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Hubert  » Un faux alsacien  » au Crazy Horse Saloon

Par Hubjo @conseilresto
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Pour poursuivre les canulars de l’équipe de la « Grande Cuisine Française » de l’époque, évoquons ensemble cet épisode fameux de l’invitation de Monsieur André Sonier, PDG, du grand palace Georges V.

Un soir, vers dix-neuf heures à la boutique  » La Ferme Saint-Hubert », en train de préparer mes commandes pour les livraisons du lendemain, voilà que « l’équipe » débarque. Ils sont montés à Paris pour je ne sais plus quel repas :

– Salut Hubert !

Jean Troisgros malignement commence à sortir toutes les plantes vertes, histoire de décorer la rue Vignon. Paul Bocuse décroche les cadres des murs pour les mettre en vitrine. Charles Barrier qui a faim s’attaque aux boutons de culotte (rassurez-vous mesdames, il s’agit d’un fromage!) et bientôt toute la bande grignote à droite ou à gauche les fromages qui lui tombent sous la dent. Je débouche une bouteille. C’est le mâchon. Les clients retardataires n’en reviennent pas. Mais Paul met court à ce casse-croûte :

– Holà les amis, avez oublier notre repas tout à l’heure au Georges V ? Le chef ne sera peut-être pas content si nous ne faisons pas honneur à son dîner ? Personnellement je préfère les fromages et la compagnie d’Hubert mais les obligations du métier…

– Et si nous emmenions Hubert, proposa Michel Guérard ?

– Il n’est pas invité, remarque Barrier.

– Bah ! D’abord nous ne sommes pas tous là, il manque Haeberlin, Roger Vergé… Allez on t’embarque. On trouvera bien une solution.

Et brusquement tout ce monde me donne un coup de main pour ranger le fouillis causé par leur intempestive, bruyante et chaleureuse intrusion. Quelques minutes plus tard, je suis en route avec eux pour le Georges V.

– Bon, dit Michel, tu seras Jean-Pierre Haeberlin !

– Mais voyons tu es fou ! Jean-Pierre est alsacien et je n’ai ni son accent ni son physique.

– Bah ! « Ils » ne le connaissent pas !

Je ne suis pas rassuré sur mon rôle mais me dit qu’après tout on verra bien.

D’ailleurs aller donc refuser quelque chose à ces diables de garçons !

Nous arrivons. Reçus par M André Sonier, les présentations commencent : Charles Barrier de Tours, Jean Troisgros de Roanne, Paul Bocuse de Lyon, Michel Guérard d’Asnières, Gaston Lenôtre et voilà notre ami Jean-Pierre Haeberlin, de l’Auberge de l’Ill à Illhauesern…

Je dois dire en passant, que Jean-Pierre est petit et blond, de type alsacien. Moi plus grand et fort noir de peau comme de cheveux.

On passe à table. Mon voisin se trouve être le chroniqueur gastronomique Paul de Montaignac.

– Monsieur Haeberlin, commence André Sonier, peut-être pince sans rire, je dois dire que je vous voyais pas du tout comme ça !

Les copains rient sous cape tandis que je bafouille :  » Ah ! bon, heu… »

Montaignac attaque à son tour :  » Quelles magnifique maison que la vôtre. Et quel plaisir j’aurai à y aller ! Vous ête en cuisine ? »

– Heu, non, c’est mon frère qui est au piano. Moi, je m’occupe de la salle…

Pourvu qu’ils ne me posent pas de colle sur cette salle où je n’ai jamais mis les pieds ! Las ! Montaignac continue :

– C’est drôle, vous n’avez pas du tout l’accent. Situez-moi un peu votre maison. Ce n’est pas loin de Colmar ?

Diable ! Est-ce que je savais seulement où était ce foutu Illhauesern !

On arriva enfin au café et je me sentis soulagé. Mais ce n’était pas fini. Après un pot à la Calavados, Sonier nous emmena au Crazy Horse Saloon. Alain Bernardin, après le spectacle, nous fit visiter les coulisses et nous nous retrouvâmes dans une loge avec la troupe des effeuilleuses légères et court vêtues où l’on prit des photos. C’est ainsi que quelques jours plus tard, dans les  » potins de la Commère « , de Carmen Tessier, sous le titre  » Maîtres queux et strip-tease ou l’art de la poule au pot  » parut la photo accusatrice et sa légende indiquant qu’encadrés par mesdemoiselles Miko Miku, Lova Moor, Prima Symphony, Sophia Paladium, Capsula Popo et Bonita super le lecteur pouvait reconnaître Charles Barrier, Paul Bocuse, Michel Guérard et … Jean-Pierre Haeberlin, lequel fut bien surpris on l’imagine.

Je dois ajouter que quelques-uns de mes amis ne furent pas plus heureux que celà de cette parution : ils n’avaient pas parlé chez eux de leur passage au Crazy.

 

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