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La Leçon d’histoire : R.E.M

Publié le 15 mai 2015 par Swann

Retour aujourd’hui avec notre Professeur GAB sur R.E.M, un des plus grands groupes des 30 dernières années, honteusement mis de côté voire carrément oubliés lorsque l’on se fait la liste (toute subjective) des grands groupes de l’histoire.

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Je sais d’avance ce que je vais me prendre en retour : « ah oui « Losing my Religion » et « Everybody hurts » c’était pas mal à l’époque, mais trop commercial blabla ». Si vous vous reconnaissez dans cette réponse, notre semblant d’entente même pas encore naissante a sérieusement pris du plomb dans l’aile. Prenez le temps de lire la suite et croyez-moi, vous reverrez votre jugement très largement.

Oui, tout le monde ou presque les a oubliés. Peu de groupes, actuels ou pas, les citent en référence. Seul Cobain avait ouvertement déclaré son amour du groupe… (le voilà qui remonte dans mon estime d’ailleurs).

R.E.M, avec les points entre les lettres c’est important, n’a même pas la « chance » d’être le groupe de rock préféré des gens qui n’aiment pas le rock (Coucou U2 et Coldplay !). Déjà, parce que ce n’est pas un groupe de rock… Du moins pas que. Pop, folk, rock, avec quelques touches parfois électro, country voire grunge, oui R.E.M, c’est tout ça à la fois.

Ensuite certes, nos quatre américains ont le tort de toujours avoir été bien élevés. N’ont jamais défrayé la chronique en sortant avec des mannequins, pas la moindre overdose, pas de chambres d’hôtels saccagées, pas de membre viré manu-militari, pas de mort subite à la con avant la trentaine. Rien de tout cela… Ah les cons !

Au contraire, ces types-là étaient au-dessus de la moyenne intellectuellement dans le paysage rock. Dans leur façon d’envisager la musique, dans leurs paroles, dans leurs engagements politiques (chefs de files en 2004 avec Springsteen du « Vote for Change » pour contrer la réélection de Bush), et également dans leur vision du groupe : chaque chanson apparaissant comme écrite et composée à chaque fois par les quatre membres du groupes.

Même dans les moments plus difficiles, lorsque le batteur Bill Berry annoncera son départ en 1997 (après 17 ans et 10 albums), Michael Stipe dira assez logiquement « nous avons hésité à arrêter le groupe car sans Bill, cela n’était plus pareil… mais un chien à 3 pattes n’arrête pas de marcher, il doit juste apprendre à marcher différemment« . Des propos a priori anodins mais pétris de bon sens ! Qui en plus entraineront un album ambitieux et novateur (Up, en 1998) mais j’y reviendrai.

L’autre élément qui fait (à mon humble avis) que R.E.M. est souvent injustement oublié tient à la fabrication de sa musique et de ses albums. Ces types-là n’ont jamais été vraiment à la mode, ce qui les rend du coup indémodable…Vous me suivez ?

Aux synthés qui étaient la touche obligatoire des années 80, le groupe préféra toujours des arrangements et orchestrations moins tapageurs. Et là, où tout guitariste avec un peu d’ego aurait foutu des soli de guitares partout, et bien Peter Buck préfèrera toujours des lignes d’arpèges ultra mélodiques et qui mettent en avant la chanson avant le musicien.

R.E.M, Rapid Eye Mouvement, nom pioché au pif dans le dico à l’époque, c’est donc : Michael Stipe au chant, le maigre chauve que tout le monde croyait attient du VIH dans les 80-90s. Peter Buck, Docteur en arpèges hyper mélodiques. Mike Mills à la base, sorte de John Paul Jones bassiste instrumentiste de talent et artisan de toutes les harmonies vocales. Et Bill Berry à la batterie, comme d’hab avec les batteurs, rien de particulier à dire sur eux.

La carrière du groupe d’Athens en Géorgie peut se décomposer en trois périodes, 1980-1988 pour les années « indépendantes » au succès croissant ; 1988-1997 : la faste période Warner, celle dont tout le monde  se souvient mais pas assez encore à mon goût et 1997 depuis le départ de Berry jusqu’à la séparation du groupe en 2011 et évidemment ultra intéressante.

