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l'officier, sa maitresse et le mari

Publié le 28 juin 2015 par Dubruel

d'après ~MADAME PARISSE , de Maupassant

Une femme d'environ cinquante ans Marchait devant nous d'un pas grave et lent, Elle restait fort belle, Un peu maigre mais belle. Mon voisin, M. Parodi Me dit :

-" C'est Mme Parisse, d'Antibes, vous savez ? "

-" Non. "

-" La fille aînée des Doucet ! Elle épousa, un an avant la guerre, M. Parisse, un petit fonctionnaire. Elle était alors aussi sportive et gaie Qu'elle est devenue triste et fatiguée. Après la guerre, la ville n'a plus compté Qu'un seul bataillon, commandé Par un jeune officier, M. Jean de Carlier. Il rencontra Mme Parisse un soir d'été Alors qu'il venait ici respirer l'air frais. L'image de Mme Parisse, Une Méridionale Aux cheveux noirs et lisses, Aux prunelles brunes, au teint pâle Resta flottante dans les yeux de l'officier. Les jours suivants, quand il la croisait, Il lui souriait Et la saluait, Imaginant qu'il la connaissait. Elle, surprise, s'inclinait, Tout juste ce qu'il fallait Pour ne pas être impolie. Puis vint le prétexte d'une causerie. Mais le commandant voulait aller plus loin. Il la pressa de se rendre à son désir violent. Elle résistait Et semblait résolue à ne point céder. Un soir pourtant, elle lui dit :

-" Mon mari est à Paris Pour quelques jours. Venez chez moi à vingt-deux heures. "

Mais, à dix-neuf heures, Mme Parisse recevait ce télégramme : '' Ma chère femme, Affaires terminées. Je rentre par le train de neuf heures. Je t'embrasse. À tout à l'heure.''

Elle prévint aussitôt le commandant De ce fâcheux contretemps. Mais lui, il la voulait. Il l'aurait. Il lui fit porter ce pli :

'' Ma chère amie, Ton mari ne rentrera pas ce soir, et moi Je serai à dix heures chez toi, Comme convenu. Ne crains rien. J'en réponds sur mon honneur d'officier. À ce soir donc, si tu veux bien. Jean de Carlier.''

Il convoqua le capitaine Grémile :

-" Cette nuit, fais garder les portes de la ville De façon à ce que personne, Tu entends, personne N'y entre avant demain six heures du matin. "

Quand M. Parisse descendit du train, Sa valise à la main, Trois soldats le firent entrer Dans le salon des voyageurs :

-" Exercice militaire. Il est interdit À tous les habitants de la ville de se déplacer. Vous pourrez vous reposer ici. "

Le lendemain, peu avant six heures, Carlier arrivait à la gare, saluait M. Parisse, s'excusait de lui avoir fait passer Une mauvaise nuit Et l'autorisait à rentrer chez lui :

-" Vous comprenez, j'ai dû exécuter Les ordres de ma hiérarchie, et strictement. "

En ville, les esprits s'affolaient. On parla d'un débarquement allemand. On évoqua une infiltration D'espions Italiens. On imagina un complot iranien, Une conspiration, une révolution...

On devina la vérité bien après Lorsqu'on apprit que Carlier Avait été dégradé et muté en Algérie.


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