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Cécilia Samartin : Nora ou le paradis perdu

Par Stephanie Tranchant @plaisir_de_lire

Nora ou le paradis perdu de Cécilia Samartin   5/5 (25-062015)

Nora ou le paradis perdu  (453 pages) sort le 1er juillet 2015 aux  Editions L’Archipel.

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L’histoire (éditeur) :

Cuba, 1956. Nora et Alicia, deux cousines très proches et complices, vivent une enfance heureuse et insouciante. Mais la révolution éclate, et Fidel Castro accède au pouvoir. Un climat de peur, nourri par la répression, s'installe peu à peu. Nora émigre alors aux États-Unis, laissant Alicia derrière elle, qui s'apprête à vivre des heures sombres à La Havane. Tandis que Nora, bien nostalgique de son pays natal, s'accommode peu à peu de cet environnement nouveau, Alicia subit les coups durs, dans un Cuba où la situation se détériore. Grâce aux lettres qu'elles continuent d'échanger, Nora comprend que la vie d'Alicia est devenue un enfer. Elle décide alors de retourner à la Havane pour lui venir en aide. Mais ce qu'elle va découvrir à Cuba est bien loin de tout ce qu'elle pouvait imaginer.

Mon avis :

Sortie le 1er juillet…voilà une date parfaite pour faire de ce roman le roman à lire absolument cet été. Pourquoi ? Parce qu’il réunit les ingrédients nécessaires pour en faire un livre passionnant, intéressant et facile à lire.

Cécilia Samartin manie la plume avec une fluidité et une beauté, qui rendent sa lecture agréable et légère (dans la forme). Pleine de poésie et de descriptions absolument remarquables, elle allie la force des images à une intrigue intense et romanesque.

Nora et sa cousine Alicia, d’un an son aînée, vivent une enfance d’insouciance à la Havane, la terre paradisiaque : soleil  et plage de sable blanc, palmiers bercés par la brise, baignades dans eaux turquoises, réunions de familles autour de savoureux repas…Bref, la jeunesse des deux jeunes filles est placé sous le signe de l’amitié et de la famille jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Castro, orateur infatigable dont le régime fait vite s’envoler les belles promesses et les idéaux démocratiques. Pénurie (alimentaires et des produits de première nécessité), refus de la religion (considérée comme une faiblesse qui menace la révolution), emprisonnement et exécution de toute personne soupçonnée d’être contre-révolutionnaire obligent la famille Garcia à faire une demande de visa pour fuir le pays. Alors que Nora et ses parents prennent l’avion pour les Etats Unis, la famille d’Alicia refuse de quitter le pays, persuadée que les choses vont changer.

Nora ou le paradis perdu raconte le destin de Nora, immigrée aux Etats-Unis et celui d’Alicia restée à la Havane. Chacune voit différemment son adolescence partir doucement en fumée. A 15 ans Nora, découvre un nouveau pays et, même si l’installation s’annonce délicate, elle s’adapte finalement. C’est elle qui nous raconte son évolution, sa nouvelle vie et sa perception du nouveau Cuba. Le lien avec Alicia, bien que plus difficile, n’est pas rompu et malgré les difficultés, un correspondance entre les deux filles perdure. C’est ainsi que l’on découvre ce que devient la cousine restée sur l’île (entre amour, sacrifice et pauvreté), et ce qu’est le régime de Castro.

Bien que majoritairement sous le signe de la fiction, ce premier roman de Cécilia Samartin s’inscrit dans un contexte historique et politique (malheureusement actuel) impressionnant. Nora et Alicia ont beau être des personnages sortis de son imagination, elle s’est aussi beaucoup inspirée des histoires de sa famille pour rendre le plus justement possible les lieux, certains personnages (comme  Beba et Lola les domestique noires considérées comme des membres à part entière de la famille) ou encore quelques réflexions et dialogues. Le tout est très bien dosé : on est porté par la plume et l’histoire romanesque mais également frappé par cette histoire qui se veut plus véridique qu’elle ne transparaît.

Impossible de ne pas être touché par ces deux femmes, par leur force, leur courage, leur détermination, leur amitié et leur histoire tout simplement. Impossible de ne pas succomber à l’écriture douce, élégante, gracieuse et tellement évocatrice de l’auteure. Elle décrit Cuba avec une force  d’autant plus incroyable qu’elle a quitté l’ile à l’âge de 9 mois. L’île qui vibre ici entre splendeur et décadence et le contraste entre le décor de l’enfance et de l’insouciance et celui de la révolution rend les événements plus marquants.  

