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Fragrance : entre déchéance et élégance

Publié le 31 mai 2008 par Philippe Di Folco
Alors ? ça daube en ville ? Odeurs urbaines saturées, confinées (pieds, aisselles, soufre) à peine recouvertes de sprays sucrés… où est la sortie ? Persistantes, ces pollutions olfactives contredisent la récente attitude à désexuer des comportements ancrés (« le gars sent le bouc, la fille sent la rose ») et oser aujourd’hui mélanger, transgresser et… inventer. Ça passe ou ça casse. Identification de 7 clichés senteurs un peu flous, comme le désir, l’air de rien, pour ne mouiller personne.   Les corponaturalistes Le membre (naturel ?) de cette secte du corps brut prend une douche par semaine, afin de préserver, à tort ou à raison, la flore qui grouille sur son corps. Pas d’autoagression chimique. Pas de talc ou de spray sur les pieds, le sectateur ira, en tong, marcher à tous vents. Évitera l’oignon et les graisses saturées mais pas les piments. Sursocialisé ? Le sport, la bonne suée, la solitude ? Ses collègues ou amis n’osent lui faire de réflexion. A Noël ou à son anniversaire, on lui offre un stick toscan, mais peine perdue ! Il aime se sentir à découvert – presque nu…   Les aseptiques L’exact opposé du précédent. La peau sera récurée matin et soir. L’épilation des aisselles, du maillot voir intégrale et au laser, constitue un objectif moyen terme (on épargne pour ça). Rien ne doit briller, suinter, rémaner. Onguents PH neutre, crèmes légèrement citronnées ou mentholées passent à la rigueur, sur sa peau devenue presque opalescente. Ça c’est avant les UV ou la plage. Là, il lui faut des protections solaires non parfumées. Un comble en parapharmacie. Écolo ? Pas du tout : ça chasse le squame, le sébum, le sauvage. Redoute que sa chair s’exprime outre mesure. Mais à l’intérieur, ça bouillonne. Humain, malgré tout…   Les immodérés Douche ou pas, on badigeonne, recouvre, asperge, vidange les flacons ici et là (aye ! les muqueuses) mais surtout sur la tête, avant le gel. Un côté sucre glacé, barbe à papa, Foire du trône et fiesta barbecue sur sable permanent. On se la donne, l’ambiance, et on la propage : métro, bus, file d’attente en club, chez Gap ou aux Champs. Énergie des effluves. Je gènes ? Pourquoi tu fais le ventilo avec ta main ? Toi aussi tu sens ça ? C’est un truc de pédé non ? Tu rigoles : gris c’est mec, la meufe le noir. C’est cher… On se la raconte : peu importe le jus, pourvu qu’il ait vidé le flacon branding sur sa tête.   Les conformistes Il y a d’abord les héritiers, ceux qui font comme leurs parents qui faisaient comme... Se repasse l’eau de cologne depuis trois générations. Il y a les copieurs : imiter la collègue, la bonne copine, le patron, et aussi, paradoxalement, l’ennemi, l’étranger. Je mets sur moi ce que ta peau sécrète afin de te voler tes secrets. Pas si sûr. Il y a ceux qui se sentent les pieds le soir au coin du feu. Ça rassure, les rituels. Confort des charentaises. Couches d’odeurs de soi accumulées. Nidification. Odeur de l’oreiller. C’est bien mon coin à moi. Un animal ? Un bon toutou ?   Les mondialistes Ils mélangent les genres, unisexe, one + one, Italie et USA, caoutchouc et fraise tagada. Ils suivent la vibe. Le groupe dans l’arène du dancefloor. Ils veulent sentir ce que la grappe, ce que Colette, ce que le magazine tiré à 3 millions d’exemplaires ordonnent. Ils veulent sentir Madonna, Air et… Tarantino. Sauf que les peoples, on les paye, très chers, pour balancer une marque, ici et là. Mauvais plan ! Alors, Miami ou Ibiza ? C’est selon. Dans tous les cas, ça pue mais on s’en fiche : c’est style d’être tous pareils. Dommage que le realityshow ne soit pas en odorama. Tu veux sentir le punk à chien, toi ?   Les olfatochics Connait les bons plans, compare, analyse. Possède du nez, voire un nez. Le sait et le fait savoir. Se parfumer c’est tout un process. On est conceptuel. Artisan parfumeur ou rien. Annick G. sinon je meurs. Bobo ? C’est presque agaçant. Il rivalise avec la conseillère en fragrances de chez Guerlain, agitant sous son nez les mouillettes en papier buvard. Ça chochotte, ça chuchote. « Marianaud ? Sephora ? C’est plouc ! Non, nous c’est Duty Free Dubaï. Bon, d’accord, c’est un peu loin… alors on se contentera de la petite boutique du Marais »… dont on refile l’adresse (le jus qui donne des boutons) aux amis puants du samedi soir venus mâter M6.   Les aristo On ne peut les suivre à la trace. Ils ne mettent jamais plus d’une goutte. Une évanescence. Un soupçon. La discrétion. Surtout ne pas se faire remarquer ou alors au moment opportun. N’ont rien à prouver. Sinon garder leurs rangs. Un statut. Une posture. L’élégance parisienne. New York ? Oui, mais c’est mieux Florence, la petite boutique derrière la piazza, vous savez, les parfums sur commande… A ce niveau-là, on se fait faire sur mesure son jus. Avec conseiller attitré. Pas question de sentir comme les autres. Unicité, harmonie, perfection. Les autres sont des suiveurs. Quels autres ?
   Publié dans DeDiCate n°14, oct. 2007

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