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Le temps des bâtisseurs - t.1 : Le visionnaire de Louis Caron

Par Venise19 @VeniseLandry

Le temps des bâtisseurs - t.1 : Le visionnaire de Louis Caron

Photo du Nouvelliste

J’ai le roman entre les mains, ne connais pas Louis Caron, cet écrivain de 72 ans et j’entends une voix me dire que je vais aimer. Je bénis mon intuition.
Linda Corbo du Nouvelliste a intitulé son article « Le retour de Louis Caron ». Après plusieurs publications, pour la plupart historiques, celui-ci s’est tu pendant dix années. L'histoire de ses ancêtres le tourmentait, des bâtisseurs dans le sens propre du terme, puisqu’ils étaient des architectes. L'article laisse entendre que le romancier a tardé à s’y atteler, parce qu'il ne se sentait pas à la hauteur. Eh bien, bonne nouvelle, il l’est, à la hauteur !
Frédéric est un père d’une douzaine d’enfants. Sa femme est stricte et scrupuleuse, ne permet pas à son mari de déployer son côté créatif qui s’étouffe dans l’œuf. Inlassablement, elle le critique, le diminue. Tandis que sa voisine, et belle-sœur, plus jeune et plus ouverte, reconnait et aime cette différence qui distingue Frédéric des simples paysans, comme son mari par exemple. Cette liaison est surprenante autour des années 1860. J’imaginais les pionniers si las à la fin de leur journée, sans aucune énergie pour batifoler. Ce n’est pas le cas, et les enfants le sentent, et l’épouse légitime s’en doute, et le frère cocu, rage. Mais là n’est pas le principal de l’histoire.
L’essentiel de l’histoire sont les conséquences de cette infidélité. Frédéric et son fils ainé, Frédéric junior s’exilent aux États-Unis, histoire pour le père de repartir à zéro avec sa nouvelle conjointe, même si celle-ci devra attendre qu’il possède terre et maison avant d’aller le rejoindre. Sous la foi d’une brève annonce découpée dans un journal, où un prêtre attire les pionniers avec la promesse d’un lopin de terre gratuit, les Frédéric partent. Le fils entreprend cette expédition uniquement par respect pour son paternel, car il vise plus haut que défricher des terres. Celui-ci rêve de dessiner des bâtiments complexes. En attendant, il doit se contenter de barbouiller dans les marges du journal, puisque la pauvreté est telle qu’il n’y a pas un bout de papier dans la maison. 
La majeure partie du roman se passe avec les Frédéric, et le diable en personne qui s’avère être le prêtre qui a la mainmise sur les terres. Je réalise en tentant de résumer l’histoire que c’est la force des personnages, leur côté attachant, ou diabolique, qui nous captive et nous bouscule. L’aventure dans le Midwest américain n’est pas de tout repos. Les aventures, les mésaventures, les anecdotes, les crises, les cris du cœur abondent. L’injustice de la situation nous étreint. Ce père a l’art de se mettre les deux pieds dans les plats, projetant sur chacun ce qu’il est : juste, honnête, vaillant. Le fils est plus réaliste que le père et, donc, moins passif.
Les solutions aux problèmes rencontrées sont audacieuses et créatives, autant du côté du Bas Canada, avec les femmes que l’on retrouve de temps en temps, que du côté des hommes. Si on s’arrête au côté plausible des caractères émancipés, ça peut faire sourciller, mais en s’ouvrant à l’exceptionnel des personnages, rendant du coup hommage à l’imagination  libre de l’auteur, on profite d’une histoire qui réchauffe le coeur.
La peinture d’époque est détaillée et vraisemblable, même si les personnages la surpassent. Les bons le sont profondément et les mauvais le sont sans l’ombre d’une lumière, ce qui nous envoie d'un extrême à l'autre.
J'ai souvent éprouvé l’envie de secouer Frédéric « père », mais j’ai fini par lui pardonner son idéalisme, ne serait-ce parce que c’est plus charmant que le désabusement.
L’histoire nous kidnappe et nous amène à visiter le passé du 18e siècle, revêtu d’un esprit moderne. J’ai extrêmement hâte à la suite, je suis embarquée dans cette galère et n’espère ne jamais en sortir.

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