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Le carnet de lecture de… john henry

Par Carnetdelecture

Les carnets de lecture de... propose à un auteur de nous parler de sa bibliothèque, des livres qui l'ont marqué et de son rapport à la lecture et à l’écriture.

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Aujourd'hui, découvrez le carnet de lecture de John Henry, auteur de Quand les ânes de la colline sont devenus barbus.

Combien de livres compte votre bibliothèque ?

 Une cinquantaine. Mais comme l’espace est limité, ça m’arrive d’en déposer dans des boites à livres. Je les “libère”.

Quels sont vos livres préférés ? Pourquoi ?

Il y a notamment deux livres qui m’ont beaucoup marqué. Ce que le jour doit à la nuit de Yasmina Kadhra. Ce bouquin m’a retourné, j’avais le cerveau à l’envers pendant plusieurs jours. C’était très puissant.

Et puis j’ai découvert Hemingway. L’adieu aux armes et Le vieil homme et la mer. J’ai découvert une autre manière d’écrire, un rythme extrêmement précis sous une apparente facilité, pas d’adjectifs, pas d’adverbes, il ne plonge pas dans la psychologie des personnages, tout se passe dans les dialogues.

Que lisez-vous pour le moment ?

Je lis L’amour aux temps du choléra de Gabriel Garcia Marquez et pendant cette lecture j’ai lu Derrière la haine de Barbara Abel. C’était facile parce que ce sont deux écritures opposées. Barbara Abel c’est l’efficacité, l’addiction du thriller et Marquez c’est une écriture baroque, colorée, ça part dans tous les sens et c’est plein de soleil.

Comment choisissez-vous les livres que vous lisez ? Consultez-vous parfois les blogs littéraires ?

J’ai très peu lu jusqu’il y a 4 ou 5 ans (en fait si je lisais, mais uniquement des BD) donc j’essaie de rattraper mon retard en lisant les classiques. Je me suis dit que je commencerais par les prix Nobel, pour découvrir des univers très différents. Du coup je suis moins l’actualité littéraire mais il m’arrive souvent de consulter les blogs après avoir lu un roman pour confronter mon avis à celui d’un autre lecteur. C’est toujours agréable de discuter d’une lecture mais c’est rare de connaitre quelqu’un qui lise exactement le même livre que moi en même temps. Donc je discute tout seul en lisant les chroniques des blogs littéraires.

À l’heure où les liseuses et les bibliothèques se côtoient, que représente le livre numérique pour vous ?

Pas grand chose. Je ne pense pas que ça amène de nouveaux lecteurs, simplement que certains lecteurs, pour des raisons de facilité, ont délaissé le papier pour le numérique.

Parlez-nous de votre roman Quand les ânes de la colline sont devenus barbus… Comment est-il né ? Où avez-vous puisé votre inspiration ?

 Je prends souvent des notes que je garde dans un carnet. J’avais de nombreuses notes sur les sans-papiers à Bruxelles, sur leur “travail”, leur mode de vie; j’étais vraiment intéressé par leur destin, celui de tout quitter, de partir de son pays pour commencer une nouvelle vie mais sans être personne, sans papier, sans perspective. Et puis avec Jack nous nous sommes “rencontrés”. Enfin, c’est surtout moi qui l’ai rencontré, je l’ai vu dans un documentaire sur les basha posh. Et Jack est devenu le personnage principal de l’histoire. Tout s’est goupillé, j’avais tous les ingrédients, il “suffisait” de se mettre au fourneau.

Ce roman a été écrit dans des circonstances particulières, pouvez-vous nous en parler ?

