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LES YEUX DES CHIENS ONT TOUJOURS SOIF, Georges Bonnet  (2...

Par Quinquin @sionmettaitles1

LES YEUX DES CHIENS ONT TOUJOURS SOIF, Georges Bonnet  (2006)

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Si la tendre mélancolie et la douce pudeur avaient une place en ce bas monde, Georges Bonnet en serait l’exquise incarnation. Poète de son état, ce personnage discret âgé aujourd’hui de quelques 96 printemps publia son tout premier roman il y a quinze ans. En 2006 paraissait Les yeux des chiens ont toujours soif, aujourd’hui remis en lumière dans certaines de nos chères librairies ; un texte court, sans fioriture ni excès prolixe, d’une poésie simple et touchante, qui aborde le thème de l’amour vieillissant, cet amour triste aux yeux de chien battu qui n’a pas d’âge, pas de visage ni de maîtrise et encore moins de raison…

Émile, soixante-dix ans, partage son temps entre ses balades quotidiennes, son appartement, ses courses de tous les jours. Comme nombre de personnes âgées la solitude colle à son existence, lui offrant une vie calme, linéaire, sans vertiges ni secousses, juste traversée d’ennui, de pas traînants et d’heures qui s’écoulent lentement. Et puis, un beau jour, au détour d’un banc public, Émile rencontre Louise, qui porte sur ses épaules l’écrasant fardeau de ses soixante ans, alourdi par le décès de sa mère avec qui elle a partagé sa vie. Dès lors, deux êtres esseulés se rapprochent, se jaugent, s’apprivoisent timidement sans plus de paroles ni de gestes. Émile s’installe chez Louise et chemin faisant découvre une femme fragile, taiseuse, lointaine, presque abstraite. Le fleuve de la solitude comblée n’empêchera pas la sécheresse des sentiments, tandis qu’un troisième personnage, Robert – sorte de vagabond philosophe –, entrera en scène, bouleversant totalement les habitudes, le quotidien et le fonctionnement de ce « couple » étrange…

Georges Bonnet donne à lire une prose décharnée mais d’une très belle délicatesse, toujours élégante et imbibée de grâce. Les phrases sont courtes, réservées mais les mots percutants et justes, tout comme les sentiments, d’une pudeur excessive, enfouis, sans éclats  ni passion ou vive douleur, petite page de vie qui tombe entre vos mains furtivement et s’en va discrètement, sans faire de bruit. Georges Bonnet, en économe du vocable, ne s’encombre pas de circonlocutions malaisées et mégalomaniaques mais recherche le but, la finalité, le caractère brut mais raffiné des sentiments ; Georges Bonnet ou l’amour vêtu de son plus simple costume, l’amour usé et rapiécé raconté avec beaucoup de perspicacité, de clairvoyance et  de retenu, alignement de descriptions et d’émotions pondérées d’où s’échappe pourtant une violence sourde et feutrée…



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