La première période est certes très inégale mais regorge de vrais trésors et d’ambiances très différentes, du sombre presque post-punk « Radio Free Europe » à « So Central Rain » et ses relents new wave, au premier de leur tube à résonnance écolo « Cuyahoga ».

« Radio Free Europe », avec Stipe chevelu et Letterman jeune :

« So Central Rain », qui sera sublimée quelques années plus tard sur le Mtv Unplugged :

Cette première période s’achève en 1988 après l’album Document qui leur a permis de décrocher leur premier TOP 10 aux US « The One I love » (dans mon Top 10 des chansons du groupe ) :

C’est à la suite de cet album que le groupe signe avec Warner, un contrat absolument gigantesque à l’époque : 10 millions de Dollars pour 5 albums. La carrière du groupe est définitivement lancée (après déjà cinq albums), et nos quatre Américains vont enfoncer le clou et mettre les années 90 à leurs pieds.

Cela commence avec l’album Green en 1988, où apparait pour la première fois la mandoline de Peter Buck ( R.E.M est le seul groupe à signer un tube avec un riff de mandoline mais là aussi j’y reviendrai). L’album marche très fort et est soutenu d’une longue tournée « Warner » de presqu’un an, constituée quasi uniquement de dates dans des grandes salles et stades.

La machine est lancée… Et cela n’est rien par rapport à ce qui va suivre…

Oui, je vais m’arrêter sur ce Out of Time aux 10 Millions de ventes et au grandissime « Losing my Religion ». Et donc oui, je vais m’arrêter sur ce « Losing My Religion ».

Il faut juste se rendre compte (avant de râler sur le fait qu’on l’a trop entendue à la radio blablabla) de ce qu’est cette chanson : une structure bizarre, pas réellement de refrain, une intro et mélodie à la mandoline, des arrangements ultra soignés, la guitare acoustique dans le fond, le petit violon à 2’00, les chœurs de Mills, plus le texte, grave et qui tranche complètement avec l’aspect naïf de la mélodie. Cette chanson est un pur chef d’œuvre ! Si vous l’avez trop entendue, vous ne l’avez sans doute pas assez écoutée !!! Essayez donc d’écouter une version live… Rien que l’acclamation de la foule aux premières notes devrait vous donner la chair de poule.

Résumer Out of Time, à « Losing My Religion » serait une grossière erreur. Sans en avoir la même profondeur, « Shiny Happy People » a une résonnance toute particulière pour moi, car en quelque sorte la bande son d’une partie de mon adolescence. Et pour le coup, c’est une feel-good song d’une rare efficacité. Ok, la mélodie à la guitare est un peu niaisouille, mais les variations, les chœurs entre Stipe, Mills et Kate Pierson (des déjantés B’52) absolument géniaux. Cette chanson pourrait être la bande originale de toutes les séries de cette période qui nous ont faits marrer (testez et mettez la derrière un épisode de Friends par exemple, chez moi ça fonctionne à merveille !)

Pour les puristes et adorateurs de folk-songs belles à chialer, je leur conseille la juste parfait “Country Feedback” qui clôt l’album :

Out of Time est un succès critique, commercial, dès sa sortie. Et là où on pourrait pensé que le groupe va profiter un peu pour s’autoriser un break, ils réitèrent la performance juste un an plus tard, avec sans doute l’album le plus connu et le plus estimé, à savoir Automatic For the People.

L’ambiance est ici plus sombre. Le groupe lorgne toujours vers ce pop/rock aux tonalités folk. Certains diront même qu’il s’agit du plus grand disque de country jamais enregistré, mais comme c’est Bono de U2, nous n’accorderons que peu d’importance à cette phrase..

Bono ou pas, country ou pas, l’album est sublime, les chansons comme d’habitudes ultra-soignées (une partie des arrangements sont signées John Paul Jones de Led Zeppelin), avec en premier lieu la ballade intergénérationnelle qui fonctionne toujours « Everybody Hurts » mais surtout, la moins connue mais déchirante « Drive », son intro acoustique guitare-harmonica tout en douceur… Puis tour à tour batterie et violons qui viennent aggraver l’atmosphère jusqu’à la guitare électrique, lourde et acérée qui finira de vous achever…

Automatic for the People est une référence absolue, à posséder absolument. En plus de ces deux titres, on y trouve « Man on The Moon » en référence à Andy Kaufmann (et crée avant le film de Forman.) La légende dit même que Cobain aurait beaucoup écouter cet album avant de se suicider. C’est sans doute grâce également à son adoration pour R.E.M qu’est né le fameux Mtv Unplugged.

