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Arnaud Cohen : l’ensorcelant théâtre du sacrilège

Publié le 09 juillet 2015 par Pantalaskas @chapeau_noir

cohen afficheLes statues meurent aussi

Quand la barbarie, sous couvert de religion, oppose aux témoignages historiques des civilisations la destruction totale, l'éradication définitive de toute mémoire, la proposition iconoclaste d'Arnaud Cohen au musée de Sens ouvre une voie nouvelle dans notre dialogue avec l'histoire.
Dans son acception la plus récente, l'iconoclasme affirme son opposition aux interdits, aux croyances dominantes. Toutefois, à la différence de l’iconoclasme religieux, ce dernier ne vise pas la nature des images comme évocation du monde créé mais seulement les symboles d'oppression devenus  intolérables. En s’attaquant aux images, en déboulonnant les statues, il s'agit de sanctionner le pouvoir déchu. Les deux expositions "Rémission" et "Rétrospection" visibles actuellement au musée de Sens mettent en scène cette question de la représentation en général, celle du pouvoir en particulier.

In situ in mémoriam

La création in situ d'Arnaud Cohen suggère de fait, me semble-t-il, un nouveau concept : le "In situ in mémoriam". Il ne s'agit plus seulement de concevoir une œuvre en fonction de l'espace dédié mais d'articuler cette production avec la mémoire de ce lieu. Une fois posé ce principe, l'artiste, avec la liberté totale qui lui a été laissée, se livre à une déclinaison débridée de ce qui caractérise à ce jour son œuvre.

Le Centaure 2015 Arnaud Cohen

Le Centaure 2015 Arnaud Cohen

Créant à la mesure de son imaginaire son propre Cabinet des figures de cires (ici en fibres de verre), il pervertit la toute-puissance historique du palais Synodal, cette scène prépondérante de l'archidiocèse de Sens depuis dix huit siècles, au bénéfice d'un théâtre du sacrilège dans lequel les repères culturels, historiques et mythologiques passent sous le joug de ses propres pulsions. Dans ces lieux désacralisés, il s'agit bien d'un tableau allégorique qui puise dans notre mémoire collective les sujets de ses agissements réfractaires. Ce jeu de massacre ne se limite pas à Bacchus, au Centaure ou à Saint Sebastian. Il dévoie  également Marianne, Maginot et Voltaire dans cet agencement irrévérencieux et s'engage, au-delà de ces cibles, dans un large processus de désacralisation de nos images contemporaines. Les Colosses qui ont investi la salle synodale, les archives filmées des mouvements fascistes de notre histoire contemporaine, l'oppressante installation centrale révèlent les inquiétudes viscérales de l'artiste.

Apprenti sorcier

Lorsque le Centaure subit le sort réservé à une poupée Vaudou, quand l'artiste se livre à un inquiétant rituel en incluant les cadavres d' animaux dans ses sculptures, ce cérémonial cabalistique nous attire dans l'univers d'une sorcellerie ésotérique. Entre rationalité et occultisme, l'exposition semble tenir en équilibre précaire, nous entrainant dans une déstabilisation perturbante.

Rémission Palais Synodal Sens Arnaud Cohen 2015

Rémission Palais Synodal Sens Arnaud Cohen 2015

Dans Rémission au Palais Synodal s'affrontent les spectres des peurs collectives et individuelles. Des maladies sociétales aux affections personnelles Arnaud Cohen nous laisse démunis  face à ces angoisses omniprésentes dans son œuvre. La toute première question évoquée, celle du pouvoir et de sa représentation, n'est donc pas éclairée seulement sous l'angle politique. Pouvoir, sexe et mort s'exposent sans pudeur dans une Nef des fous contemporaine. Un combat entre la vie et la mort se livre alors dans ce théâtre inédit où le Palais Synodal de Viollet-Le-Duc sert de décor à un conflit au dénouement incertain.
Rémission signe assurément un moment  majeur dans le parcours d'Arnaud Cohen. Rétrospection permet de situer cette étape actuelle dans un itinéraire qui porte déjà tous les stigmates de ses affres personnelles. L'artiste Louis Pons écrivait : "Mieux vaut un cauchemar bien à soi que le rêve d'un autre."

Arnaud Cohen "Rémission, Rétrospection"
Du 14 juin au 20 septembre 2015
Palais synodal - Musées de Sens
Parvis de la Cathédrale
89100 Sens


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