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Virginie Despentes : Vernon Subutex 2

Publié le 16 juin 2015 par Lebouquineur @LBouquineur

virginie despentes, philippe djian, michel houellebecq, Virginie Despentes (pseudonyme en référence aux Pentes de la Croix-Rousse, quartier de Lyon dans lequel elle a vécu, avant de s'installer à Paris), née en 1969 à Nancy, est une écrivaine et réalisatrice française. Elle est également, à l'occasion, traductrice et parolière. À quinze ans, elle est internée en hôpital psychiatrique, à dix-sept ans en faisant du stop, elle est victime d'un viol. Au même âge, après avoir passé son baccalauréat en candidate libre, elle quitte Nancy et s'installe à Lyon où elle multiplie les petits boulots : Femme de ménage, prostituée dans des salons de massage et des Peep-shows, vendeuse chez un disquaire, puis pigiste pour journaux rocks et critique de films pornographiques. Virginie Despentes est « devenue lesbienne à 35 ans », selon ses propres termes.

Son nouveau roman, Vernon Subutex 2, vient de paraître, second tome d’une trilogie qui s’achèvera en janvier prochain. Et que dire de plus que tout le bien déjà dit lors de son précédent ouvrage ? Bonne idée en préambule du roman, un rappel des principaux personnages et ce n’est pas un luxe car la fresque dans laquelle Virginie Despentes s’est lancée, n’était qu’une esquisse dans le premier tome, ici elle se déploie en tentacules innombrables et en tout genres. 

Même si Vernon Subutex reste au cœur du bouquin, avec l’ombre du défunt Alex Bleach qui plane comme une menace au-dessus de tout notre petit monde, le personnage du disquaire devenu SDF évolue au cours du récit, devenant une sorte de gourou ou de Christ moderne pour la petite cour des miracles qui se forme autour de lui, dans un périmètre qui s’étend du Sacré-Cœur aux Buttes Chaumont et son bar le Rosa Bonheur en point de ralliement.

Nous avons tous évoqué La Comédie humaine après avoir lu Vernon Subutex, la comparaison est toujours évidente. L’écrivaine fascine par ses incursions dans toutes les strates de notre société, aussi à l’aise pour nous décrire le quotidien des laissés pour compte, le monde du rock ou du Street Art, comme dans ses descriptions précises des gens et leurs milieux sociaux. Toute notre société passe au crible du regard aigu de la romancière, la crise économique et celle du couple, les riches et les pauvres, les rêves brisés, les institutions, l’islam, les sexes, hommes ou femmes et leurs déclinaisons diverses… Une lucidité dérangeante, trop aigue et s’appliquant à tant de domaines que le lecteur ne trouve plus d’îlot de refuge. Certes, des analyses politiques peuvent agacer par leur côté caricatural ou simpliste mais elles reflètent bien le regard de certaines catégories de la population. 

Parfois j’ai failli m’ennuyer devant le procédé répétitif du portrait de chaque nouveau personnage entrant dans le récit, mais à peine m’en faisais-je la réflexion, qu’une page sublime mettant à l’unisson le rythme et l’émotion, me replongeait avec bonheur dans ma lecture. Le texte est aussi truffé d’aphorismes percutants, « Le problème de la rédemption, c’est que c’est comme passer du crack à la camomille : on se doute que ça a des vertus, mais sur le coup, c’est surtout vachement moins ludique » et d’humour trash comme lorsque Gaëlle, sujette à des règles abondantes, « … évite de s’asseoir chez les autres, elle a déjà démoli plusieurs canapés. »

 

Quand le roman s’achève, Vernon et sa bande ont quitté Paris pour la province et honnêtement je ne vois pas du tout comment tout cela va finir, d’où mon impatience déjà pour l’ultime volet. Un roman dense et puissant, complètement dans son époque, qu’on rangera entre Philippe Djian et Michel Houellebecq, sans que je puisse en citer les points réellement communs. 

« Les filles, c’est facile pour elles : dès qu’elles l’ouvrent pour dire qu’elles se sentent salies ou non consentantes, on arrête toutes les rotatives et on les écoute pleurnicher. Lui se sent Sali par la pornographie. Il se sent abusé, mais il va s’en plaindre à qui ? Les bonhommes, ils doivent supporter tout ce qu’on leur impose sans jamais la ramener avec leur sensibilité. On part du principe qu’ils sont forcément partants. Personne ne se demande si ça leur plait de se faire choper les couilles à tout bout de champ, pas plus qu’on se préoccupe de savoir s’ils ont envie d’être père ou pas, pas qu’on se préoccupe de savoir s’ils ont les moyens de payer la pension alimentaire qu’on leur impose… tout est sur le même mode. La masculinité, c’est « bande et raque » sans alternative. »

virginie despentes, philippe djian, michel houellebecq,
Virginie Despentes  Vernon Subutex 2   Grasset  - 383 pages –


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