C’est vraiment dans la continuité de la question précédente. J’ai reçu une bourse pour partir en résidence d’auteur à l’Academia Belgica à Rome. Un mois, en juin 2013. Et pour rentabiliser au maximum le temps sur place, j’ai réfléchi dans les semaines avant juin à la structure du récit et à l’ossature de l’histoire. Quand je suis arrivé à Rome, j’écrivais dans ma chambre et je n’avais rien d’autre à faire qu’à écrire, je n’ai pas relu une seule fois mon récit, pas réfléchi une seule fois au déroulement de l’histoire, je suivais la structure programmée et j’ai passé un mois à écrire, sans arrêt, plongé dans l’univers du roman. De 3 à 8 pages par jour. Et deux jours avant la fin de la résidence d’auteur, le manuscrit était terminé mais c’était la première version, encore très brute. Mais j’avais profité du temps passé à Rome, à l’arrière du parc de la Villa Borghese. J’écrivais 4 ou 5 heures par jour et le reste du temps je le passais à me perdre dans les rues romaines ou avec les résidents, on était en permanence une quinzaine, la plupart des doctorants qui étudiaient un sujet en lien avec Rome, la Rome antique, le latin, l’architecture, etc. Une expérience incroyable. Vraiment incroyable. Ce roman doit beaucoup à Rome et à l’Academia Belgica (même si je n’avais pas reçu la bourse pour ce manuscrit là mais le manuscrit en question je l’avais terminé juste avant de partir :)

Ce roman décrit de façon très précise les décors montagneux d’Afghanistan. Vous êtes-vous rendu sur place pour effectuer des recherches ?

Quand j’ai su que le personnage était Jack, j’étais obligé d’écrire le début de l’histoire en Afghanistan parce que son histoire est très ancrée culturellement. J’aurais aimé partir là-bas, je me serais sans doute senti comme les jumeaux quand ils sortent du taxi*. Mais j’ai réussi à trouver des capsules très courtes sur internet qui parlaient simplement du quotidien de l’Afghanistan. Honnêtement, je pense que je ne décris pas très précisément l’Afghanistan, j’avais beaucoup trop peur d’écrire n’importe quoi mais la force d’évocation des odeurs, des couleurs ou de la textures des paysages donne cette impression.

Quand les ânes de la colline sont devenus barbus a été publié dans une toute jeune maison d’édition belge, les Editions Diagonale. Qu’est-ce qui vous a attiré dans cette maison ?

C’est une maison d’édition qui ne publie que des premiers romans. Je les ai rencontrés en mars 2014 à la Foire du Livre, alors qu’ils n’avaient encore rien publié. Je leur ai envoyé le manuscrit et elles ont directement accepté de le publier. C’était un bon début, une jeune maison d’édition, un premier roman et un jeune auteur jeune (deux fois :))

Avez-vous d’autres projets d’écriture ?

J’ai écrit énormément jusqu’à la fin de l'écriture des ânes barbus. Depuis je me focalise davantage sur la recherche d’un emploi stable. Mais dès que je me replonge dans l’écriture, je me sens réellement à ma place, comme quand on a l’impression d’être au bon endroit, au bon moment, à faire la bonne activité. Je réfléchis à l’histoire et à sa structure en espérant que je pourrai profiter de conditions aussi exceptionnelles pour écrire que celles rencontrées à Rome.

Où peut-on vous retrouver (site, page Facebook, blog…) ?

Un petit mot pour les lecteurs du blog Carnet de lecture?

Je pense que vous êtes en de bonnes mains littéraires.

Je voulais juste ajouter une dernière chose : je pense qu’en général on ne vit de grandes choses que si on accepte de s’abandonner, totalement. C’est la même chose avec un roman. Moi aussi parfois j’ai du mal, j’ai un esprit trop critique. Je me bats pas mal pour tenter de m’abandonner et de me perdre, de faire confiance à un livre. J’espère que vous y parviendrez.

* [Extrait]Chaque pas les éloignait de cette voiture où ils s'étaient sentis chez eux, et chaque pas les enfonçait davantage dans le bruit et la poussière, les noyait parmi la foule et ils se sentaient de plus en plus seuls et étrangement eux-mêmes : une corde, quelque part, venait de se rompre, cette corde qui les reliait au confort de leur vie et les y maintenait. Jamais plus ils n'allaient ressentir aussi fort cette violente sensation de vie.


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