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Le chant des corbeaux

Par Thibault Malfoy

Le chant des corbeaux à midi m’a rappelé la potence d’où se balançaient – dans mon imagination – les pendus au corps gonflé, les orbites évidées par des becs noirs – à la lecture du Testament de François Villon, ce mauvais garçon dont la gouaille m’attendrit encore :

« Je plains le temps de ma jeunesse
Ouquel j’ay plus qu’autre gallé
Jusqu(es)’ à l’entrée de vieillesse –,
Qui son partement m’a cellé ;
Il ne s’en est à pié alé
Në à cheval : las ! comment don ?
Soudainement s’en est vollé
Et ne m’a laissié quelque don. » Huitain XXII.

« Bien sçay, se j’eusse estudïé
Ou temps de ma jeunesse folle
Et à bonnes meurs dédïé,
J’eusse maison et couche molle.
Mais quoy ! je fuyoië l’escolle
Comme fait le mauvaiz enffant.
En escripvant ceste parolle,
A peu que le cueur ne me fent ! » Huitain XXVI.

« Où sont les gracïeux galans
Que je suivoye ou temps jadiz,
Si bien chantans, si bien parlans,
Sy plaisans en faiz et en diz ?
Les aucuns sont morts et roidiz :
D’eulx n’est il plus riens maintenant ;
Respit ilz aient en paradis,
Et Dieu saulve le remenant ! » Huitain XXIX.

François Villon, Le Testament, in Poésies complètes, Le Livre de Poche, « Lettres gothiques ».


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