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D'une humanité brûlante la part des flammes de Gaëlle Nohant

Par Eirenamg

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La part des flammes est un roman  magnifique qui se déroule au 19e siècle. Il raconte les destins croisés de 3 femmes : une comtesse Violaine de Raezal, jeune veuve à la réputation sulfureuse qui n’arrive pas à se faire accepter par la haute aristocratie, une duchesse autrichienne  Sophie d’Alençon dévouée à des œuvres de charité. Une jeune femme Constance d’Estengel élevée par les sœurs qui a un caractère bien trempé, et refuse un mariage avec l’homme qu’elle aime par crainte d’offenser dieu. Ces 3 femmes vont se retrouver pour tenir des comptoirs pour vendre au bazar de la charité pour récolter de l’argent pour les pauvres. La duchesse est la maîtresse d’œuvre de cette manifestation et elle va choisir les 2 jeunes femmes pour l’aider. Un incendie qui va se déclarer au bazar va bouleverser à jamais les destins des 3 femmes et de leur entourage.

J’ai énormément apprécié ce roman, non seulement l’histoire est prenante mais en plus il y a une véritable réflexion sur la société de l’époque. Le poids des conventions sociales sur les femmes, avec le jugement de la société et de leurs pairs, la réflexion sur le mariage, la famille, la maternité, la passion. L’amour et ses contrariétés sont présents au fil du récit que ce soit pour la duchesse d’Alençon, Violaine qui a perdu son mari et qui est en froid avec son beau fils Armand et sa belle fille. Ou la jeune Constance qui est terrifiée par l’amour qu’elle éprouve pour Lazlo de Nerac.

On voit aussi l’envers du décor de cette société avec les quartiers des tuberculeux, le sanatorium, la misère à l’état brut et les œuvres de charité. Ces œuvres qui sont un moyen de bien se faire voir et d’être accepter par la meute du faubourg saint Germain. La volonté de se donner bonne conscience ou de se réparer en se sacrifiant au service des pauvres comme le font Violaine et Sophie. La peur du déclassement, de perdre sa réputation est omniprésente. La jeune femme Constance représente l’hésitation entre le monde moderne comme on le connait où les femmes peuvent s’émanciper et l’héritage ancien avec la mise à l’index des femmes qui ne respectent pas la bienséance.

On suit avec plaisir le destin de ces femmes grâce à la plume habile de l’auteur, on plonge tête baissée dans le 19e, ses rues parisiennes, ses bourgeois, ses aristocrates. Ca fait un moment que je n’avais pas ressenti cette immersion. On apprécie ces femmes coincées dans le carcan des conventions d’un autre siècle. Les jeux de pouvoir, des apparences sont très détaillés. J’ai aimé ce côté chronique sociale incarnée par des personnages ultra réalistes qui correspondent bien aux idées de l’époque. Ce plaisir des mots, ces phrases bien écrites, les belles références à Verlaine et le style si agréable de l’auteur.

La description de l’incendie du bazar est impressionnante,  l’affolement et  l’horreur nous mettent au cœur de l’action et on ressent la peur et la chaleur comme les personnages. La force de l’écriture est spectaculaire et nous embarque totalement dans l’histoire. On ressent la morsure des flammes, mais aussi les ravages qu’elles vont provoquer chez les survivants, les témoins du drame. On côtoie aussi les balbutiements de la médecine, les relents du passé avec les duels, le poids de la religion et l’émergence de la modernité avec le cinématographe, le tramway qui marque un tournant dans le siècle.

La réflexion sociale est aussi présente avec la présence de la description du monde des domestiques, du journalisme. Il y a aussi une réflexion sur la vision de la femme et sa place à l’époque dans la société, sur son éducation qui est très intéressante. Ces femmes qui sont comme emmurées vivantes, prisonnière de leurs haute position sociale, de leur éducation et qui ne savent comment s’en sortir.

La vision de la médecine et notamment des aliénistes fait froid dans le dos. La vision de l’hystérie et de l’enfermement des femmes pour les rendre dociles sont très intéressantes. Le machisme de la société est bien retranscrit dans le récit. On se retrouve dans ces destins de femmes à qui on a coupés les ailes et qui se battent à contre courant.

Les personnages secondaires même ceux qui sont moins sympathiques comme Armand, la marquise de Fontenille ont leurs failles et leurs blessures derrière leur paravent de bonne éducation. Cette galerie de personnage secondaire fait qu’on adhère complètement à l’univers romanesque comme chez Balzac avec toutes les strates de la société. .

 On apprécie le combat de Lazlo jeune homme noble contre l’arrogance des riches, qui veut devoir son mérite à sa plume ; rendre objectivement compte des faits et des hypocrisies de l’époque et ne rien devoir à son père et à son nom. Personnage attachant pris entre le passé de son nom et l’avenir sa carrière de journaliste, fou d’amour pour Constance et qui au gré des circonstances va évoluer et devenir de plus en plus humain. Les médias à la botte des convenances et des politiques, ce monde d’hypocrisie avide de détails sordide sur l’incendie n’est pas sans rappeler les médias aujourd’hui.

On aime l’américaine Mme Holgart qui amène un grain de folie et qui devient la confidente de Violaine, c’est aussi un roman sur l’amitié entre femmes. Mais aussi des amitiés en dehors des classes comme celle qui lie Violaine au cochet de la duchesse Joseph.

Le cœur bat à mille à l’heure, on tremble, on est émue, on s’indigne et on passe un merveilleux moment en lisant ce roman. Les personnages sont touchants, grandissent et évoluent et on est émue par leur humanité dessiné par la plume de l’auteur.

Je suis devenue une lectrice grâce au roman d’Alexandre Dumas au collège les 3 mousquetaires et l’autre roman qui a chamboulé ma vision de la littérature a été le dernier jour d’un condamné d’Hugo et j’ai retrouvé ce souffle, ce transport dans ce livre que je n’avais pas eu depuis longtemps pour ce genre de roman.

Donc n’hésitez pas et ouvrez la part des flammes, plongez dans ce 19e siècle flamboyant et découvrez ces destins bouleversés par le feu, leurs angoisses, leurs doutes, leurs joies et leurs reconstructions. Ces destins profondément humains vous toucheront en plein cœur.


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