Ce mélange entre narration un peu mélo et contexte politique loin de rentre l’histoire documentaire, m’a beaucoup plu. Le tout est bien proportionné et rend vraiment le livre attrayant, passionnant et intéressant. Cécilia Samartin possède la capacité de nous transporter dans la vie de ses personnages comme s’il s’agissait de la sienne, comme si elle nous transmettait ses propres souvenirs, insufflant une crédibilité (avec un bémol pour les derniers moments) et une force de persuasion qui vous empêche de quitter le livre.

Nora ou le paradis perdu parle d’identité, d’amitié, d’amour (au-delà des différences), et bien entendu d’espoir dans un Cuba que le lecteur est peu habitué à rencontrer.

A mettre entre toutes les mains cet été !!!!!!

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Un petit mot de ma rencontre avec Cécilia Samartin le 25 juin 2015 :

Publié en 2004, Nora ou le paradis perdu est le premier roman de l’auteure et le plus personnel. Partie avec sa famille lorsqu’elle avait 9 mois, Cécilia Samartin n'y est plus retournée. D’abord parce que quand ses parents sont partis ils se sont fait la promesse de ne plus y retourner et en y allant elle aurait le sentiment de blesser ceux qui ont fait tant de sacrifices pour elle. D’autre part, parce qu'il y a trois ans, elle a publié un texte sur les Dames en blanc (groupe pacifique composé d’épouses ou proches des prisonniers politiques qui défilaient souvent, en silence, le dimanche à La Havane pour réclamer leur libération et pour le respects des droits de l’Homme) qui a été très mal perçu par les autorités cubaines, la plaçant sur la liste de ceux qui s’opposent donc au gouvernent de Castro.

Mais elle garde l’espoir que dans un futur proche, la situation s’arrange et qu’elle puisse y retourner

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La plupart des  caractères sont inspirés de ses proches et certains sont même de véritables personnes telles que Beba, une femme incroyablement forte qui a vraiment travaillé pour sa famille. Sa réaction en voyant Castro à la télé lors de ses premiers discours, son dévouement pour les enfants, sa façon de se mêler de tout et sa réponse aux hommes du gouvernement (qu’elle apprendrait à lire quand elle le déciderait) sont véridiques.  Même si l’histoire de ce livre sort de son imagination, elle sait malgré tout que ce qui se passe ici est arrivé à quelqu’un, et tout en étant une fiction, Nora ou le paradis perdu reste un livre véridique.

Felix José Hernandez, journaliste cubain, qui a quitté l’île en 1981 nous explique combien le roman est le reflet exacte de la société cubaine. La vieille noire, la prostituée, l’amour que vit Alicia, l’accès aux soins impossibles pour Lucinda, les policiers qui profitent et le départ rocambolesque de Nora avec le cierge, tous ces éléments (même sils peuvent paraître exagérés) sont pour lui parfaitement fidèles à la réalité cubaine.

Et pourtant, lorsqu’elle a proposé ce roman à son agent, celui-ci a émis quelques doutes. Etonné, il trouvait que c’était un peu « trop » et estimait que le public aurait du mal à trouver ça crédible. Le problème qui se pose est que les américains sont encore trop ignorants de la situation et c’est pourquoi elle tenait à ouvrir une porte au lecteur pour qu’il prenne connaissance de ce qui se cache derrière la vitrine touristique et le caractère joyeux des cubains. Ainsi, lorsque les gens autour d’elle lui ont dit « nous n’avions aucune idée de ce qui se passait à Cuba », et les voir s’intéresser au sujet lui a vraiment donné le sentiment d’avoir réussi ce roman.

Cette rencontre passionnante et en toute simplicité nous a permis de beaucoup discuter de Cuba (Félix nous livrant aussi son expérience et son ressenti) et des différents ouvrages de Cécilia Samartin : choix des titres, des couvertures et évidement du contenu (pour le roman La promesse de Lola, elle nous confie avoir testé la plupart des recettes du livres qu’elle tenait à partager avec ses lecteurs parce qu’elle aime cuisiner, manger et réunir ses proches autour de la table.

Je suis ressortie sous le charme de cette auteure proche de son public et très humble. Elle nous a remerciées un nombre incalculable de fois de l'avoir lu et d'avoir assisté à ce dîner. Attentive à nos remarques et nos questions, elle a pris le temps de nous écouter (souvent dans un anglais approximatif...) et d'échanger sans jamais donner l'impression d'être une auteure qui a vendu des millions d'exemplaires de ses livres (et pourtant...). 

Merci infiniment aux Editions Archipel pour ce moment privilégié inoubliable !!!!


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