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« Le poids des mots, le choc des photos »

Publié le 03 mai 2015 par Pantalaskas @chapeau_noir

 fabrique informationLe célèbre slogan de Paris-Match « Le poids des mots, le choc des photos » remplacé depuis quelques années par « La vie est une histoire vraie » pourrait désigner le cadre dans lequel deux chercheurs canadiens ont investi l'aventure de la photographie de presse avec leur ouvrage "La fabrique de l'information visuelle". L'apparition dès 1840 des premières photographies dans les journaux montre combien l'histoire de la photographie et celle de la photographie de presse sont liées. Le monde des graveurs, seuls maîtres de l'illustration journalistique jusqu'à l'arrivée des photographes, se voit alors bousculé dans ses prérogatives. Quand bien même les premières photographies illustrant les articles sont d'abord reprises et retouchées par ces graveurs, le développement de la similigravure, technique d'impression qui permet de reproduire un document monochrome fait de demi-teintes comme une photographie, sonne alors le glas des graveurs et le triomphe des photographes. L'invention du magazine (The Illustrated London News, L’Illustration notamment) donne le pouvoir à l'image photographique. Nadar, encore lui, toujours sur le front de l'exploration photographique, réalise une série de clichés qui illustre une interview du chimiste Chevreul faite par Paul Tournarchon, son fils. Publiée le 5 septembre 1886 dans "Le Journal illustré", cette parution constitue le premier reportage photographique de l'histoire, qui se conclue par :  "Je ne vous ai pas tout dit. Mais il ne suffit pas de dire : il faut prouver, il faut faire voir, parce que c'est quand je vois que je crois !!! ". La photographie, après cette publication d'une modernité  sans précédent, est considérée comme un élément de vérité décisif, irréfutable.

La vie illustrée 8 juillet 1904

La vie illustrée 8 juillet 1904

Le choc des photos

Il n'aura pas fallu attendre Paris-Match pour que, dès le début du vingtième siècle, le choc des photos devienne l'argument commercial de cette presse déjà à sensation. En 1904, La Vie illustrée édite en couverture la décapitation d'un Koungouse pendant la guerre russo-japonaise.  D'une manière générale la guerre offre un sujet de prédilection pour la photographie de presse : L’Illustration, Le Miroir  accordent une place prépondérante aux images de la guerre de 14-18.
Les auteurs décrivent comment l'entre-deux guerres marque le début du photojournalisme moderne. En Allemagne, à la fin des années vingt, le développement des appareils Leica, permettant une plus grande mobilité, accompagne l'apparition du Berliner Illsustrirte Zeitung et  de Müncher Illustrierte Presse.
Pour le magazine français Vu, créé en 1928, la place centrale accordée à la photographie en fait le premier grand hebdomadaire systématiquement illustré de photographies. On y fait appel notamment à  Henri Cartier-Bresson, André Kertesz, Brassaï,, Robert Capa, Laure Albin-Guillot. Aux États-Unis, le titre de Life est racheté en 1936 pour transformer la publication en support fortement marqué par le photojournalisme. Cette conquête de la presse par la photographie entérine l'idée que la photo c'est la vie, que la vérité objective est dans l'image captée sur le réel.

Life
Vers un photojournalisme d'auteur

La prise de pouvoir des photographes dans la presse se concrétise en 1947, à New York, lorsque que Robert Capa, Henri Cartier-Bresson et quelques autres fondent l'agence Magnum photos, Inc avec l'ambition de contrôler l'utilisation éditoriale de leurs photographies et d'éviter les intermédiaires dans la diffusion de leurs images. L'exposition Paris Magnum qui vient de se terminer à l'Hôtel de ville de Paris a permis de montrer l'évolution de cette photographie de presse vers une approche d'auteur qui fait évoluer le statut de cette pratique comparée à l' "objectivité" revendiquée dans les premiers temps du photojournalisme. Avec le développement de la télévision, cette presse de magazines souffre. Le tirage de Paris-Match s'effondre et le rachat du titre par Daniel Philipacchi  en 1976 réoriente l' hebdomadaire vers le monde du spectacle. Cette vocation people prend le dessus sur l'information générale et le sensationnel penche vers le scandaleux. Il faut lire ce passionnant ouvrage des chercheurs canadiens pour toucher des yeux cette histoire mondialisée de la photographie, visualiser l'uniformisation de la presse à travers les magazines de tous pays. Avec internet une autre histoire de la photographie et de la presse voit le jour.

La fabrique de l'information visuelle
Thierry Gervais avec la colloboration de Gaëlle Morel

Parution  mars 2015
Editions Textuel


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