où Élodie s'est mariée.'' Ou : -''Oh ! La petite lanterne de maman !'' Il y a dans ce grenier Des objets qui ont appartenu À mes grands-parents. Ils me font rêver de façon éperdue

Toi, ma chère Marie, Tu ne dois guère comprendre tout ceci. Et tu vas sourire de mes niaiseries, De mes sentimentales manies. Pardonne-moi de ne parler que de moi. Quand tu me répondras, parle-moi de toi.

Mille baisers de ta vieille amie, Annie.  


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