Magazine Culture

Six degrés de liberté de Nicolas Dickner

Par Venise19 @VeniseLandry
Six degrés de liberté de Nicolas DicknerAujourd’hui, je me donne un immense plaisir, je commente Six degrés de liberté. J’avais hâte de le commenter pour que ce que j’ai reçu s’évacue, se transmette, se transforme. Bon, je modère mes transports pour vous le présenter le plus calmement possible.
C’est un trio de jeunes, je vois un triangle : Lisa, Éric, Jay. Voyez, des prénoms courts, nets et précis. Comme le roman. Court, dans le sens de prendre le chemin le plus court entre deux points. Au premier angle du triangle, c’est Lisa. Une fille de banlieue vivant entre un père et une mère séparés. À 15 ans, elle est plus mature qu’eux. Son père rafistole des vieilles maisons pour les vendre, elle le seconde pour gagner de l’argent. Il perdra de plus en plus la carte, le sens de l’orientation à l’intérieur de sa tête. Sa mère est une fanatique d’Ikéa, c’est sa religion. Lisa observe la vie, sa vie et  semble étouffer malgré un certain degré de latitude.
Au deuxième angle, Éric l’ami, le complice. Il est agoraphobe et c’est tant mieux, ça lui permet de laisser libre cours à son génie de la programmation informatique, enfermé chez lui. Lisa et Éric expérimentent des trucs audacieux et ingénieux - sans amour et sexualité ! - jusqu’au jour où Éric part pour Copenhague parce que sa mère y suit son chum.
Au troisième angle, il y a Jay, emprisonnée dans les bureaux de la Gendarmerie Royale du Canada à exécuter un job abrutissant. Elle y purge une peine, qui achève (environ 2 ans) pour crime de piratage. Elle s’ennuie pour mourir, son cerveau tourne à vide.
Un jour, Lisa découvre une cache entre les murs d’une maison qu’elle rénove avec son père. Cette découverte va impressionner son imaginaire et venir s’étamper sur ses méninges. Pour vous situer, je marche sur des œufs, je ne sais pas où piler sans entacher l’intrigue. Je peux certes dire que c’est un roman qui avance à coups d’intrigues, c’est une sculpture, un puzzle qui m’a fait penser aux techniques d’enquête. Le produit final sera un édifice sculptural, on ne doit pas trop rapidement retirer telle pièce au risque qu’elle s’effondre. L’histoire est parsemée d’indices. Tout se tient. Attention, c’est dit, tout se tient.
Si j’avais des thèmes à assigner, je parlerais d’enfermement, de secret, de cachette. Les personnages sont enfermés et secrets, ce qui signera tout ce qu’ils feront, exécuteront, projetteront. Ils ne s’influencent pas, c’est déterminé chacun de leur côté. Il n’y a qu’au début de l’histoire où Lisa et Éric sont à proximité (toujours sans sexe !), par la suite, ils seront éloignés mais communiqueront par Skipe.
Qu'est-ce que j’essaie de vous communiquer par des chemins tortueux ? Ce roman est puissamment intelligent. Je ne peux pas simplement dire « intelligent », cela ne serait pas suffisant. Lecture faisant, on s’arrête devant un paragraphe et on soupire d’aise et d’admiration. On se dit, voici une critique bien tournée des travers de notre société moderne, sans trace de hargne. Ça nous rentre dans l’esprit à grandes portes ouvertes, car on ne sent pas pointés, seulement observés avec la distance nécessaire pour respecter qui on est.
Ce roman, je l’ai promené dans la maison comme un trésor. Je l’ai ouvert et feuilleter comme un trésor. Dense, avec autant de traits intelligents au cube carré, on peut dire qu’il a du contenu. Cela fait drôle à dire en observant les nombreux conteneurs de la page couverture illustrée par Tom Gauld. Tout dans la vie est une question de contenant et de contenu. L’être humain lui-même avec son extériorité et son intériorité. Qu’est-ce que l’on cache, qu’est-ce qu’on veut montrer ou pas ? Le changement d’identité selon la vie, la circonstance, la fréquentation.
Je vous défie d’y trouver le moindre cliché. Même auprès du genre féminin ou masculin, vous n’en trouverez pas. À un certain moment, je me suis arrêté à ce fait : il n’y a aucune notion d’amour en tant que telle. On peut en transposer, ce qui est une autre paire de manches ! On ne fait pas un étalage des émotions mais des faits qui sous-tendent que l’on en éprouve. Comme lorsque Lisa prend la responsabilité de son père, et accepte son héritage d’outils qui envahit son logement. On se dit, ça, c’est de l’amour. Sinon, pas de déclaration. Même chose entre Éric et Lisa.
J’ai tellement aimé ce roman ! Je dois le dire, ainsi vous tenterez de voir entre mes commentaires s’il est pour vous. J’ai été subjuguée par cette histoire, par la manière dont elle est écrite. J’ai eu autant de plaisir à lire chacune des phrases que l’ensemble des phrases, des chapitres, et le tout qu’ils forment. Je lis pour trouver un roman tel que celui-ci.
Je ne sais pas si vous serez aussi enthousiastes, c’est difficile pour moi de le jauger. J’ai perdu une part d’objectivité et mon attraction pour ce triangle et ses impulsions de sortir de la marge, des règles, du convenu. Vivre dans la société sans y être. Ce triangle humain qui pousse leurs limites pour expérimenter avec l’audace et la détermination exigées. Pour le plaisir lui-même de le faire, le résultat final étant assez secondaire.
N’est-ce pas de toute beauté en ce siècle où la performance prévaut pour arriver dans des buts précis, qu’importe le chemin emprunté ?

Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Venise19 3552 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines