Magazine Culture

destin de trois soldats allemands et d'une maman...

Publié le 19 juin 2015 par Dubruel

~d'après~LA MÈRE SAUVAGE de Maupassant

Le fils Sauvage avait trente ans Quand la guerre commença.

Il s'engagea, Laissant sa mère seule au logis. L'hiver fut rude en Normandie. La neige couvrait les champs. La mère Sauvage, dans sa chaumière, Continua sa vie ordinaire. Elle allait au village uniquement Pour acheter sa nourriture. Puis elle rentrait à sa masure.

Les soldats Allemands, occupant la région, Furent logés Chez les villageois, La plupart du temps dans les greniers.

La vieille, qu'on savait riche, en eut trois. C'étaient des grands garçons Aux yeux bleus, aux cheveux blonds, À l'épiderme blanc, demeurés gras malgré Les fatigues qu'ils avaient endurées. Pour cette femme âgée, Ils se montraient prévenants. Ah ! Ils n'étaient pas fainéants ! On les voyait balayer, Porter les seaux d'eau, Laver le linge, frotter les carreaux Éplucher les pommes de terre, Comme trois bons fils aident leur mère. On disait d'eux dans le pays :

" En v'là trois qu' ont trouvé leur logis ! "

Ne pensant qu'à son fils, La mère Sauvage leur demandait :

-" Vous savez où est parti Le 23ème régiment français ? "

-" Nous, bas savoir. Non, bas vu. "

Un jour à midi, on lui apporta un papier. Elle ajusta ses lunettes et lût : '' Votre fils a été tué par un boulet. J'étais à son côté. Je vais vous rapporter son porte-monnaie. Je vous salue amicalement. Victor Roman.'' Le pli était daté de trois semaines. Sur le coup, la mère Sauvage ne pleura pas Elle demeura tellement hébétée Qu'elle ne souffrit pas même. Elle pensa : '' V'là qu' Jean est tué,...après l' pè. " Toutefois, peu à peu, Les larmes montaient à ses yeux Et la douleur Envahissait son cœur. Elle ne l'embrassera plus, son grand !

Elle se mit à table avec ses Allemands. Les soldats dévoraient. Mais elle, mûrissant une idée, Ne put rien manger :

-" J' vas monter un peu d' foin dans l'grenier. Vous aurez moins froid quand vous dormirez.

Les trois allemands l'aidèrent Et ensuite, se couchèrent Sur le fourrage parfumé. La vieille alla étaler Une couche de paille au rez-de-chaussée. Elle y mit le feu. Toute la maison flamba. Devant son logis détruit, Armée de son fusil, La mère Sauvage guetta De crainte qu'un des soldats Ne s'échappât. Quand elle vit Que c'était fini, Elle jeta son arme dans le brasier. Arrivaient, des paysans, Des villageois, des allemands... Un officier prussien qui parlait français Lui demanda :

-" Où sont vos soldats ? Comment le feu a-t-il pris ?

-" C'est moi qui l'ai mis. "

L'officier cria un ordre en allemand. On la saisit vivement. En face d'elle, douze hommes s'alignèrent. Puis de dix mètres reculèrent Elle ne bougea pas. " Feuer ! " La mère Sauvage s'effondra.


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Dubruel 73 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazine