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Le président des bits

Publié le 11 mai 2015 par Theatrummundi
Le président des bitsCette Marianne à l'i-phone (ou autre) pas une parodie, mais une communication (what else ?) du gouvernement français.

" La langue de la République est le français. "

[Notons que cet alinéa a été ajouté en 1992 par la révision constitutionnelle du 25 juin, la chose déjà n'allant sans doute plus de soi. Et peut-être pour obliger à la traduction en français de textes édictés par la CEE, future UE, et susceptibles d'être utilisés par ou devant des tribunaux nationaux.]

Constitution de la Vème République, article 2, alinéa 1

" Le numérique est devenu notre langue. "

Je ne sais pas comment c'est possible, au fond. Parmi tant de ratages et tant de nullité, tant de cynisme et de médiocrité, parmi tant de bêtises et de blagues à deux sous, au beau milieu d'un océan de déchets exactement ineptes et d'imbécillités pipole, de lâchetés proférées très officiellement et de bisous idiots envoyés aux enfants avec une manière de très professionnel mépris, d'indigentes fuites devant le moindre rendez-vous qu'une Histoire dont ne veut plus proposait, la phrase s'est perdue... je ne vois que ça, vraiment, elle a passé inaperçu, tant nous sommes tous sidérés de tant et tant d'inepties qu'il n'est plus possible d'écouter, d'entendre, de prendre la mesure. Personne n'a réagi. Personne de connu, d'important, ayant pignon sur médias. Je ne sais pas, moi, un écrivain, ou même un artiste - et Dieu qui n'existe pas sait pourtant que ces engeances sont en général promptes à se ruer sur les plateaux pour y vendre leurs camelotes et deviser à la va comme je te pousse sur le monde qui est vraiment trop méchant avec tous ces tellement gros tas de victimes partout que ça devrait quand même vous en arracher une, bordel, de larmes -, quelqu'un que cette phrase au premier chef devrait concerner, faire hurler, ou rire - si l'on a encore la force de rire, même jaune pisse. Ou si quelqu'un l'a fait, c'est possible, je ne suis pas flic, ça n'a servi à rien, et, je le répète, la mesure n'a pas été prise. Même après que j'aurai fini ce billet, personne n'aura réagi, personne n'aura rien dit. Pourtant, la catastrophe est là, entière - et quelles que soient les opinions politiques informes que l'on s'oblige à tenir contre toute évidence. Il y avait des prémices, des prodromes, des réformes de l'enseignement, des directives ministérielles de la culture, cette merde - désormais, hélas. Il y avait de Chirac en Sarkozy et de Sarkozy en Hollande une dégradation de la syntaxe, un appauvrissement du vocabulaire, un étrécissement de la pensée et pour tout dire, le développement d'une absence de pensée... oui, une absence de pensée se développait, colonisait l'espace politique, c'est-à-dire désormais, l'espace médiatique, l'espace de la déconnection qui se croit connectée parce que des réseaux à la con sont activés dans un néant virtuel, oui, une bêtise se musclait dans la disparition progressive de la langue employée, voilà, une bêtise satisfaite, confite et saturée d'elle-même. Mais enfin, enfin... il a fallu que cette bêtise franchisse un cap, qu'elle trouve en quelque sorte son nadir en un slogan plus malheureux que tous les autres, plus idiots que douze millions d'anaphores cacochymes, en un slogan qui, comme tous les slogans, rabat la pensée sur la publicité - chose rendue possible par la dévaluation même qu'a subie le mot concept -, en un slogan donc, une phrase pauvre pondue peut-être par un communiquant à la con, qui est au fond l'œuvre la plus géniale, la réalisation la plus aboutie du nihilisme contemporain, une sorte de saloperie performative qui réalise enfin le rêve inavoué de tous les présidents depuis Giscard ou Pompidou d'envoyer au rebut tous les siècles d'histoire et tout uniment la mémoire de ceux-ci, avec bien sûr ces évangiles sécularisés qui forment notre littérature, de Rabelais à Céline ou de Corneille à Hugo ou de Molière à Aragon (j'arrête là), un slogan que le président Hollande, qui ne sait vraiment pas ce qu'il dit, puisqu'il incarne enfin, et pour ainsi dire à lui seul, la désolante vieillesse, le naufrage Alzheimer d'une nation très ancienne :


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