R.E.M est à cette époque à l’apogée de leur carrière et sans conteste le plus gros groupe de rock, à la lutte avec U2.

En parlant de rock, nos américains décident qu’après avoir exploré les facettes de la pop et du folk, il était temps de sortir un disque de rock, avec des guitares distordues, pour quasi la première fois. C’est dans cet état d’esprit que sort Monster en 1994, et en ouverture, le titre, mon titre préféré du groupe, toutes périodes confondues d’ailleurs, le FA-BU-LEUX « What’s the frequency Kenneth ? »

C’est bien simple, ce titre est la quintessence même de ce que représente les années 90, ou du moins mes années 90. Un gros titre pop-rock, lorgnant des fois vers le grunge, une ligne de basse vrombissante, quelques effets, et surtout un refrain énorme ! Ce titre seul justifie l’achat de l’album, même si on retrouve d’autres franches réussites (« I took your name », « Bang and Blame »).

Je parlais de Cobain précédemment, c’est sur Monster  qu’apparait « Let Me In » chanson écrite pour lui par Stipe (parrain de Frances Bean), et enregistrée avec la guitare de Cobain.

Pour leur dixième album, R.E.M revient à des choses plus traditionnelles, et dans la lignée de ce qui a fait leur succès, sur New Adventures in Hi-Fi en 1996, album préféré de beaucoup de fans, assez logiquement d’ailleurs car le disque regorge de vraies bonnes chansons.

A commencer par le premier single « E-bow the letter » en duo avec Patti Smith, chanson sombre, qui n’aurait pas dépareillé sur Automatic for the People. A noter également le bijou qui termine l’album « Electrolite », véritable trésor folk-country, où Stipe raconte les lumières de Los Angeles vues de Mulholland Drive. Une chanson ou le sens de la mélodie de Buck, le phrasé de Stipe et l’orchestration sont de pures merveilles.

Nous voici en 1997 et Bill Berry, lassé par le métier quitte le groupe, sans bruits et sans vaisselle cassée entre lui et le reste du groupe. Plutôt que d’engager un nouveau batteur, alors inconcevable pour le groupe, R.E.M décide pour leur futur album d’utiliser samples et boîtes à rythmes. Bien évidemment, les fans et la presse spécialisée crient au scandale et sont surtout très dubitatifs car la démarche, audacieuse, ne ressemble en rien à la logique habituelle du groupe.

Le résultat est déroutant, déconcertant, et a pris beaucoup de temps à voir le jour tant le groupe était tendu et attendu. Au final, l’album est une franche réussite, et peut être considéré comme précurseur au Kid A de RadioHead.

Up est une espèce d’album semi cotonneux, semi léthargique mais au final beaucoup plus « moderne » que tout le reste de la discographie du groupe. Il s’en dégage une atmosphère lourde, mélancolique. On est très loin des « Shinny Happy People ». Mais c’est une franche réussite, des titres comme « Daysleeper », « At my most Beautiful » et surtout « Lotus » et son côté électro sont belles à tomber…

La dernière « période »  du groupe continue donc de la plus belle des façons, encouragée par la sortie de Reveal en 2001, avec en plus des très bons « Disappear » et « All the way to Reno » l’hymne absolument génial et faussement naïf « Imitation of Life ». Chanson qu’on pourrait presque affilier à « Losing my Religion » pour le côté doux amère, mais également à « Shiny Happy People » pour le côté feel good tout simple.

Encore une fois, l’orchestration, les arpèges de Buck et les harmonies vocales y sont pour beaucoup.

Le groupe sortira encore trois albums (à ne surtout pas négliger) avant de disparaitre de la même façon qu’il est arrivé : simplement, intelligemment, sans faire de bruits et dans une indifférence manifeste.

Pour celles et ceux qui souhaitent creuser un peu plus l’aventure R.E.M, je ne peux que vous conseiller d’écouter le Mtv Unplugged (le meilleur de la série juste après celui d’Alice In chains) sorti en 2001 et qui sublime, ressuscite et donne une seconde vie à environ tous les titres cités précédemment.

Extrait :


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